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Cinq points pour comprendre pourquoi la France sera paralysée

Une affiche annonce la grève du 5 décembre.

Bien des choses ne tourneront pas rond jeudi en France : des écoles et des commissariats seront fermés, des collectes d’ordures annulées et les trains resteront en gare.

Photo : Reuters / Eric Gaillard

Yanik Dumont Baron

« Grève massive », « jeudi noir », un « cyclone » qui serait « imprévisible », peut-être « violent ». Les médias français anticipent avec anxiété cette grande journée de protestation contre le projet de réforme des régimes de retraite. Qu’en est-il exactement? Voici cinq points pour comprendre la situation.

1- Oubliez le rail

Le rail, c’est l’un des moyens de pression les plus visibles des grévistes français. Sans rail, les gros bouchons sont à prévoir dans la région parisienne. Et justement, ceux qui font circuler les trains, les bus et les métros sont directement visés par le projet de réforme du gouvernement Macron [on y revient dans le détail au point 3].

Une bonne partie des employés des trains et du métro parisien seront en arrêt de travail jeudi. Quelques trains circuleront, mais trop peu. Des millions de Français seront donc forcés de se trouver une alternative pour se déplacer. Pour la journée, et peut-être plus, puisque la grève est illimitée.

Certains ont prévu marcher jusqu’au travail; d’autres, de faire du covoiturage ou de bosser de la maison. À l’approche de l’hiver, les Parisiens se sont redécouvert une passion pour le vélo. Les fameuses trottinettes en libre-service devraient aussi être bien populaires. Certains vont jusqu’à les cacher pour s’assurer de leur disponibilité au moment désiré.

2- Pas que les transports perturbés

Les retraites, c’est une préoccupation universelle. Plusieurs syndicats ou associations professionnelles ont aussi appelé à la mobilisation le 5 décembre. Parmi ceux-ci, les avocats, une bonne partie des enseignants, le personnel au sol d’Air France ainsi que des employés du secteur de l’énergie.

D’autres corps de métier comptent utiliser cette journée de grève pour souligner leurs revendications spécifiques. C’est le cas notamment des pompiers et des urgentologues, mobilisés depuis des mois pour obtenir de meilleures conditions de travail.

Bien des choses ne tourneront donc pas rond jeudi en France : des écoles et des commissariats fermés, des collectes d’ordures annulées.

Le 5 décembre est devenu une date symbolique qui rassemble les frustrations contre l’État et le gouvernement français. Même les gilets jaunes lancent des appels à manifester aux côtés des syndiqués.

3- Les retraites, une patate chaude

Le président Macron a promis de simplifier les régimes de retraite; au pluriel parce qu’il existe 42 caisses de retraite différentes avec des règles et des redevances propres.

L’intention, c’est de fondre tous ces régimes en un seul, plus égalitaire. Là se trouve aussi le premier problème du gouvernement : pour simplifier, il faut abolir les régimes particuliers de certaines professions. Ceux des cheminots, par exemple, permettent des retraites plus tôt (avant 62 ans) en reconnaissance d’un travail considéré comme pénible.

Le second objectif c’est de combler un important déficit dans le financement de ces régimes. Il serait d’au moins 10 milliards de dollars en 2025, selon les estimations d’un organisme gouvernemental français. Comment? Peut-être en repoussant l’âge de la retraite, ce qui n’est pas sans en inquiéter plusieurs.

Emmanuel Macron n’est pas le premier président à vouloir réformer les caisses de retraite. Jacques Chirac s’y était aussi attaqué en 1995 et avait dû reculer devant une vaste grève déclenchée entre autres par les cheminots.

4- Jeudi, on montre ses muscles

Le rêve des grands syndicats, c’est bien sûr de reproduire ce grand mouvement social de la génération passée. D’influencer les choix du gouvernement ou de le faire reculer. D’où l’importance d’une première journée de mobilisation très suivie et d’un suivi tout aussi musclé.

Devant eux se dresse un président qui concentre les colères, mais qui a promis de transformer son pays en dépit de ces colères. Emmanuel Macron veut montrer que les gilets jaunes ne l’ont pas fait reculer. Les ministres le répètent depuis quelques jours : la réforme est vitale. Ils ne céderont pas.

Le gouvernement semble cependant s’être ménagé plusieurs portes de sortie en entretenant délibérément le flou sur sa réforme. Aucun projet de loi n’a été déposé. Cependant, des idées ont été lancées, parfois retirées.

Ce flou pourrait permettre des reculs sur certains points sans donner l’impression de céder sur l’objectif principal : négocier et réformer.

5- On ne sait pas quand ce bras de fer va se terminer

L’arbitre de cette confrontation entre le pouvoir et la rue, c’est bien sûr l’opinion publique. En 1995, elle était franchement du bord des grévistes. Cette fois-ci, c’est moins clair.

Selon une récente enquête (IFOP pour le JDD, 1er décembre), une vaste majorité de Français approuve l’intention de réformer les retraites, mais près d’un citoyen sur deux est favorable à la mobilisation. Signaux contradictoires, donc.

Formellement, le dialogue est maintenu entre les deux parties. Mais les grands syndicats ne partagent pas tous les mêmes objectifs; le gouvernement est aussi tiraillé sur certaines mesures phares.

La donne pourrait changer à la mi-décembre, date à laquelle le gouvernement a prévu préciser ses intentions. D’ici là, syndiqués et politiciens auront l’oeil sur les sondages, et l’oreille tendue vers leurs concitoyens.

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