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Winnipeg se dirige-t-elle vers une augmentation de l'impôt foncier?

L'Hôtel de Ville de Winnipeg.

L'Hôtel de Ville de Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Jaison Empson

Thibault Jourdan

Depuis des semaines, Winnipeg est en pleine concertation budgétaire et, comme chaque année, les élus vont devoir prendre des « décisions difficiles ». La capitale manitobaine manquant de revenus, l’augmentation de la taxe foncière pourrait être une solution.

Presque chaque jour, des délégations se présentent à la mairie pour demander aux élus de ne pas couper dans les services. Winnipeg envisage, en effet, une réduction radicale de certains services, comme la fermeture de piscines, de bibliothèques ou encore de casernes de pompiers pour équilibrer son budget.

Cette situation vient du fait que la capitale manitobaine a un problème de revenus. Depuis des années, la Ville n’augmente que légèrement sa taxe foncière, après un gel de 14 ans. Or, selon le budget 2019, plus de 50 % des revenus municipaux proviennent de cette taxe.

L’actuel maire de Winnipeg, Brian Bowman, s’est fait réélire en promettant de limiter l’augmentation de la taxe foncière à 2,33 % par an. Le président du Comité des Finances, Scott Gillingham, maintient que cela sera encore le cas.

L’une des taxes foncières les plus basses au Canada

Depuis longtemps, les élus winnipegois se targuent d’avoir l’une des taxes foncières les plus basses du pays.

« Si on regarde seulement la part municipale des taxes sur la propriété à travers le Canada, Winnipeg a l’une des plus faibles taxes foncières quand on examine le montant moyen payé par une famille », confirme Aaron Moore, professeur au département de sciences politiques de l’Université de Winnipeg spécialisé en politique municipale.

« On est imposé deux fois moins que les habitants d'Ottawa et 1,5 fois moins que ceux de Québec! », renchérit Raymond Lafond, consultant et comptable agréé.

Mais Aaron Moore met en garde : Prendre en compte seulement le taux d'imposition peut être trompeur.

Les taux sont beaucoup plus bas à Vancouver ou Toronto, mais les valeurs des maisons sont aussi plus importantes, explique-t-il. Par conséquent, il faut regarder ce que les gens paient réellement car, même si les taux y sont plus bas, les contribuables paient plus parce que leurs maisons valent plus cher.

Reste que l’impôt foncier à Winnipeg a très peu augmenté entre 1999 et 2017. Un coup d’œil au budget 2018 de la capitale manitobaine le confirme. Additionnés, les pourcentages d’augmentation accumulés entre 1999 et 2017 atteignent 11,3 %, contre près de 60 % à Regina.

Cet impôt, qui constitue l’essentiel des revenus de la Ville, a même augmenté bien moins rapidement que l’inflation des coûts de fonctionnement de Winnipeg au cours des cinq dernières années.

Selon la Ville, ces coûts ont augmenté de 3,1 % en 2016, 1,9 % en 2017 ou encore 10,8 % en 2019.

La Ville a besoin de plus de revenus pour maintenir les opérations de base, comme les centres récréatifs, les aides aux arts et aux musées et la réfection de nos rues.

Raymond Lafond, consultant et comptable agréé

Récupérer de l’argent sur les frais facturés pour les services

Pour autant, la plupart des propriétaires ont l’impression que leurs impôts ont bien plus augmenté que ce que les chiffres laissent paraître. La réalité, c’est que Winnipeg tente de récupérer par d'autres moyens l’argent qu’elle pourrait obtenir en augmentant la taxe foncière.

Selon une étude réalisée par CBC, les frais facturés par la Ville pour les services ont, eux, beaucoup augmenté. Techniquement, ces frais ne font pas partie des impôts, mais ce sont tout de même des sommes que les propriétaires doivent payer.

À cela s’ajoute la taxe scolaire. Là, la situation change complètement, reprend Aaron Moore. Quand on ajoute la taxe foncière pour l’éducation, Winnipeg devient alors l’une des juridictions avec les impôts sur la propriété les plus élevés, dit l’universitaire.

La raison principale, c’est que le Manitoba est l’une des rares provinces où presque l’entièreté du coût de l’éducation primaire et secondaire est payée à travers des impôts sur la propriété.

Aaron Moore, professeur de sciences politiques à l’Université de Winnipeg

Vers une augmentation de l’impôt foncier?

Notre problème, et de loin, c’est notre capacité à générer des revenus. Notre impôt foncier est trop bas, estime Aaron Moore.

Contrairement à l’impôt sur le revenu ou la taxe de vente provinciale, l’impôt foncier ne grossit pas en même temps que l’économie, ajoute-t-il.

Parce que la valeur des maisons augmente, les gens pensent que l’impôt augmente aussi [parce qu’ils paient plus]. En réalité, les élus ont diminué le taux. Quand ils disent qu’ils l’augmentent de 2,33 %, ce qu’ils disent c’est que la facture moyenne va augmenter de 2,33 %, mais le taux, lui, n’augmente pas de 2,33 %, explique-t-il.

Par conséquent, nos revenus, par rapport à nos dépenses, sont restés plats.

Soit on augmente drastiquement notre impôt foncier, soit on coupe drastiquement dans nos dépenses.

Aaron Moore, professeur de sciences politiques à l’Université de Winnipeg

Une idée qui fait son chemin parmi les élus

L’idée d’une augmentation de l’impôt foncier commence à faire son chemin dans la tête de plusieurs élus winnipegois. Le nombre de délégations qui se sont présentées à l’hôtel de ville pour contester des fermetures possibles de services y est probablement pour quelque chose.

Scott Gillingham, conseiller municipal de Winnipeg, devant des arbres.

Scott Gillingham préside le Comité des finances de Winnipeg.

Photo : Radio-Canada

Le président du Comité des Finances, Scott Gillingham, est cependant catégorique : Je ne suis pas ouvert à l’idée d’aller au-delà de 2,33 %, a-t-il déclaré lors d’un point de presse à la mairie. Brian Bowman, lui-même, avait fait campagne cet automne en promettant des augmentations annuelles de 2,33 %.

Mais plusieurs conseillers municipaux offrent un son de cloche différent. Mathieu Allard, Cindy Gilroy, Brian Mayes et Sherri Rollins, qui président tous différents comités de la Ville, ont été moins catégoriques et ont récemment déclaré qu’il était encore trop tôt pour décider s'il serait nécessaire d'augmenter les taxes.

D’autres conseillers sont plus prolixes à ce sujet. Le conseiller de Saint-Norbert-Seine-River, Markus Chambers, dit que des habitants de son secteur sont prêts à faire des compromis.

Janice Lukes

Janice Lukes

Photo : Radio-Canada / Jeff Stapleton

Ils me disent : “Ça ne me dérange pas qu’on augmente les impôts si ça permet de sauver ma piscine”, décrit-il.

Quant à elle, la conseillère de Waverley West, Janice Lukes, estime qu’une hausse de l’impôt foncier arrivera. Le conseiller municipal de Mynarski, Ross Eadie, plaide, lui, ouvertement pour plus de taxes.

Or, l’impôt foncier est l’un des outils les plus faciles sur lesquels Winnipeg peut compter. En effet, la Ville ne dispose pas d’une grande marge de manœuvre pour augmenter ses revenus, souligne Aaron Moore.

Avec les informations de CBC

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