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Les entreprises boudent le plastique recyclé au Québec

Le reportage de Jean-Philippe Robillard

Photo : Radio-Canada

Les Québécois ont beau mettre des dizaines de milliers de tonnes de plastique chaque année dans leurs bacs de récupération, des entreprises d’ici s’approvisionnent en résine à l’étranger plutôt que d’utiliser de la matière recyclée.

Conséquence : des entreprises de recyclage craignent de devoir fermer leurs portes. Elles demandent à Québec d'obliger les manufacturiers à avoir un contenu de matières recyclées.

À l’usine de de Plastiques GPR à Saint-Félix-de-Valois, dans Lanaudière, on achète peu de matière recyclée au Québec. On préfère utiliser de la résine de plastique neuve plutôt que de la matière recyclée.

L'usine fabrique plus de 2000 produits différents avec des granules qui proviennent de partout dans le monde.

Environ 75 % de la matière première utilisée provient de l’extérieur du Québec, pour des raisons de qualité et de rentabilité.

Le reste est de la matière recyclée du Québec et de l’Ontario. L’entreprise recycle également tous ses résidus de plastiques.

M. Belleville lui montre des pelles fabriquées dans son usine avec du plastique neuf.

Jean-Philippe Robillard et Gino Belleville, Président de Plastiques GPR inc. dans l'usine de St-Félix-de-Valois.

Photo : Radio-Canada / Martin Cloutier

Le président de Plastiques GPR, Gino Belleville, nous montre un baril de matière première.

Ce matériel-là, c'est un matériel de première qualité. Il vient de la Corée, explique Gino Belleville, président de Plastiques GPR.

Dans ce cas-là, c'est purement une question de coûts. Pour nous, transformer de la matière recyclée est plus coûteux que transformer de la matière vierge.

Gino Belleville président de Plastiques GPR

Il affirme qu’il serait incapable d’avoir un tel type de matière au Québec.

Monsieur Belleville soutient que « c’est plus facile à transformer de la matière neuve. On a un taux de rejet de 2 %. Ce taux de rejet peut monter jusqu’à 10 % pour du recyclé. »

Après nous avoir montré une chaîne de productions de poubelles et de bac de récupération fabriqués avec de la matière recyclée, le grand patron de l’entreprise, qui se dit soucieux de l’environnement, affirme qu’il n’a pas le choix d’acheter de la matière neuve pour répondre aux besoins de certains de ses clients.

Usine de moulage de matières plastiques, Saint-Félix-de-Valois

Gino Belleville Président, Plastiques GPR inc.

Photo : Radio-Canada / Martin Cloutier

« Le consommateur, le client, il veut des particularités qui fait qu’on n’est pas capable d’utiliser des matières recyclées. Exemple, avec du recyclé, on est capable de fabriquer des produits gris foncé, noir, mais si un client veut une pièce rouge on ne peut pas utiliser de recyclé ».

Il ajoute que « quand on veut travailler avec du recyclé, c’est plus dispendieux. C’est beaucoup plus facile et économique de travailler de fabriquer avec de la matière neuve ».

On va continuer à utiliser du recyclé, mais je dirais que dans le business en général, c’est souvent le prix qui dicte ce que l’on fait.

Gino Belleville président de Plastiques GPR

Les centres de tri du Québec ont envoyé 59 000 tonnes de plastique chez les conditionneurs l'année dernière.

La chute des prix et le fait que les matières neuves et recyclées ont la même valeur sur les marchés font en sorte que la plupart des fabricants de produits de plastique achètent leur matière première à l'extérieur du Québec.

«  Quand on achète du matériel recyclé, il coûte le même prix qu’une matière neuve  », explique Gino Belleville.

Résultat, les conditionneurs ont de la difficulté à vendre leur plastique qui provient des centres de tri.

Boîte de granules de plastique à recycler en déplacement dans l'usine.

Usine : Services de Consultation Sinclair (SCS) inc. Drummondville

Photo : Radio-Canada / Martin Cloutier

C'est une industrie qui est en train de mourir. Si les prix continuent de baisser, je vais être obligé de fermer comme plusieurs conditionneurs au Québec qui ont de la difficulté, là.

Marc Legault, président de Ced-Lo

Serge Sinclair, un autre conditionneur, trouve la conjoncture difficile. Il a réduit sa production de moitié.

Il va rester deux portes de sortie : l'exportation ou l'enfouissement. On en est là. À un moment donné, il n'y aura plus un entrepreneur qui va vouloir investir là-dedans, affirme-t-il.

«  On aime avoir une bonne conscience environnementale au Québec. On aime ça avoir l'impression qu'on recycle, mais si, au bout du compte, il n'y a pas une cenne à faire avec ça…qui va travailler là-dedans? Fait-il valoir. Si on ne veut pas recycler, envoyons ça aux vidanges et n’en parlons plus ».

Entrevue dans son usine à Drummondville

Serge Sinclair Président chez SCS inc.

Photo : Radio-Canada / Martin Cloutier

Au Québec, seulement 25 % du plastique est recyclé. Presque tout le reste est envoyé à l'enfouissement.

Le gouvernement du Québec devrait nous écouter et devrait avoir une volonté probante de faire bouger les choses. Dans l'industrie, on croit que le gouvernement devrait forcer les entreprises à avoir un contenu de matière recyclée, ajoute Serge Sinclair.

Le gouvernement du Québec devrait aussi obliger le consommateur à acheter des produits qui sont faits de produits recyclés, ajoute Gino Belleville.

Deux ans après la crise qui a frappé le secteur du recyclage, les défis demeurent considérables, tant pour l'industrie que pour le gouvernement, alors qu'on parle de plus en plus d'économie circulaire.

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