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Femmes victimes de violence : un dossier tombé entre deux chaises, selon des organismes

Une ombre de profil de femme et l'ombre d'un doigt qui pointe.

Les maisons d’hébergement pour femmes violentées sont en surcapacité, et n'arrivent toujours pas à répondre à la demande.

Photo : Radio-Canada

Nicolas Haddad
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Des maisons d’hébergement d’Ottawa peinent à répondre à la demande.

Des centaines de femmes victimes de violence ont dû être redirigées vers d’autres services d’aide au cours de la dernière année, selon des organismes communautaires qui œuvrent dans le domaine.

C’est le cas de Tracy (nom fictif), mère d’un fils autiste. Elle raconte avoir été arrêtée et relâchée sans accusations, en novembre dernier, après une dispute avec son conjoint. Désemparée, elle a appelé le service 3-1-1 vers 23 h 30, qui lui a offert une liste de numéros de téléphones d’organismes communautaires. Ceux-ci n’avaient pas de place pour elle.

Le seul hébergement d’urgence disponible ce soir-là était le refuge pour sans-abri des Bergers de l’espoir.

C'est un endroit intimidant si vous êtes dans une situation comme la mienne, où vous sortez d'une situation violente et que vous avez entendu parler de certaines choses au Berger de l’espoir… vous ne voulez plus vous mettre dans une telle situation.

L'enseigne lumineuse du motel Ramada.

C'est sous une enseigne lumineuse que Tracy (nom fictif), femme victime de violence, a passé trois nuits dans son véhicule en début novembre.

Photo : Radio-Canada

Laissant son fils avec son conjoint, Tracy s’est résignée à dormir dans sa voiture.

J'ai fait le tour de tous les hôtels. Il n'y avait rien en dessous de $130 par nuit, et tout ce que j'avais au monde c'était $98.

Une citation de :Tracy (nom fictif), survivante

Elle s’est retrouvée dans le stationnement du Ramada sur le boulevard Prince of Wales, s’est garée sous l’enseigne lumineuse de l’hôtel, et a dormi dans son véhicule.

Le lendemain, elle est allée travailler.

Un problème de surcapacité

La directrice générale du centre d'hébergement pour femmes francophones victimes de violence Maison d'amitié, Francine Groulx, en train de parler.

La directrice générale du centre d'hébergement pour femmes francophones victimes de violence Maison d'amitié, Francine Groulx, décrie un système de logement d'urgence en surcapacité constante et croissante.

Photo : Radio-Canada

Francine Groulx de l'organisme Maison d’amitié estime que les maisons d’hébergement d’urgence à Ottawa sont à pleine capacité, voire en surcapacité, et ce à l’année longue.

Les deux maisons gérées par cet organisme hébergent déjà plus de personnes que le permet leur budget. Si Maison d’amitié a le financement et la capacité pour accueillir 30 personnes, on en héberge par contre 34.

Francine Groulx dit aussi que la demande est constante et croissante.

On a juste le temps, quand une famille quitte, de nettoyer sa chambre. Puis vraiment le lendemain, ou même ça se passe dans la même journée, une autre famille entre.

Un manque de formation à 3-1-1

Chaque matin, la Ville contacte chacune des cinq maisons d’hébergement d’urgence à Ottawa pour savoir s’il y a de la place. Et c’est rare qu'une chambre soit disponible.

Lorsque les refuges pour femmes victimes de violence sont à pleine capacité, la Ville d'Ottawa peut être sollicitée afin de fournir un placement dans un refuge d'urgence, dit Shelley Van Buskirk, directrice des Services de logement de la Ville d’Ottawa.

Ceux-ci peuvent prendre la forme d’une chambre de motel ou d’hôtel, voire d’un appartement loué par la Ville à un propriétaire privé.

En 2018, la Ville d’Ottawa a appuyé 134 familles de femmes victimes de violence dans leur recherche de logement d’urgence.

Or, les organismes qui œuvrent dans le domaine parlent d’un manque de formation du personnel qui répond aux appels du 3-1-1 après les heures régulières de travail de la Ville.

Quand Tracy a appelé au 3-1-1 en crise vers minuit le soir du 6 novembre dernier, on lui a fourni une liste de numéros de téléphone. On ne lui a jamais parlé de la possibilité d’avoir accès à une chambre de motel payée par la ville. Ce qui aurait pu lui éviter de passer trois nuits dans son véhicule à quelques semaines de l’hiver.

