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Suivre son cœur en Gaspésie

Le couple se tient la main devant le fleuve.

Sylvain Lessard espérait que sa conjointe tombe sous le charme de la ville, mais c'est plutôt lui qui a été séduit par la vie en Gaspésie.

Photo : Gracieuseté : Sylvain Lessard

Catherine Poisson

Ce n'est pas un hasard si les services aux nouveaux arrivants redoublent d'efforts pour favoriser les rencontres. L'amour est l'un des principaux facteurs d'attraction et de rétention des personnes. Voici deux histoires de Néo-Gaspésiens qui ont suivi leur cœur jusqu'au bord de la mer.

En 2012, Camille Piché-Larocque prend la route vers la Baie-des-Chaleurs pour aller rendre visite à son frère, qui y vit depuis environ un an.

À ce moment, elle étudie à l'Université Laval, à Québec, mais sait déjà qu'elle ne fera pas sa vie dans la Vieille Capitale. La jeune femme originaire de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, dans les Laurentides, rêve de voyager à travers le monde, peut-être même de devenir une infirmière sans frontières.

Jusqu'à ce que cette visite en Gaspésie change tout. Autour d'une bière de la microbrasserie Le Naufrageur, Camille rencontre des amis de son frère, dont Keith Sexton.

J'ai rencontré l'amour à Carleton!, lance-t-elle en riant.

Ils commencent alors à se fréquenter, malgré la distance. On se rencontrait à mi-chemin entre Québec et Carleton quand on avait des congés, on se faisait des petites rencontres sur le bord du fleuve, mais on ne s'est pas vus beaucoup, c'est sûr, se rappelle-t-elle.

Le couple est assis dans l'herbe à l'automne. Keith Sexton a la main posée sur le ventre de Camille Piché-Larocque, enceinte.

Camille Piché-Larocque n'avait jamais pensé déménager en Gaspésie avant de rencontrer Keith Sexton.

Photo : Gracieuseté : Camille Piché-Larocque

Cette relation à distance dure un an, jusqu'à ce que Camille termine ses études en 2013 et décide d'emménager avec son amoureux. De toute façon, je devais déménager pour retourner soit dans ma région, soit en Gaspésie avec mon frère et mon chum. Alors je me suis dit : ''Pourquoi pas. Je vais m'installer là-bas et si ça ne marche pas, on réévaluera".

Je suis débarquée avec mon camion U-Haul plein de bagages et je me suis installée chez lui, sept jours sur sept. C'est quand même rapide!

Camille Piché-Larocque

Si mon frère n'avait pas été dans le coin, je ne suis pas sûre que la décision aurait été aussi facile à prendre. Vu que je ne connaissais pas du tout la région, je ne pense pas que je serais déménagée ici, ce n'était pas dans mes plans, admet-elle.

Sept ans et deux enfants plus tard, Camille ne regrette pas sa décision, mais affirme être encore en adaptation dans sa nouvelle région.

Dans la première année, j'ai trouvé ça plus difficile, je m'ennuyais de ma gang d'amis, je ne connaissais personne ici sauf mon frère. C'est le travail qui m'a aidée à passer à travers ça, je me suis fait des amis à l'hôpital qui ont la même job, le même horaire que moi, explique-t-elle.

Les premiers hivers sont particulièrement difficiles pour celle qui est habituée à l'action de la ville.

L'été, c'est le fun, il y a beaucoup de visiteurs, plein d'activités, des spectacles, on peut faire des voyages en auto autour de la Gaspésie... Mais l'hiver, tout ralentit un peu, les restaurants ferment, il y a beaucoup moins de monde. Ça, j'ai trouvé ça vraiment plus difficile, il a fallu que je m'adapte.

Keith Sexton et Camille Piché-Larocque avec leurs deux enfants.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Keith Sexton et Camille Piché-Larocque sont les heureux parents de deux enfants gaspésiens, James et Abigaëlle.

Photo : Gracieuseté : Camille Piché-Larocque

On fait plus de cocooning l'hiver. Je me suis même mise à tricoter, mais ça n'a pas duré! Je fais un peu de ski, de raquette et tout ça. Avec des enfants, c'est sûr que maintenant on joue dehors pas mal plus. Je me suis bien adaptée, mais je suis encore en train de découvrir la région, j'en apprends chaque semaine, admet la jeune maman.

En plus du ski et de la raquette, Camille s'est mise à la course en sentier et au vélo de montagne. Celle qui retournait à Montréal une fois par mois au cours de sa première année en Gaspésie passe maintenant ses étés à accueillir ses amis chez elle, dans la Baie-des-Chaleurs.

