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Un groupe contre le bilinguisme fait du lobbying à Queen’s Park

On peut lire en anglais "Le Canada n'est PAS un pays bilingue", avec une feuille d'érable en arrière plan.

Ce tract était inclu dans la lettre envoyée aux députés de Queen's Park.

Photo : Canadians for Language Fairness

Colin Côté-Paulette

Le groupe Canadians for Language Fairness (CLF) [Canadiens pour l’équité linguistique] a envoyé des lettres dénonçant des projets de loi privés visant à moderniser la Loi sur les services en français.

Notre organisation vous écrit aujourd’hui pour vous avertir que deux projets de loi inquiétants [...] nuiront à vos électeurs s’ils reçoivent la sanction royale, peut-on lire dans la lettre.

Plus loin dans le document, il est écrit que les contribuables ontariens ne peuvent pas se permettre davantage de services bilingues, alors que seulement 4 % de la population parle français.

La ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, a indiqué en septembre dernier qu'elle souhaitait mener à terme la réforme de la loi 8 sur les services en français avant les prochaines élections provinciales en 2022, mais le gouvernement n'a pas déposé de projet de loi à cet effet jusqu'à maintenant.

Gordon Miller, un membre du conseil d’administration de CLF, tient néanmoins à préciser que son organisme n’a rien contre le français.

Je pense que partout où il y a une minorité francophone au Canada, que tout le monde fait beaucoup trop d’efforts pour les accommoder, explique-t-il.

M. Miller assure que des lettres ont été envoyées à tous les députés de Queen’s Park.

Radio-Canada a pu confirmer que trois députés néo-démocrates avaient bel et bien reçu ladite lettre.

Une liste à puces remplie de demandes du groupe.

Un des tracts envoyés aux députés de l'Assemblée législative de l'Ontario.

Photo : Canadians for Language Fairness

L’autre argument principal de CLF, c’est que les francophones auraient accès à plus d’emplois que les unilingues anglophones. Les francophones présentement en Ontario, sont privilégiés, parce qu’ils peuvent parler les deux langues couramment, lance M. Miller.

La majorité des Ontariens - quelque 96 % - seront désavantagés lorsqu’ils chercheront de bons emplois dans les secteurs public et privé.

Extrait du document envoyé aux députés ontariens

Les projets de loi privés 135 et 137, qui ont tous deux fait l'objet d'une première lecture en chambre, proposent essentiellement de moderniser la Loi sur les services en français de la province. Le deuxième projet de loi propose notamment que les tribunaux ontariens rendent automatiquement leurs décisions importantes dans les deux langues officielles.

Guy Bourgouin en conférence de presse à Queen's Park.

Le porte-parole du nouveau parti démocratique de l'Ontario en matière d’Affaires francophones, Guy Bourgouin, a dévoilé son plan pour moderniser la Loi sur les services en français.

Photo : CHAÎNE DE QUEEN'S PARK

Réaction d’un député francophone

Le député de Mushkegowuk-Baie James, Guy Bourgouin, qui a déposé le projet de loi 137, condamne les propos de CLF, bien qu’il aimerait limiter l’attention portée au groupe.

Il y a encore des gens qui ne comprennent pas le fait que la francophonie est vitale pour l’épanouissement économique, social et culturel de l’Ontario, estime le porte-parole des Affaires francophones de l’opposition officielle.

Ne pas comprendre notre situation historique et constitutionnelle, c’est de l’ignorance de leur bord.

Guy Bourgouin, porte-parole des Affaires francophones de l’opposition officielle

Un Franco-Ontarien contre le bilinguisme institutionnel

Pour sa part, Jean-Serge Brisson, un francophone de l’Est ontarien, partage les idées véhiculées par CLF.

Quand tu commences à dire que tout le monde dans la fonction publique doit être parfaitement bilingue tu risques de perdre des compétences, estime le membre du Parti libertarien du Canada.

M. Brisson soutient que la qualité des services donnés est plus importante que la langue de ceux-ci. Il prend en exemple les tribunaux, stipulant qu’il préfère un bon juge unilingue anglophone qu’un mauvais juge qui parle français.

En cour, il y a toujours des interprètes, et ils font un très bon travail, ajoute-t-il.

Capture d'écran d'un courriel.

Lettre de Canadians for Language Fairness envoyée aux députés de Queen's Park.

Photo : Canadians for Language Fairness

Un expert en droits linguistiques contredit CLF

Le titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie canadienne en droits et enjeux linguistiques de l'Université d'Ottawa, François Larocque, rejette les inquiétudes de CLF.

Ces craintes-là ne sont aucunement fondées. On se rend compte que les postes qui sont désignés bilingues dans la fonction publique ontarienne ne sont même pas comblés, affirme M. Larocque.

Le professeur de droit ajoute que les deux projets de loi sont à leurs balbutiements, qu'ils risquent d'être modifiés et surtout, qu'ils risquent de ne pas être adoptés puisqu'ils ont été déposés par l'opposition.

M. Larocque croit également qu'il est temps, plus de 30 ans après son adoption, que la Loi sur les services en français de l'Ontario soit révisée.

C'est de la bonne gouvernance que de réviser périodiquement des lois comme celle-là, soutient-il.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario a, pour sa part, décliné la demande d’entrevue de Radio-Canada.

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Toronto

Francophonie