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Des représentants des membres de l'OTAN assis à une énorme table sur laquelle le logo de l'organisation est mis à l'honneur.

À son origine, en 1949, l’OTAN comptait 12 pays membres.

Photo : AFP/Getty Images / Mandel Ngan

François Brousseau

En concluant mercredi, à Londres, les cérémonies de son 70e anniversaire, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a tenté de se montrer unie.

Malgré un lever de rideau marqué par les divisions et la controverse, malgré une « affaire Trudeau » qui a fait jaser la presse et un Donald Trump qui s’est plutôt retenu, malgré une crise d’identité persistante sur son rôle présent et futur, la grande organisation militaire occidentale existe toujours.

Le grand rendez-vous de Londres n’a pas donné lieu à une rupture ou à un éclatement de ce qu’on a aussi appelé l’Alliance atlantique. « Nous sommes unis », a affirmé le secrétaire général Jens Stoltenberg, qui a parlé de « la plus forte alliance de l’histoire ».

Cet optimisme de commande ne peut toutefois pas cacher les lignes de failles multiples d’un assemblage de plus en plus hétéroclite. Un assemblage de 29 pays – comparativement à 12 à la fondation en 1949 – qui a longtemps été un facteur de stabilité sur la planète.

En 2019, 28 ans après la disparition de l’Union soviétique, l’OTAN cherche désespérément à donner un sens à sa vie, à sa mission, sur une planète stratégiquement éclatée, bien différente du monde bipolaire – URSS contre États-Unis – de la fin des années 1940, qui avait engendré sa naissance.

Le président Donald Trump semble ajuster sa cravate ou son veston avant de prendre une photo.

Le président des États-Unis Donald Trump avait à ses côtés son homologue français Emmanuel Macron et le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, lors du sommet de l’OTAN, le 4 décembre 2019.

Photo : Reuters

Trois présidents « fauteurs de troubles »

Trois personnages, par leurs actions récentes ou leurs déclarations provocatrices, résument, causent et illustrent la crise actuelle que vit l’OTAN.

Donald Trump est arrivé au pouvoir en 2017 en décrétant l’Alliance atlantique « obsolète ». Sa conception comptable et « transactionnelle » de toute chose l’a poussé à faire une obsession sur la question du financement de l’organisation. L’OTAN repose de façon disproportionnée – et ce reproche est fondé – sur le financement américain.

Totalement indifférent au discours sur les « valeurs communes occidentales », Trump a dit plusieurs fois, en substance, que l’OTAN est pour lui une sorte de racket de la protection, mais un racket où ce n’est plus le gros « protecteur » qui arnaque les petits « protégés », mais plutôt l’inverse! Ce qui nécessite un redressement, ne cesse-t-il de répéter.

Trump est également l’homme du rapprochement « suspect » avec la Russie, étrangement fasciné par son homologue du Kremlin, prêt à tout lui pardonner, d’où une certaine complaisance envers Moscou.

Ajoutons-y sa méfiance antieuropéenne, sa détestation de l’Allemagne d’Angela Merkel, son affection pour les populistes prorusses (l’Italien Salvini, le Hongrois Orban), et on trouve les ingrédients d’un malentendu, voire d’un fossé qui se creuse entre l’Europe et les États-Unis, même si Trump a cessé de dire qu’il fallait abolir l’Alliance.

Macron et Erdogan

Second perturbateur de l’OTAN, Emmanuel Macron a fait grand bruit avec son interview du début novembre à The Economist.

Le président français y parlait d’une alliance proche de la « mort cérébrale », d’une OTAN déboussolée qui ne sait plus très bien pourquoi elle existe. D’une organisation qui, dit-il, « ne peut même plus se mettre d’accord sur la définition du terrorisme », ou sur l’identification de ses amis et de ses ennemis.

Il parle aussi d’une Europe qui risque la marginalisation dans le « grand jeu » du 21e siècle, balayée par le duopole sino-américain. Sa conférence de presse avec Donald Trump, mardi matin, a été un moment fort de ces deux journées à Londres, où il a exposé l’idée que l’Europe devait être plus forte et plus autonome militairement, sans nécessairement rompre avec Washington.

Et il y a finalement Recep Tayyip Erdogan, le Turc, le « corps étranger », le loup dans la bergerie. Un quasi-dictateur qui achète des armements russes (une défense antiaérienne incompatible avec les systèmes de l’OTAN), attaque les Kurdes de Syrie (en principe allié des Occidentaux dans la lutte contre l’État islamique) et insulte ouvertement les leaders européens.