Plus encore, la naissance de ses enfants a incité ses parents à déménager à leur tour dans la région.

Toute la famille est réunie, alors on n'a plus de raison de partir!, lâche-t-elle.

La grande séduction... à Terrebonne

Tous ne sont pas aussi ouverts que Camille, et certains citadins essaient d'attirer leur douce moitié gaspésienne en ville, plutôt que de déménager.

C'est ce qu'a tenté Sylvain Lessard, originaire de la région de Montréal, après avoir rencontré Sandra Bernard, originaire de Mont-Joli, dans un bar de Montréal, alors qu'ils étaient tous deux aux études.

Sandra, son rêve, c'était d'ouvrir une chocolaterie, et je lui avais dit qu'on pourrait faire ça dans la région de Terrebonne, parce que je venais d'y acheter un appartement, mais elle voulait faire ça à Rimouski. De fil en aiguille, j'ai réussi à la convaincre et je lui ai fait une promesse : donne moi 10 ans et tu vas finir par aimer Terrebonne!, raconte-t-il.

A-t-il gagné son pari?

Aucunement. Elle était tannée du trafic et du côté un peu plus impersonnel de la ville, elle avait de la difficulté à avoir un réseau d'amis fort.

Sandra et Bernard sont assis sur une terrasse. Sandra tient son bébé naissant, Béatrice, contre sa poitrine.

Sandra Bernard et Sylvain Lessard, peu après la naissance de leur fille Béatrice

Photo : Gracieuseté : Sylvain Lessard

En 2012, Sylvain part en vacances en Gaspésie. Du Bic à Forillon en passant par la Baie-des-Chaleurs, il succombe au charme de la région, mais pas au point d'y déménager. Pas encore.

Quand on est revenus dans la région de Montréal, j'ai commencé à être très, très stressé. J'étais pas capable de revenir dans le beat de la ville, de reprendre le rythme au travail, admet-il.

Quelques semaines plus tard, Sylvain perd son emploi, un événement qu'il qualifie de chanceux. Son amoureuse en profite pour revenir à la charge et insiste pour dire que le temps est venu d'aller vivre en Gaspésie. À nouveau, Sylvain refuse. Peu après, il se fait offrir un nouvel emploi, en ville.

En allant signer mon contrat, j'ai fait une crise d'anxiété dans le trafic en me disant : ''Est-ce que c'est ça que je vais vivre matin et soir pour le restant de mes jours?'' J'étais pas capable de me rentrer ça dans tête, se rappelle-t-il.

Quand je suis rentré chez nous, j'ai ouvert la porte devant ma conjointe certaine que je commençais mon nouveau travail le lundi suivant, et j'ai dit que j'avais refusé le poste et qu'on allait déménager en Gaspésie.

Sylvain Lessard

En 2013, ils posent leurs valises à Saint-Ulric avec leurs deux jeunes filles, qui ont maintenant une petite soeur gaspésienne.

Le citadin s'ennuie-t-il parfois de Terrebonne? Aucunement.

Le seul regret que j'ai par rapport au déménagement, c'est de ne pas l'avoir fait avant, affirme Sylvain.

Il y a l'anonymat dont je m'ennuie des fois, parce que c'est un peu perturbant dans un petit milieu, quand tu rencontres quelqu'un, que tu te présentes et que l'autre te répond : ''Oui je sais'', mais que toi, tu ne le connais pas, ajoute-t-il en riant.

Et des fois oui, il y a du trafic, on est deux au stop et on ne sait pas trop c'est à qui, alors on se met à jaser et ça dure plus longtemps que prévu.

La famille, toute vêtue de blanc et tenant plusieurs bouquets de fleurs, prend la pose devant le fleuve.

Sandra Bernard et Sylvain Lessard avec leurs filles Béatrice, Adèle et Rosemarie lors de leur mariage en septembre 2017

Photo : Gracieuseté : Sylvain Lessard

Au final, Matane a pas mal tout ce qu'une grande ville a. C'est quand même assez exceptionnel qu'il y ait un terrain de golf, un centre de ski, une patinoire deux glaces, une piscine... Les gens oublient peut-être que la majorité des villes de 15 000 habitants n'ont pas autant d'infrastructures. Elles ne sont pas toutes en super état, mais l'offre de services est quand même importante, souligne-t-il.

Outre les services, Sylvain apprécie le fait de vivre près de ses beaux-parents, toujours disponibles pour garder les enfants.

On n'entend pas ça souvent, mais c'est précieux une belle-mère! J'aime beaucoup la mienne, avoue-t-il.

Comme quoi l'amour est réellement plus fort que tout.

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Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

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