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Grève en éducation en Ontario : les enseignants haussent le ton

Des manifestants avec des pancartes où l'on peut lire en anglais, «en grève pour protéger une éducation de qualité et les étudiants».

Le gouvernement ontarien et la Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (FEÉSO) ne sont pas parvenus à s'entendre avant l'heure butoir de minuit.

Photo : Radio-Canada / Camille Feireisen

Radio-Canada

Des enseignants des écoles secondaires du réseau public anglais font monter la pression sur le gouvernement de l'Ontario en débrayant le temps d'une journée mercredi. Des milliers d'élèves sont ainsi privés de cours en raison de cette grève d'un jour qui touche aussi des dizaines d'écoles françaises.

Le gouvernement et la Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (FEÉSO) ne sont pas parvenus à s'entendre avant l'heure butoir de minuit.

Cette grève a pour but d'être ici pour les enfants. Il s’agit de protéger notre système éducatif des coupes désastreuses. [L'éducation] est un investissement dans notre avenir, a déploré Dan Retson, un enseignant de mathématiques qui manifeste mercredi.

Un homme avec un bonnet rouge dans la rue parle en entrevue.

Un enseignant de mathématique, Dan Retson, manifeste pour défendre une éducation de qualité en Ontario.

Photo :  CBC

Selon lui, la grève est un mal pour un bien. Je suis moi-même un parent, j'ai deux enfants et c'est difficile, mais, en tant que parent, je suis ici pour que mes enfants puissent bénéficier de l'éducation qui est offerte aux enfants depuis les 20 dernières années. [...] Ça en vaut la peine.

Enseignante de géographie, Fiona Boyd déplore que les coupes en éducation et le nombre d'élèves dans les classes qui restreignent les activités scolaires des enseignants.

Il y a des programmes qu’on ne peut pas faire à l’école. On ne peut pas faire d’expérience en sciences parce qu’il y a trop d’élèves dans les classes. On ne peut pas avoir des sorties scolaires, il n’y a pas d’argent pour ça.

Fiona Boyd, enseignante
Fiona Boyd parle en entrevue dans la rue devant des manifestants.

Fiona Boyd déplore les coupes en éducation.

Photo : CBC

Il n’y a pas assez d’argent du gouvernement alors les élèves dans les classes sont plus nombreux, on a plus de cours de japonais, ou d'autres cours spécialisés pour les étudiants qui le veulent, et aussi pour les 9e et 10e, 11e années, il y a 30, 35 élèves dans les classes, donc je ne peux pas faire des expériences, des laboratoires de science, parce que ça ne serait pas sécuritaire, renchéri Leslie Fradkan, enseignante en chimie.

Si les élèves ne sont pas dans les classes, l'enseignant Fraser Gottlieb est certain que les élèves retiendront une leçon mercredi. Je ne veux pas être ici, mais c’est important pour les élèves que nous le soyons. [...] Je pense qu’ils comprennent que c’est pour eux que nous sommes là et pas pour nous, dit-il.

Un homme sur un podium en conférence de presse.

Harvey Bischof, président de la Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (FEÉSO), en conférence de presse mardi soir, à la veille d'une grève d'une journée organisée par son syndicat.

Photo : Radio-Canada

L'équipe de négociation de la FEÉSO est restée à la table [de négociation] jusqu'à minuit, mais aucune entente n'a été conclue, a déclaré le syndicat sur Twitter.

Il n’est jamais facile pour les enseignants ou les éducateurs de s’éloigner des étudiants. Nous avons pris cette mesure parce que nous avons un gouvernement qui sape l’éducation publique, a déclaré mercredi Leslie Wolfe, présidente de la FEÉSO pour Toronto.

Je trouve ça complètement inacceptable que les élèves ne soient pas en classe aujourd'hui.

Stephen Lecce, ministre de l'Éducation

Alors que la FEÉSO dit se battre contre les coupes du gouvernement de Doug Ford et l'augmentation de la taille des classes, le ministre Lecce affirme que le conflit de travail porte principalement sur les salaires, le syndicat réclamant des augmentations supérieures à la hausse de 1 % par année prévue dans la loi provinciale.

Lecce a la confiance de son premier ministre

Alors qu'il est à Washington, le premier ministre ontarien, Doug Ford, a réaffirmé la confiance qu'il porte envers son ministre de l’Éducation, se disant sûr d’aboutir à un accord avant les vacances, ou peu après le début de la nouvelle année, a-t-il déclaré.

