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Les campements de fortune ont coûté 200 000 $ à Moncton

Des tentes dans un secteur boisé

Des personnes sans logement à Moncton ont aménagé ce campement de fortune près de la rue Albert, l'été dernier, ce qui a entraîné des coûts imprévus pour la Municipalité.

Photo : CBC

Radio-Canada

La Ville de Moncton estime avoir fait des dépenses supplémentaires d’environ 200 000 $ cette année à cause des campements de fortune érigés par des sans-abri.

Il s’agit des coûts liés notamment aux éléments suivants : l’équipement et le nettoyage des sites, la sécurité, l’éclairage, les toilettes, l’eau potable, les trousses de premiers soins, le travail du personnel, explique la directrice des communications de la Municipalité, Isabelle LeBlanc.

Moncton demande l’aide du gouvernement provincial pour ces coûts. Une réunion a eu lieu la semaine dernière et la Municipalité attend des nouvelles du gouvernement.

Mais Moncton n'a pas encore vu la couleur de l'argent que la province a reçu d'Ottawa pour la construction de logements abordables.

Lorsque le Nouveau-Brunswick a conclu une entente de 299,2 millions de dollars avec le fédéral dans le cadre de la Stratégie nationale sur le logement, au printemps dernier, plusieurs intervenants espéraient que des logements abordables seraient bientôt construits au moins pour certains des 500 sans-abri dans la province.

Toutefois, plus de huit mois depuis l’entrée en vigueur de cette entente de dix ans, il n’y a toujours pas de signes de nouveaux logements abordables.

Mme Brooker verse une larme

Karen Brooker, 58 ans, n'a pas de logement pour la première fois de sa vie. Elle dit qu'elle ne peut en trouver un à prix abordable à Moncton et qu'elle vit dans un refuge depuis le mois d'août.

Photo : CBC/Vanessa Blanch

Karen Brooker, 58 ans, de Moncton, vit dans un refuge de la Maison Nazareth depuis le 1er août. Elle dit faire des efforts pour trouver un logement abordable, mais sans succès.

Tout ce qu’elle veut, explique-t-elle, est de vivre dans un logement sécuritaire et à prix abordable.

Frustration chez des intervenants

Les difficultés de Mme Brooker n’étonnent guère la coordonnatrice du comité directeur des sans-abris du Grand Moncton, Lisa Ryan. Elle dit n’avoir constaté aucune amélioration en matière de logement abordable depuis l’entrée en vigueur de l’entente, le 1er avril dernier. Elle s’attend à ce que la plus grande part du financement arrive durant les prochaines années de l’entente.

Lisa Ryan interviewée devant un édifice

Lisa Ryan souhaite que le Nouveau-Brunswick s'inspire de Montréal, qui pousse les promoteurs immobiliers à construire des logements abordables ou à contribuer à un fonds qui financera de telles initiatives.

Photo : CBC/Vanessa Blanch

Dans le cas des logements subventionnés, le locataire verse 30 % de ses revenus mensuels pour le loyer et le gouvernement paie le reste.

Une hausse majeure du nombre de logements abordables et des services d’appui est nécessaire pour répondre aux besoins actuels, estime Lisa Ryan.

À Saint-Jean, 67 personnes ont obtenu un logement au cours des huit derniers mois, mais il y a encore 166 sans-abri dans la ville et ce nombre a tendance à augmenter, explique Michael MacKenzie, de l’organisme Human Development Council.

La région manque de logements abordables pour ces personnes, indique M. MacKenzie.

Michael MacKenzie interviewé dans la rue

il n’y a pas assez de logements abordables au Nouveau-Brunswick pour répondre aux besoins des sans-abri, explique Michael MacKenzie, de l’organisme Human Development Council à Saint-Jean.

Photo : CBC/Vanessa Blanch

Karen Brooker, qui souffre du syndrome de stress post-traumatique, touche 763 $ par mois. Elle partageait un loyer mensuel de 800 $ avec une autre personne. Elle pouvait se permettre de payer la moitié de cette somme grâce à l’aide de banques alimentaires. Mais le propriétaire, dit-elle, les a expulsés et a augmenté le loyer à 1200 $.

Les loyers augmentent plus vite que les revenus, affirme Mme Brooker. Elle dit croire que le propriétaire a fait cela parce qu’il ne voulait plus leur louer l’appartement.

Karen Brooker affirme qu’elle ne consomme ni drogue ni alcool. Elle se décrit comme une locataire responsable qui a toujours bien entretenu ses logements et qui n’a jamais perdu son dépôt en cas de dommages.

