•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Comment reconnaître un hypertrucage?

Les avancées technologiques rendent extrêmement difficile la détection des deepfakes, dont la production devient grand public.

Caricature de Justin Trudeau

Imitations de voix et de visages humains, les « deepfakes » peuvent faire parler n’importe qui de n’importe quoi.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Débusquer un hypertrucage s’avère plus compliqué qu’il n’y paraît. À mesure que la technologie progresse, ce procédé de manipulation audiovisuelle, aussi appelé deepfake, devient de plus en plus réaliste… et difficile à repérer.

En quelques années à peine, les avancées technologiques, notamment l’émergence de l’intelligence artificielle, ont perfectionné ces vidéos altérées volontairement, où l’on remplace notamment un visage pour modifier les propos d’une personne.

La frontière entre le vrai et le faux se brouille alors rapidement. L’acteur Jordan Peele montrait dès 2018 ce qu’il était possible de faire avec cet hypertrucage de Barack Obama.

Quels signes observer pour détecter un hypertrucage?

Soyez alerte aux défauts : flous, battements de paupières, disposition des cheveux ou encore enchaînement des images. Dans certains deepfakes, les visages ne semblent pas réels, donnent l'impression de porter un masque ou ont un teint différent du reste du corps.

Il est aussi possible de retrouver des images originales, antérieures à la manipulation, pour ensuite les comparer avec la vidéo truquée.

La démocratisation des hypertrucages en augmente aussi le nombre et la provenance.

Des applications ont notamment été lancées pour permettre à tout le monde de réaliser ses propres manipulations. C’est le cas de FaceApp, développée en Russie, et de ZAO, en Chine, qui permet de remplacer le visage d’un de vos acteurs préférés par le vôtre.

Nombreux sont ceux qui craignent toutefois que le milieu politique soit la cible principale de ce genre de manipulation. Cet autre hypertrucage du politicien Jeremy Corbyn, qui soutient son rival Boris Johnson, au Royaume-Uni, montre également à quel point la technologie par ordinateur se peaufine.

Des chercheurs l’ont créé pour sensibiliser le public au danger des deepfakes.

Le problème? Des gens y ont cru et ont relayé la vidéo sans son contexte. Le mal est fait une fois la vidéo partagée à des millions de reprises.

Devant la difficulté grandissante de pouvoir repérer un hypertrucage, nombreux sont ceux qui appellent les médias sociaux et les gouvernements à prendre les devants.

Reddit, Facebook, Twitter…

Les réseaux sociaux réagissent tous différemment à ce phénomène.

Reddit est l’un des rares à les avoir partiellement bannis : les hypertrucages à caractère pornographique y sont interdits depuis 2018.

Or, à l’origine, les hypertrucages consistaient essentiellement à remplacer le visage d’un acteur ou d’une actrice porno par celui d'une personne connue. Ceux-ci représentent encore aujourd’hui plus de 96 % de tous les hypertrucages sur la toile.

Le forum deepfake a également été banni sur Reddit. Cependant, les autres hypertrucages peuvent encore circuler librement ailleurs sur le réseau social.

Cette approche reste plus musclée que celle de Facebook, qui a annoncé récemment une initiative différente pour attaquer le problème. Il crée lui-même des hypertrucages pour entraîner ses systèmes à les reconnaître à l’avance.

Mais une fois l’hypertrucage publié, il est là pour de bon! Pour le moment, Facebook ne les interdit pas, pas plus qu’il ne les retire une fois repérés.

Le cofondateur et pdg de Facebook, Mark Zuckerberg, s’est d’ailleurs fait prendre à son propre jeu. Un hypertrucage le mettant de l’avant circule librement sur Facebook, en accord avec la politique de l’entreprise.

Google a lui aussi rendu publics 3000 hypertrucages. Cette base de données, comme celle de Facebook, doit aider les équipes de recherche à peaufiner des modèles d’intelligence artificielle chargés d’identifier les contenus contrefaits.

Les technologies de repérage deviennent toutefois désuètes au même rythme que s’améliorent les hypertrucages.

Et Twitter? Le site de microblogage a lancé un appel à tous le 21 octobre et recueille depuis les suggestions de ses utilisateurs avant de déterminer comment il devrait agir. De nouvelles politiques sont attendues prochainement.

Deux États américains interviennent

Devant la lenteur des réseaux sociaux à réagir, l’État de la Californie, aux États-Unis, a pris le taureau par les cornes par le biais d’une loi.

Si l’intention est bonne, des experts estiment que la réglementation ne va pas assez loin. Elle ne vise que les hypertrucages politiques, créés dans les 60 jours avant une élection.

La loi californienne met aussi toute la responsabilité sur ceux qui créent les hypertrucages. Il faut de plus pouvoir prouver une intention malicieuse avant d’intervenir. La satire et la parodie sont exclues de la loi.

Ces critères sont subjectifs, et, pendant qu’on tente de déterminer l’intention, l’hypertrucage continue à circuler librement. En quelques jours, les dommages sont faits.

L’État de la Virginie a pour sa part fait de la distribution de fausses images vidéographiques ou fixes un délit passible d’emprisonnement.

Les experts croient toutefois que ces lois ne mettent pas assez de responsabilités sur les réseaux sociaux, qui laissent les deepfakes circuler sans intervenir.

Avec les informations d’Alexis De Lancer, Bouchra Ouatik et Jeff Yates

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !