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Davantage de féminicides dans les régions rurales du Nouveau-Brunswick

La violence conjugale a plusieurs visages. L’agresseur cherche à dominer sa victime, à la contrôler et à la rendre sienne. Et quoi de mieux que l’isolement rural pour y parvenir?

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Vue sur la baie de Pointe-Sapin au Nouveau-Brunswick avec ciel nuageux.

Une femme de 30 ans, Lisa Graves-Smith, a été victime d'un meurtre à Pointe-Sapin en juillet 2019.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Au Nouveau-Brunswick, 70 % des décès liés à des homicides conjugaux se déroulent dans les régions rurales, et la majorité des victimes sont des femmes. La province affiche ainsi le taux de déclaration de violence conjugale le plus élevé de l'Atlantique.

Cette moyenne tristement élevée s’explique par le grand nombre de régions rurales de la province, selon la sociologue Carmen Gill.

Le fait de vivre dans une région plus rurale fait en sorte que les personnes sont plus isolées. Il peut y avoir des facteurs économiques qui vont faire en sorte que les personnes vont se sentir prises au piège et, donc, dans l'impossibilité de quitter une relation abusive, par exemple, explique-t-elle.

Elle ajoute que le manque de services contribue également à la situation. Ou encore, il y a une absence de services dans certains endroits qui peut expliquer le fait que les gens ne peuvent pas s'en sortir.

Onde de choc à Pointe-Sapin

L’été dernier, à Pointe-Sapin, un homme a tué son ex-conjointe sur leur lieu de travail. Il s'est ensuite enlevé la vie sur place.

Ce meurtre-suicide n’est pas unique. Au Canada, c’est au Nouveau-Brunswick où se produisent le plus de meurtres-suicides liés à la famille.

N’empêche que ce drame a bouleversé les résidents de ce village de l’est de la province et des environs.

Vue sur le quai de Pointe-Sapin alors que les bateaux ont tous été retirés de l'eau.

Il y a un peu moins de 500 personnes qui habitent dans le village de Pointe-Sapin, dans le comté de Kent au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Valdine Daigle travaille à la Coop du village depuis des décennies. L’épicerie sert de magasin général et de principal point de rencontre pour les résidents. Elle les connaît tous puisque, forcément, ils s’y arrêtent quotidiennement.

Stationnement d'une épicerie Coop.

Les succursales Coop sont parfois le seul point de vente de produits alimentaires dans les villages du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Ils étaient des clients comme les autres. Je n'aurais jamais pu dire qu'il y aurait eu de quoi avec ce jeune-là. Parce qu'il venait ici et il était gentil comme tous les autres… , raconte-t-elle.

Une dame sourit à la caméra à la caisse d'une épicerie.

Valdine Daigle travaille à la Coop de Pointe-Sapin depuis plus d'une trentaine d'années.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Le drame, que l’on peut aussi qualifier de féminicide, était sur toutes les lèvres pendant plusieurs semaines.

La tragédie a créé une onde de choc dans ce petit village de 500 âmes où règne un calme imperturbable, à l’exception d’une certaine agitation lors de la saison de la pêche.

Pour moi, c'était un gros choc, parce que je voyais ces gens-là à tous les midis. Ils venaient pour dîner. C'est triste. Ça m'a vraiment frappée, se remémore la résidente.

Un tel bouleversement est tout à fait normal, selon la sociologue Carmen Gill de l’Université du Nouveau-Brunswick : On ne peut pas vraiment comprendre le fait qu’une personne peut tuer une personne dans une petite communauté où tous les gens se connaissent.

En raison notamment de la proximité qui unit les villageois, certains pourraient également ressentir de la culpabilité pour ne pas avoir su remarquer le problème ni le dénoncer.

S’attaquer au problème de fond

Même si ce sont les petites communautés qui sont les plus touchées, le fléau de la violence est un problème plus global qui nécessite une réponse tout aussi globale, défend Carmen Gill.

Il faut vraiment regarder comment on perçoit la violence envers les femmes dans notre société.

Carmen Gill, professeure de sociologie à l'Université du Nouveau-Brunswick

La solution est la même, tant dans les grandes villes que dans les petites municipalités.

Si les gens dans les communautés petites et moins petites pouvaient mieux comprendre les dynamiques de violence à l'endroit des femmes, on ferait déjà un bon bout de chemin.

Selon Rosella Melanson, ancienne directrice générale du Conseil consultatif sur la condition de la femme du Nouveau-Brunswick, les Néo-Brunswickois ne s'indignent pas suffisamment de la situation.

Le Nouveau-Brunswick tolère très bien la violence faite aux femmes. On ne s’indigne pas.

Rosella Melanson, ancienne directrice générale du Conseil consultatif sur la condition de la femme du Nouveau-Brunswick

À son avis, ce sont aux gouvernements et aux institutions que revient le devoir de faire de la prévention. Et à ses yeux, prévention n'est pas synonyme d'aide aux victimes. De la prévention, ce serait de confronter les attitudes des hommes, précise-t-elle.

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