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Une enquête publique réclamée sur la « méthode Toyota » en santé

Quelque 200 chercheurs et professionnels dénoncent l'approche « industrielle » du gouvernement québécois.

Une main d'infirmière tenant un stéthoscope.

« Jamais, historiquement, les soignants n’ont-ils autant souffert qu’aujourd’hui et jamais n’ont-ils été autant bâillonnés », peut-on lire dans la lettre ouverte publiée jeudi.

Photo : iStock / FabioBalbi

Radio-Canada

La philosophie de gestion de type Lean (aussi appelée « méthode Toyota ») dans le réseau québécois de la santé ne fonctionne pas; pire, elle contribue à fragiliser les soignants et les personnes les plus vulnérables de la société, dénoncent les signataires d'une lettre ouverte publiée jeudi.

Le texte, publié dans La Presse+, s'attaque à l'application de cette approche « industrielle » au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et dénonce au passage la « culture du silence » imposée aux intervenants.

La lettre, qui ne manquera pas de faire réagir à l'Assemblée nationale, a été écrite à quatre mains par Marjolaine Goudreau, présidente du RÉCIFS, et Angelo Soares, professeur titulaire à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM. Plus de 180 chercheurs et professionnels de la santé ont aussi apposé leur signature au bas du texte.

Tous en ont contre l'autoritarisme le plus total du MSSS qui, selon eux, s’entête à nier la crise actuelle et, surtout, à étouffer la critique des soignants au moyen du "devoir de loyauté".

Ainsi, cette culture du silence, entretenue sciemment par le MSSS, ferait en sorte que la population ne peut plus compter sur ses premiers répondants pour témoigner des impacts de l’approche industrielle sur les personnes les plus vulnérables, soutiennent-ils.

« Libérer la parole des soignants »

Les signataires réclament une commission d’enquête publique afin de libérer la parole des soignants et de mettre en place les moyens nécessaires pour évaluer l’impact sur eux et sur leur travail de la « méthode Toyota ».

On ne peut plus éviter de s’interroger sur les impacts liés à la mobilité des ressources humaines et sur le développement de la privatisation des soins et des services sociaux, écrivent-ils

L’heure est venue, croyons-nous, de revaloriser les savoirs qualitatifs et de remettre au centre du système la parole des soignants et celle des personnes les plus vulnérables.

Extrait de la lettre ouverte publiée jeudi

Concrètement, les auteurs du texte estiment que l'approche industrielle du MSSS se traduit par une gestion top-down; une évaluation du rendement par la reddition de comptes statistiques; une incitation à la compétition entre soignants; une standardisation informatique des protocoles cliniques; et la privatisation partielle des soins et des services sociaux.

Or, l'implantation de cette philosophie de gestion constitue, selon eux, l’une des réformes les plus brutales qu’aura connues dans son histoire le système de santé et de services sociaux des Québécois.

Ils rappellent en outre que l'application de méthodes de gestion de type Lean a été condamnée par la Cour supérieure en avril 2017 dans un jugement impliquant le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal.

La culture change, dit McCann

Interpellée sur le sujet jeudi matin à sa sortie du caucus de la Coalition avenir Québec, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a rejeté la faute sur la réforme de son prédécesseur, Gaétan Barrette, affirmant du même souffle avoir demandé un état de la situation relativement à l'utilisation de la « méthode Toyota ».

Ayant elle-même appliqué cette approche alors qu'elle dirigeait la défunte Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, Mme McCann n'a pas saisi l'opportunité de s'en distancier totalement, jeudi. Ça dépend de la façon dont on l'applique, a-t-elle soutenu.

Par ailleurs, la « culture du silence » dénoncée dans la lettre ouverte de jeudi est en train de changer, a plaidé la ministre, qui a promis de mettre en place des mécanismes concrets pour permettre aux soignants de parler ouvertement de ce qui ne fonctionne pas dans le réseau.

En attendant, elle a encouragé les établissements à être à l'écoute de leurs employés, qui ont souvent beaucoup d'idées pour améliorer les façons de faire.

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