Encore mardi, juste avant l’ouverture du sommet, il a lancé que c’était Emmanuel Macron lui-même qui devait être dans un état de « mort cérébrale ».

Macron regarde son homologue, pendant que ce dernier regarde vers l'avant.

Emmanuel Macron serre la main de Donald Trump lors de leur rencontre avant le sommet de l'OTAN, à Londres.

Photo : Reuters / Ludovic Marin/POOL

Les défis russe et chinois

Ce sommet de Londres a aussi été celui où, pour la première fois de façon explicite, les pays membres de l’OTAN ont parlé de la montée de la Chine comme d’un « défi » pour l’Alliance atlantique.

Certes, la Russie était et reste la grande référence – négative – des alliés occidentaux. Mais il y a désormais aussi, et parallèlement, la Chine qui monte et qui monte.

Le communiqué final du Sommet du 70e anniversaire évoque, d’une façon explicite, mais avec des mots bien pesés, la montée en puissance de l’empire du Milieu comme l’un des grands défis du 21e siècle pour la sécurité future des Occidentaux.

Dans le texte, on écrit prudemment que cette montée en puissance présente, je cite, « des opportunités et des défis » et on souligne que la Chine est désormais une superpuissance militaire de classe mondiale.

Selon les mots de Jens Stoltenberg, « la Chine dispose du deuxième budget de défense au monde; elle s’est dotée d’un grand nombre de capacités modernes, y compris de missiles à longue portée capables d’atteindre l’Europe et les États-Unis ».

Pour autant, on ne parle pas d’une menace militaire directe pour l’Europe ou pour l’Amérique du Nord. L’OTAN et ses porte-parole restent toujours plus sévères, plus durs, quand ils parlent de la Russie (malgré Donald Trump).

Le communiqué final parle des « actions agressives de la Russie » (Ukraine, Crimée, cyberguerre) qui représentent « une menace pour la sécurité euroatlantique ».

En comparaison, la Chine est quand même traitée avec des pincettes : on évoque des "défis", pas des "menaces".

L’OTAN sait très bien, par exemple, que dans les tensions, les affrontements internationaux de la dernière décennie, la Chine s’est souvent trouvée derrière (ou avec) la Russie. Et même si c’est la Russie qui, par exemple, s’est mise en avant en Syrie. On a vu cette alliance Moscou-Pékin se préciser sur la scène diplomatique depuis 2011, par exemple au Conseil de sécurité de l’ONU, où les deux pays font presque toujours bloc.

Un homme prononce un discours sur un podium.

Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg

Photo : AFP/Getty Images / KENZO TRIBOUILLARD

La guerre informatique

Dans le domaine commercial, Pékin est souvent accusé, comme Moscou, d’organiser des attaques informatiques contre l’Europe et des compagnies européennes, et de se livrer à de l’espionnage industriel. Ce qui, selon la déclaration officielle, « a des conséquences pour la sécurité des pays de l’Alliance [...] Nous devons tenir compte du fait que la Chine se rapproche de nous, dans l’Arctique, en Afrique, en Europe, où elle investit massivement dans nos infrastructures et dans le cyberespace ».

Ce qui amène aujourd’hui l’OTAN à parler de la Chine comme un défi, un danger croissant, notamment par ses avancées commerciales en Europe, où elle finance et contrôle des infrastructures (le port du Pirée, en Grèce), où elle a des amis politiques au pouvoir à Athènes, à Prague ou même à Rome.

Surtout, la Chine est à la pointe de la recherche et du développement dans le domaine des nouvelles technologies de l’information. En 2019, c’est l’État qui espionne et contrôle à distance ses propres citoyens, comme aucun État ne l’avait fait dans toute l’histoire de l’humanité.

Pour le reste du monde, cela commence à représenter une vraie menace stratégique! On pense évidemment à Huawei et à la technologie 5G chinoise, « cheval de Troie » de l’espionnage informatique.

L’affaire Huawei, tout le tout le monde l’avait en tête autour de la table à Londres : elle pose la question cruciale de la maîtrise technologique des communications – y compris des communications militaires – au 21e siècle. Car c’est là que se joueront sans doute (en bonne partie) les guerres de l’avenir. La Chine s’y prépare activement.

Et là aussi, Pékin table sur la division de ses adversaires, tout comme Moscou avec les Européens. C’est en ayant tout ça bien en tête que les dirigeants de l’OTAN, malgré leurs querelles bien médiatisées, malgré leurs divergences réelles, ont quand même tenu à jouer et à mettre en scène une « belle unité » dans la photo de groupe et dans le communiqué final.

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