Doug Ford parle à un point de presse.

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford accorde toute sa confiance au ministre de l'Éducation Stephen Lecce pour conclure une entente avec les enseignants.

Photo :  CBC

J'ai toute confiance en notre ministre... Stephen Lecce fait un excellent travail.

Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

Nous voulons les enfants dans les salles de classe. Les seules personnes blessées sont les élèves. Nous voulons nous assurer que cet accord est signé, a déclaré Doug Ford.

Nous négocions de bonne foi. Nous avons donné un certain nombre de concessions, le syndicat ne nous accorde aucune concession. C'est un peu à sens unique jusqu'à présent. Nous avons le meilleur négociateur avec le ministre Lecce, il travaillera sans relâche jusqu'à la conclusion de cet accord.

Des manifestants brandissent des pancartes dénonçant les coupes du gouvernement.

Les membres de la FEESO font monter la pression sur le gouvernement en débrayant le temps d'une journée mercredi 4 décembre.

Photo : Radio-Canada / Camille Feireisen

Le syndicat représente environ 60 000 enseignants des écoles secondaires anglaises et des employés de soutien, dont certains sont dans les écoles francophones.

Le ministre de l'Éducation critique les syndicats d’intensifier la grève alors que le gouvernement est déjà revenu sur certaines mesures, citant notamment leur décision d'augmenter le nombre d'élèves par classe à 25 plutôt que 28, et le recul partiel sur les cours obligatoires en ligne au secondaire.

La FEESO estime de son côté qu’il s’agit uniquement de reculs partiels.

Ce que ça veut dire pour les parents mercredi

La grève d'un jour touche aussi des dizaines d'écoles françaises élémentaires et secondaires dont des employés de soutien sont aussi représentés par la FEÉSO. Il s'agit de secrétaires d’école, d'aides-enseignants, d'éducateurs à la petite enfance ou encore de personnel des bibliothèques, de l’animation culturelle et de l’informatique.

Les conseils scolaires (publics et catholiques) francophones fermés mercredi :

  • Conseil scolaire Viamonde*
  • Conseil scolaire MonAvenir*
  • Conseil scolaire public du Grand Nord de l’Ontario
  • Conseil scolaire de district catholique de l'Est ontarien
  • Conseil des écoles catholiques du Centre-Est*
  • Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario
  • Conseil scolaire public du Nord-Est : seule l’école secondaire l’Alliance à Iroquois Falls sera fermée, en raison de leur étroite collaboration et partage de ressources et installations avec le Conseil scolaire catholique de district des Grandes Rivières. Le reste des écoles du conseil scolaire seront ouvertes.
  • Conseil scolaire catholique du Nouvel-Ontario
  • Conseil de district catholique des Grandes-Rivières

*Avis aux parents qui ont des enfants à la garderie scolaire : les autobus scolaires ne desserviront pas, entre autres, les écoles des conseils Viamonde, MonAvenir et du Centre-Est, mercredi.

Quant aux services de garde de chaque école, la situation varie d’un conseil à l’autre : certains seront ouverts de la même façon que lors d’une journée pédagogique, d’autres seront fermés. Il est conseillé aux parents de contacter le service de garde de leurs enfants pour plus d’information.

Les conseils scolaires (publics et catholiques) francophones ouverts mercredi :

  • Conseil scolaire public du Nord-Est – excepté l’école secondaire l’Alliance, qui sera fermée mercredi
  • Conseil scolaire catholique Franco-Nord
  • Conseil scolaire catholique des Aurores Boréales
  • Conseil scolaire catholique Providence

Pour ce qui est des écoles anglophones, la situation relève plus du cas par cas; par exemple, la plupart des écoles élémentaires demeureront ouvertes. Il est conseillé aux parents de vérifier directement avec l’école anglophone de leurs enfants ou leur service de garde.

Les enseignants et employés de soutien représentés par la FEÉSO ont déjà entamé une grève du zèle il y a une semaine et sont sans contrat de travail depuis le 31 août.

Une pancarte en anglais d’une manifestante sur laquelle il est écrit : « Je suis un travailleur de l'éducation et je suis là pour les étudiants ».

Les employés administratifs et de soutien membre du FEÉSO ont déjà entamé une grève du zèle depuis le 26 novembre (archives).

Photo : Radio-Canada / Frédéric Projean

Dans une décision rendue en fin de journée mardi, la Commission des relations de travail de l'Ontario a aussi affirmé que les membres du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) qui travaillent dans les écoles devront se rendre au travail comme d’habitude plutôt que de refuser de travailler par solidarité.