C’est la première fois que Mme Brooker se retrouve sans logement. Elle ignore quand elle pourra vivre ailleurs qu’au refuge. Elle dit n’avoir jamais ressenti auparavant une pareille honte. Des gens se montrent hautains en sa présence, d’autres la traitent de prostituée, dit-elle.

Je ne devrais pas ressentir de honte seulement parce que je ne peux pas payer un logement.

Karen Brooker, résidente de Moncton sans logement

Personne n’était disponible pour une entrevue au ministère du Développement social du Nouveau-Brunswick et à la Société canadienne d’hypothèque et de logement, qui gère la Stratégie nationale sur le logement.

Le gouvernement provincial a annoncé en mai dernier le premier plan d'action triennal de l'entente de dix ans conclue avec le fédéral et qui comprend plus de 63 millions de dollars pour la réparation, la rénovation et la création de logements locatifs abordables, explique par courriel un porte-parole du ministère du Développement social, Jean Bertin.

Chaque ordre de gouvernement investira chacun 9,9 millions de dollars, 10 millions de dollars et 11,6 millions de dollars par an, à compter de l’exercice financier en cours. Un montant total de 6,8 millions de dollars provenant de cet investissement ira à la création de 151 logements locatifs abordables dans les secteurs privé, public et sans but lucratif. Un montant supplémentaire de 26 millions de dollars sera affecté à la réparation et à la rénovation de plus de 5100 logements locatifs abordables dans la province, précise Jean Bertin.

Ben Appleby en entrevue

Plusieurs facteurs diminue l'intérêt des propriétaires pour le programme provincial de logements subventionnés, selon le coordonnateur du groupe Housing Alternatives, Ben Appleby

Photo : CBC/Vanessa Blanch

Il est irréaliste de s’attendre à ce que le gouvernement construise tous les logements requis pour répondre aux besoins, selon un coordonnateur du groupe Housing Alternatives, Ben Appleby. Cet organisme sans but lucratif établi à Saint-Jean aide des personnes à faibles revenus en matière de logement.

Tandis que le nombre d’appartements vacant diminue, que les loyers augmentent et que la location à court terme de style Airbnb gagne de la popularité, de moins en moins de propriétaires s’intéressent au programme provincial de logement subventionné, explique M. Appleby. Cela place la province dans une mauvaise posture, dit-il.

Un changement de politique s’impose, selon une intervenante

Lisa Ryan demande au Nouveau-Brunswick d’emboîter le pas à Montréal. Cette ville a présenté en juin de nouvelles règles qui poussent les promoteurs immobiliers à construire des logements abordables ou à contribuer à un fonds qui financera de telles initiatives.

La valeur des permis de construire à Moncton est en voie d’établir un nouveau record cette année, estime Mme Ryan. Il est temps, selon elle, de s’attendre à un peu plus de la part des constructeurs de condos et d’appartements de luxe.

À moins que les gouvernements locaux interviennent pour rendre obligatoire la construction de logements abordables, Mme Ryan craint que le Nouveau-Brunswick se dirige dans la mauvaise direction.

Nous pavons littéralement la voie à une plus grande pauvreté, à plus de crimes, à plus de personnes vulnérables sans logement et à plus de morts évitables.

Lisa Ryan, coordonnatrice du comité directeur des sans-abri du Grand Moncton

Le plan de la Ville de Moncton en matière de logement abordable ne prévoit pas de nouvel arrêté municipal pour le logement abordable, mais on y envisage de créer une société de logement et d’améliorer les mesures incitatives offertes aux promoteurs immobiliers en la matière.

Chacun a besoin d’un toit

Chris Gorman, de l’organisme Human Development Council, dit connaître le nom et l’histoire de toutes les personnes sans logement à Saint-Jean. Leur seul point commun, dit-il, c’est qu’elles ont toutes besoin d’un logement.

Chris Gorman en entrevue

L'itinérance ne peut être réduite à un portrait typique, explique Chris Gorman, de l'organisme Human Development Council à Saint-Jean.

Photo : CBC/Vanessa Blanch

Il souligne la réussite d’un jeune sans-abri qui a décroché un emploi peu après avoir eu accès à un logement et qui se porte bien aujourd’hui. Tout ce dont il avait besoin, explique M. Gorman, était un logement.

Les Néo-Brunswickois doivent décider ce qu’ils veulent pour leur communauté, estime M. Gorman. Nous avons grandi avec ces personnes. Alors, est-ce que nous valorisons nos voisins? Nous devons y réfléchir, dit-il.

Avec des renseignements de Margaud Castadère et de Vanessa Blanch, de CBC

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