Selon Francine Groulx de Maison d'amitié, le manque de formation des téléphonistes du 3-1-1 est un problème qu'on rencontre davantage après les heures de travail de la Ville d’Ottawa. Ça s’est déjà fait d’appeler des superviseurs après les heures de travail pour avoir le soutien nécessaire pour sécuriser un placement pour une femme.

Radio-Canada a demandé à la Ville d’Ottawa l’accès aux scénarios téléphoniques du 3-1-1 en ce qui concerne les femmes victimes de violence, mais ne les a pas reçus.

La crise du logement comme facteur aggravant

La pénurie de logements abordables à Ottawa est un élément central de la crise du logement d’urgence pour les survivantes de la violence domestique.

Selon les professionnels du milieu, cette pénurie crée un goulot d'étranglement dans les centres d’hébergement. Alors que les femmes victimes de violence sont censées y rester trois mois, beaucoup d’entre elles peuvent y rester jusqu’à six mois.

Ça empêche d’autres femmes d’être accueillies. Les maisons d’hébergement seraient en mesure d'accueillir plus de personnes parce qu’il y aurait plus de départs.

Une citation de :Francine Groulx, directrice générale, Maison d'amitié

Le compte-rendu Plus qu’un lit (Nouvelle fenêtre), publié par l’association Hébergement femmes Canada, rapporte que seulement 31% des maisons d’hébergement ont indiqué que leurs résidentes étaient en mesure de trouver et d’obtenir des logements abordables pendant la durée de leur séjour en hébergement.

Le prix moyen de location d’un appartement avec une chambre à coucher dans la région d'Ottawa en 2019 est de $850 par mois, et pour un appartement avec deux chambres à coucher, de $1 767 par mois.

La province pointée du doigt

Alors que la Ville d’Ottawa gère le dossier du logement sur son territoire, certains dossiers sensibles, dont celui des refuges pour femmes victimes de violence, sont encore sous la responsabilité provinciale.

Les maisons d’hébergement d’urgence à Ottawa sont financées par le Ministère des Services à l'enfance et des Services sociaux et communautaires de l’Ontario.

L’élection du gouvernement Ford en juin 2018 semble avoir accéléré la précarité des organismes qui offrent des services aux femmes victimes de violence, selon les intervenants.

Le rapport Plus qu'un lit a aussi révélé que pour 400 refuges sondés, un sur cinq a signalé ne pas avoir reçu d’augmentation de son financement de base depuis dix ans ou plus.

Francine Groulx parle d’absence de stratégie. Elle dit ne pas encore avoir signé de contrat cette année avec le gouvernement ontarien, alors même que son année fiscale touchera à sa fin en mars 2020.

Malgré que notre financement a été annualisé et honoré, ça ne nous permet pas d’innover, de développer de nouvelles stratégies, parce qu’on vit dans la précarité affirme-t-elle.

Le conseiller municipal de la ville d'Ottawa, Mathieu Fleury parle à un journaliste.

Le conseiller municipal de la Ville d'Ottawa, Mathieu Fleury, pointe du doigt le système provincial d'aide aux femmes victimes de violence. Il dit qu'elles seraient mieux encadrées, mieux logées, et ce plus rapidement, si le système fonctionnait.

Photo : Radio-Canada

Le conseiller municipal de la Ville d’Ottawa, Mathieu Fleury, parle d’un manque d'intégration et de communication entre la province, la Ville, et les organismes qui travaillent auprès des femmes victimes de violence.

Il soutient que la situation du logement de celles-ci représente encore une faille dans le système du logement en Ontario qui a un impact à Ottawa.

Ces femmes-là ont des besoins particuliers, avance le conseiller qui siège sur le Comité des services communautaires et de protection. C’est pour ça que la province a gardé cette autorité-là, puis malheureusement le système faillit ces femmes-là présentement.

Des ressources disponibles :

Si vous êtes en danger, appelez le 9-1-1.

Maison d’amitié (francophones et allophones) : 613 747-9136

Nelson House (anglophones et allophones) : 613 225-3129

Ligne de soutien pour les femmes victimes de violence : 1 877 FEMAIDE (336-2433)

Le site web sheltersafe.ca (Nouvelle fenêtre) peut vous aider à trouver un refuge d’urgence.

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