Le SCFP est pour l'instant le seul syndicat du secteur de l'éducation en Ontario à avoir conclu une entente avec la province et les conseils scolaires.

Au pied du mur

Lors d’une conférence de presse surprise mardi soir, le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, a déclaré : Nous négocions avec la FEÉSO depuis plus de 200 jours et, pendant tout ce temps, la FEÉSO n'a rien offert de substantiel après sa première proposition.

Même lorsque le gouvernement rehausse ses offres, la FEÉSO ne semble pas prête à faire un pas en avant. Au contraire, elle réaffirme sa demande d'augmentation de la rémunération et des avantages sociaux, qui se chiffre à 1,5 milliard de dollars.

Un homme sur un podium répond aux questions des journalistes.

Le ministre de l'éducation Stephen Lecce en conférence de presse, la veille d'une possible grève d'une journée par les membres de la FEÉSO.

Photo : Radio-Canada

Il a ajouté : Il appartient maintenant à la FEÉSO de se montrer raisonnable, de revenir à la table de négociation et d'annuler les moyens de pression qu'elle emploie et qui font du tort aux enfants, aux parents et aux familles.

Immédiatement après le ministre, le président de la FEÉSO, Harvey Bischof, a qualifié le point de presse surprise du ministre de coup de publicité et l'a accusé de ne pas négocier de bonne foi.

Il a également pris la parole devant les journalistes et rétorqué : J'aimerais que le ministre puisse être correct sur ne serait-ce qu'un seul chiffre lorsqu'il parle de ces choses-là.

Nous avons fait des propositions au nom de notre personnel de soutien il y a 62 jours – c'était la première fois que nos propositions arrivaient sur la table de négociation –, puis au nom de nos enseignants il y a 64 jours. Donc ce chiffre de 200 jours qu'il cite ne concerne pas la réalité.

Quant au chiffre avancé par le ministre, le président de la FEÉSO a répondu que ce chiffre de 1,5 milliard n'a rien à voir avec la réalité de ce pour quoi le syndicat négocie. L'adaptation au coût de la vie proposée par le syndicat s'élèverait à un peu plus de 200 millions de dollars au sein d’une convention collective de trois ans. C'est toujours un chiffre élevé, mais ça n'a rien à voir avec le 1,5 milliard qu'il aime citer.

M. Bischof a déclaré que le gouvernement n'a présenté aucune nouvelle proposition au cours des quatre derniers jours de négociations.

Le gouvernement a adopté une loi afin de plafonner les augmentations annuelles à 1 % pendant trois ans pour tous les employés du secteur public.

Le syndicat demande des augmentations de salaire indexées sur l'inflation, ce qui représenterait environ 2 %.

Aujourd'hui, via notre médiateur, nous avons offert un nouveau cadre qui, selon nous, permettra de garder [les représentants syndicaux] à la table, avait déclaré le ministre de l’Éducation mardi matin.

Le président de la FEÉSO avait ensuite démenti quelques heures plus tard toute nouvelle proposition de la part du gouvernement. Il est clair pour moi que le ministre [...] ne comprend pas comment [le processus de négociation] fonctionne, avait-il lancé.

D'autres négociations en cours

Le gouvernement Ford est également bloqué dans les négociations avec l’Association des enseignantes et des enseignants catholiques anglo-ontariens (OECTA), qui seront en position de grève légale avant Noël.

Certains membres n’ont toutefois pas manqué de se joindre aux manifestants mercredi en guise de solidarité.

Je suis ici pour soutenir mes collègues. Nous avons les mêmes problèmes qu’ils rencontrent et nous voulons simplement montrer notre solidarité, a expliqué Barbara Dobrowolski de l’OECTA qui est venue manifester.

Barbara Dobrowolski dans la rue.

Barbara Dobrowolski travaille au sein de l'Association des enseignantes et des enseignants catholiques anglo-ontariens (OECTA).

Photo : CBC

Elle explique que le syndicat a également fait appel à un conciliateur.

Nous serons dans une position similaire à la FEESO dans environ 17 jours. Le ministre dit que c’est une question de salaire, mais ce n’est pas le cas. C’est beaucoup sur les conditions de travail des étudiants, mais aussi sur la taille des classes et sa décision de retirer beaucoup de soutien aux élèves vulnérables dans nos écoles, indique-t-elle.

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