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La GRC doit toujours 56 000 $ à l'île de l'Aga Khan pour les vacances de Justin Trudeau

L'île de Bell, dans les Bahamas

L'île de Bell, dans les Bahamas

Photo : Radio-Canada / CBC

Radio-Canada

Trois ans après le voyage de Justin Trudeau sur l'île privée de l'Aga Khan, aux Bahamas, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) n’a toujours pas payé les frais liés à la sécurité du premier ministre aux gestionnaires du domaine.

Selon des informations obtenues par CBC News, les administrateurs de l’île de l’Aga Khan réclament un peu plus de 56 000 $ à la GRC pour l’hébergement, les repas et la location de motomarines utilisées par le Détachement de protection du premier ministre (DPPM) pour assurer la sécurité de la famille Trudeau, à l’hiver 2016.

Ces coûts, assure la GRC, étaient directement liés au mandat du DPPM, soit de fournir des mesures de protection rapprochée au premier ministre et à sa famille. Le corps de police a également justifié la location de motomarines utilisées par ses agents pour patrouiller dans les eaux environnantes.

Pas de factures

Selon la sergente intérimaire de la GRC, Caroline Duval, le corps de police a tenté d’acquitter ces frais depuis, mais n’a pas réussi à le faire en dépit des efforts déployés.

Le problème est que le système de gestion financière de la GRC exige l’émission de factures pour rembourser ce genre de frais.

Or un gestionnaire de Bell Island Guest Program a déclaré dans des courriels de la GRC obtenus par CBC News qu'ils voulaient être remboursés, mais qu’ils ne pouvaient émettre aucune facture.

Dans un courriel daté du 1er janvier 2017, l'inspectrice Linda Blake, qui dirigeait le déploiement du DPPM, assure avoir demandé au gestionnaire de Bell Island de fournir une facture pour les coûts engagés pendant que ses officiers étaient sur l'île.

La missive précise également que la GRC a tenté pendant des mois de trouver un moyen, dans le cadre de son système financier, de rembourser les dépenses de ses agents lors du voyage des Trudeau, mais que les gestionnaires de l'île étaient catégoriques : ils ne voulaient pas émettre de facture.

Nous ne sommes pas une entreprise et n'avons pas le droit d'émettre des factures. Comme nous l'avons dit, cela devrait être traité comme un remboursement pour les articles loués au nom de la GRC.

Gordon Overing, directeur de Bell Island - Extrait d'un courriel à la direction de la GRC, mars 2017.

Les documents montrent également que la direction de l’île Bell s’est montrée contrariée lorsqu'un agent supérieur de la GRC a essayé de rédiger une facture pour clore ce dossier.

J'ai discuté de cette situation et nous sommes très inquiets que vous ayez produit une facture en notre nom après que nous eûmes déclaré à plusieurs reprises que nous ne pouvions pas émettre de factures, a écrit Gordon Overing, dans son courriel du 23 mars 2017, soit trois mois après la visite des Trudeau.

Il semble que notre système de paiement normal du gouvernement fédéral n'est pas compatible avec les opérations de Bell Island.

Pierre J.G. Ménard, ex-surintendant du détachement de protection du premier ministre –Extrait d’un courriel obtenu par CBC News

En tout, les vacances des Fêtes de la famille Trudeau ont coûté plus de 215 000 $ au gouvernement canadien, dont 153 504 $ à la GRC. Le corps de police n’a pas précisé à CBC si les 56 000 $ qu’elle doit encore payer à Bell Island sont inclus dans ce total.

Culture du silence

L'île de Bell, dans les Bahamas

L'île de Bell, dans les Bahamas

Photo : Radio-Canada / CBC

Les documents obtenus par CBC News révèlent également que la décision de Justin Trudeau de partir en vacances avec sa famille sur une île privée des Bahamas a engendré un cauchemar bureaucratique dans les coulisses de la GRC.

En effet, outre les difficultés de paiement à la direction de Bell Island, le DPPM a tenté d'empêcher que les coûts de sécurité du voyage des Trudeau ne soient révélés au public.

En vertu des règles du gouvernement fédéral, les ministères sont censés divulguer de façon proactive les détails des contrats de plus de 10 000 $, à moins que leur divulgation ne compromette la sécurité publique ou la sécurité nationale.

Or, la GRC a demandé à ce que ces coûts soient exemptés de cette divulgation proactive afin de supprimer les références aux coûts engagés pendant les vacances de Noël de la famille Trudeau.

La réponse obtenue par des fonctionnaires qui demandaient à l’interne en février 2017 pourquoi ces dépenses ne devaient pas être divulguées expliquait que comme elles n’avaient pas encore été payées, ces sommes ne pouvaient être divulguées de façon proactive.

Des vacances controversées

Le premier ministre Trudeau a reçu l'Aga Khan au Parlement canadien le 17 mai 2016.

Le premier ministre Trudeau a reçu l'Aga Khan au Parlement canadien le 17 mai 2016.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Ces vacances en famille de Justin Trudeau sur l’île privée de l’Aga Khan pendant les vacances de Noël 2016-2017 ont soulevé de nombreuses critiques et questions dans les rangs de l’opposition.

Rappelons que le député libéral et ami de longue date du premier ministre, Seamus O'Regan et son mari Steve Doussis, se sont joints à la famille de Trudeau sur l'île, tout comme Anna Gainey, qui était alors présidente du Parti libéral, et son mari Tom Pitfield, un ami de longue date et un membre clé de l'équipe électorale de Trudeau.

En décembre 2017, la commissaire à l'éthique de l'époque, Mary Dawson, a conclu que Justin Trudeau avait enfreint quatre articles de la Loi sur les conflits d'intérêts, qui régit les titulaires de charge publique, lorsqu'il a accepté l’invitation de l'Aga Khan.

Mme Dawson a rejeté l'argument du premier ministre que l'Aga Khan, dont la fondation et le Centre mondial du pluralisme traitent avec le gouvernement fédéral, était simplement un ami de la famille.

La commissaire à l’éthique avait répondu que ces vacances pouvaient être perçues comme une tentative de l’Aga Khan d’influencer le premier ministre Trudeau.

Une autre affaire, qui porte sur une présumée infraction de l'Aga Khan quant aux règles canadiennes en matière de lobbying, doit être entendue par la Cour d'appel fédérale le 12 décembre prochain.

Avec les informations d'Elizabeth Thompson

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