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Des pratiques de l’industrie forestière canadienne limiteraient la régénération des forêts

Une pile de branches.

Les déchets de la récolte et de la transformation des arbres empilés le long des chemins forestiers seraient un des principaux facteurs limitant la régénération de la forêt.

Photo : Wildlands Leagues

Miguel Lachance

L’organisme de protection de la nature Wildlands League affirme que l’Ontario et le Canada sous-estiment l’impact des chemins forestiers et des aires de dépôt des billots sur la capacité des forêts à se régénérer complètement et à absorber du CO2, selon un rapport publié cette semaine. Un porte-parole de l'industrie affirme plutôt que l'étude exagère la gravité de la situation.

Le rapport, intitulé Cicatrices d'exploitation forestière boréale, est le résultat d’une étude de deux ans menée dans le Nord-Ouest de l’Ontario.

Anna Baggio, directrice de la planification de la conservation de Wildlands League, raconte que des membres de l’organisme ont remarqué, en survolant la forêt boréale, des zones dénudées d’arbres qui les ont intriguées.

Nous observions sans cesse un phénomène dans les zones où il y a eu des coupes forestières, et ce phénomène n’arrêtait pas de réapparaître et il était également visible sur les images satellites, explique-t-elle.

Le gouvernement et l’industrie n’arrêtent pas de nous dire que tout va bien, alors nous avons décidé de le mesurer, ajoute Mme Baggio.

Un homme fait voler un drone.

L'auteur du rapport, Trevor Hesselink, a entre autres utilisé des drones pour mener l'étude. Il est le directeur des politiques et de la recherche pour Wildlands League.

Photo : Wildlands League

Les chercheurs ont examiné 27 aires de coupe, exploitées entre 1989 et 2008, autour du parc provincial Wabakimi, au nord de Thunder Bay, pour mesurer les zones dénudées d’arbres.

Nous avons constaté que la forêt ne repoussait pas, même après deux ou trois décennies, et que cette tendance était liée au réseau de chemins forestiers.

Anna Baggio, directrice de la planification de la conservation de Wildlands League

Selon le rapport, les zones où la forêt ne se régénère pas constituent entre 10,2 % et 23,7 % de la zone de coupe, avec une moyenne de 14,2 %.

Une vue aérienne de chemins forestiers.

Les secteurs utilisés pour empiler les billots avant de les charger sur des camions de transport forment une importante proportion de ces zones.

Photo : Wildlands League

Nous avons été surpris par l’ampleur de ce phénomène, a déclaré Mme Baggio.

Cette proportion est plus élevée que les estimations de l’industrie forestière et du gouvernement ontarien, qui varient de 0 à 7 %.

Lutte contre les changements climatiques

Selon Anna Baggio, le phénomène est une forme de déforestation qui n’est pas prise en compte par la province et le gouvernement fédéral, et qui nuit à la capacité de la forêt boréale de réduire la quantité de carbone dans l’atmosphère.

Elle ajoute qu’il existe des techniques de récolte moins dommageables pour la régénération que celle principalement utilisée en Ontario, qui consiste à les transporter en entier dans la zone de dépôt avant de les ébrancher et de les tronçonner.

Cette technique, dite en arbre entier, laisse une quantité importante de déchets dans les zones de dépôt, alors que la technique dite par tronçonnage laisse les branches éparpillées dans la forêt, ce qui favoriserait la repousse.

La technique d'abattage en arbre entier qui domine l'industrie forestière ontarienne est aussi utilisée dans l'Ouest canadien et au Québec, selon Wildlands League.

Le Canada considère ces zones comme totalement régénérées dans leur modélisation; l’Ontario le fait aussi. On espère qu’ils vont corriger le tir, parce que ça représente une importante perte de forêt productive.

Anna Baggio, directrice de la planification de la conservation de Wildlands League

Selon les données de son étude, Wildlands League estime qu’environ 21 700 hectares de forêts sont perdus chaque année en raison des cicatrices laissées par la récolte, soit l’équivalent de 40 000 terrains de football.

L’organisme avance que, depuis 30 ans, l’Ontario a pu perdre jusqu'à 650 000 hectares de forêts productives au profit des routes forestières et des aires de dépôts en raison des techniques de coupe.

Cette superficie équivaut à 10 fois celle de la ville de Toronto, ou à environ 1,5 fois la taille du lac Nipigon.

Toujours selon le rapport, la quantité de CO2 qui ne pourra pas être absorbée d’ici 2030 en raison de cette déforestation ignorée est supérieure au total des émissions annuelles de tous les véhicules de passagers du pays.

Une étude qui ne serait pas représentative

Le directeur de la foresterie de l'Association des produits forestiers du Canada (APFC), Étienne Bélanger, affirme que le rapport de Wildlands League exagère le problème. Ils surestiment largement l'impact de la foresterie au Canada.

L'APFC est la porte-parole nationale des producteurs de bois, de pâte et de papier.

Il remet notamment en question la méthodologie utilisée par l'organisme. Leur approche de se concentrer sur certains sites qu'ils ont réussi à visiter et puis de l'extrapoler à l'ensemble du pays ne reflète pas très bien la réalité.

Une photo d'un chemin forestier prise par un drone.

Ce chemin forestier se trouve dans la forêt du lac Seul, dans un secteur qui a été exploité en 2008. Il s'agit d'un des secteurs étudiés où la zone dénudée d'arbres est la moins importante (10,26 %).

Photo : Wildlands League

Il croit que Wildlands League a utilisé les cas les plus graves que les chercheurs ont pu trouver et fait des règles de trois pour appliquer ça à l'ensemble du territoire.

Un autre biais dans le rapport, c'est qu'en allant sur le terrain en camion, ils n'avaient pas accès aux sites complètement régénérés, car il n'y a plus de route.

Étienne Bélanger, directeur de la foresterie de l'Association des produits forestiers du Canada

Il admet que la déforestation reliée à l'exploitation est un enjeu, mais souligne que les techniques de l'industrie ont évolué depuis 30 ans pour assurer la régénération des forêts.

Il affirme que la technique d'abattage en arbre entier est de moins en moins utilisée et que des efforts sont faits pour reboiser les chemins et surveiller la situation de près.

Une nouvelle stratégie en préparation

La porte-parole du ministère ontarien des Richesses naturelles et des Forêts, Jolanta Kowalski, affirme dans un courriel envoyé à Radio-Canada que la province demeure un chef de file dans la gestion des forêts.

La publication de Wildlands League coïncide avec celle d’une ébauche du ministère pour une nouvelle stratégie forestière.

Le principal pilier de l’ébauche est la gestion responsable et la durabilité, écrit Mme Kowalski.

L’Ontario tient compte de la perte de terres productives dans ses pratiques d’aménagement forestier [...]. Les équipes de planification doivent surveiller les progrès accomplis et rendre des comptes.

Jolanta Kowalski, porte-parole du ministère des Richesses naturelles et des Forêts

Mme Kowlaski ajoute qu’entre 2009 et 2013, 731 638 hectares de forêts ont fait l’objet d’une évaluation de l’état de régénération par le ministère et que 91 % ont été classés comme aptes à se développer.

Elle indique aussi que le réseau des chemins forestiers est également utilisé par des entreprises minières et touristiques, ainsi que par des communautés autochtones.

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Nord de l'Ontario

Industrie forestière