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Un courant électrique parasite à l'origine du bris des propulseurs du F.-A.-Gauthier?

Le système de propulsion du F.-A.-Gauthier est l’un des défauts de conception.

Photo : Radio-Canada

Michel-Félix Tremblay

Un courant parasite pourrait expliquer le bris simultané des deux propulseurs du F.-A.-Gauthier. Le système de roulement à billes des propulseurs s'est usé d'une manière prématurée, entraînant la mise hors service du traversier depuis bientôt un an.

Le phénomène, aussi appelé courant vagabond, est bien documenté, mais souvent difficile à cerner.

Il est généré à l'intérieur d'une structure et est conduit par les pièces de métal, ce qui le rend insidieux, mais dévastateur à la longue.

Selon nos informations, cette hypothèse est l'une des plus sérieuses étudiées par la Société des traversiers pour expliquer que les deux propulseurs neufs se sont brisés en même temps.

Selon Pierre-Paul Desgagnés, qui était directeur des services maritimes à la Société des traversiers du Québec (STQ) lors de l'élaboration des plans et devis du F.-A.-Gauthier, ce courant parasite pourrait être induit par le navire lui-même.

L'hélice elle-même va générer un courant puisqu'elle est dans l'eau salée; donc, elle va générer des petits courants qui se promènent à travers les composantes et peuvent endommager les boîtes d'engrenage. Le courant peut provenir aussi directement des moteurs électriques.

Pierre-Paul Desgagnés, ex-directeur des services maritimes, Société des traversiers du Québec

En effet, lorsque les ingénieurs ont démonté les propulseurs du navire, l'hiver dernier, ils ont découvert que le roulement à billes avait été grugé. C'est ce qui aurait entraîné ensuite des vibrations anormales des propulseurs.

Le F.-A.-Gauthier en juillet 2019 au chantier maritime Davie, à Lévis.

Le F.-A.-Gauthier en juillet 2019 au chantier maritime Davie, à Lévis

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Une hypothèse qu'appuie, depuis le début de la saga, l'ex-chef mécanicien à la Garde côtière, Benoit Côté. L'homme dit avoir affronté cette situation à quelques reprises pendant les 20 ans où il a été inspecteur à bord des navires pour Transports Canada.

C'est très subtil, ça peut prendre des années avant que les symptômes arrivent, et ça détruit la surface antifriction du roulement et ça devient comme du sable.

Benoit Côté, ex-chef mécanicien à la Garde côtière et ex-inspecteur de Transports Canada à la retraite

Pas la glace

Si ce diagnostic s'avère, la glace n'aurait donc pas été à l'origine du bris, comme d'autres spécialistes l'ont déjà avancé.

Pour sa part, Pierre-Paul Desgagnés a toujours écarté l'hypothèse de la glace. Lorsque lui et son équipe ont choisi d'installer ces propulseurs, ils avaient fait leurs preuves dans des conditions hivernales, précise-t-il.

M. Desgagnés, qui se dit bien informé bien qu'il soit à la retraite depuis cinq ans, affirme qu'aucun indice ne prouve que les propulseurs ont pu souffrir de l'omniprésence de la glace.

Il n'y a aucune trace d'impact sur les hélices et au niveau du système de propulseur d'étrave, la pièce pourtant la plus sensible, il n'y a aucun dommage non plus.

Pierre-Paul Desgagnés, ex-directeur des Services maritimes, Société des traversiers du Québec

La STQ a effectué des tests très poussés cet été dans un laboratoire américain afin de tester une hypothèse en particulier.

Le porte-parole, Alexandre Lavoie, affirmait que plusieurs autres hypothèses avaient été écartées et qu'une en particulier semblait plus plausible que les autres.

Par contre, la STQ n'a pas voulu commenter la piste du courant parasite. Elle fera le point lors de la remise en service du navire.

Les propulseurs : une bonne décision

Pierre-Paul Desgagnés défend catégoriquement le choix d'installer des propulseurs azimutaux en lieu et place d'hélices et de gouverneurs dits conventionnels.

Sans cette technologie, il avance qu'il aurait fallu modifier considérablement les quais pour permettre au F.-A.-Gauthier de faire ses manœuvres d'accostage.

Les propulseurs azimutaux permettent de diriger le bateau avec une précision remarquable, qualité que les capitaines ont d'ailleurs soulignée dans le passé.

De plus, sa voilure, c'est-à-dire le gabarit du navire exposé aux vents, fait en sorte que l'aide de remorqueurs aurait été nécessaire pour que le navire puisse entrer au port dans certaines occasions.

Un autre gros problème réglé

Vu de loin, le navire avance sur l'eau glacée.

Le traversier F.-A.-Gauthier lors de son arrivée à Lévis afin de subir des travaux au chantier Davie. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Si la glace n'a peut-être rien à voir avec le bris des propulseurs, elle est cependant à l'origine d'un autre important problème sur le F.-A.-Gauthier.

Un problème qui a causé de nombreuses pannes de moteur.

En hiver, des morceaux de glaces obstruent les tuyaux qui servent à refroidir les moteurs auxiliaires.

Selon des documents émanant du Conseil du Trésor, afin de corriger la situation, la STQ a profité des travaux en cale sèche du navire à la Davie pour ajouter ce que l'on appelle dans le jargon des box-coolers.

Il s'agit d'un équipement comparable à un radiateur qui permet de refroidir les moteurs en circuit fermé, donc en évitant que la glace ne s'accumule dans les entrées d'eau.

Ces équipements adaptés à la navigation hivernale figuraient pourtant dans les plans initiaux, selon Pierre-Paul Desgagnés. Il en avait personnellement fait la demande, dit-il.

C'était une erreur [de ne pas en installer, NDLR]. Quand quelque chose ne fonctionne pas, ça s'apparente à un vice de conception.

Pierre-Paul Desgagnés, ex-directeur des services maritimes, Société des traversiers du Québec

On ignore pour l'instant les coûts de ces travaux.

L'étude de conception détaillée a déjà coûté 219 500 $.

Les travaux devaient avoir lieu lors de la cale sèche du printemps 2018, mais avaient été repoussés à 2019.

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