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Une orpheline canadienne coincée en Syrie

Amira avec une fleur dans les cheveux.

Amira à 2 ans.

Photo : Famille

Sylvain Desjardins

Une quarantaine de femmes et d'enfants canadiens sont détenus dans un camp en Syrie. Parmi eux, il y a une orpheline de 4 ans dont la famille élargie, qui vit à Toronto, réclame désespérément le rapatriement.

Cette fillette s’appelle Amira. Elle aurait dû grandir avec sa famille à Toronto. Mais son père a choisi de quitter le Canada pour aller faire le djihad en Syrie avec sa femme et ses deux premiers enfants.

Amira est née là-bas il y a quatre ans, dans une ville tenue par le groupe armé État islamique. Quand l’organisation djihadiste a été vaincue sur le terrain, la vie de la petite est devenue un véritable enfer.

Sa maison a été détruite par des frappes aériennes, raconte l’oncle torontois d’Amira. Il ne souhaite pas dévoiler son identité par peur de représailles contre lui-même et le reste de sa famille.

Il poursuit : Le père d’Amira, sa mère, ses frères et soeurs sont tous morts sous ses yeux. On l’a retrouvée seule, au bord d’une route. C’est elle qui a raconté son histoire au personnel du camp. Elle a dit : "Ils étaient tous étendus par terre".

Depuis le printemps dernier, l’oncle fait des pieds et des mains pour faire rapatrier sa nièce. En vain.

C’est très dur. Toute notre famille vit dans l’angoisse. Je ne sais pas comment va ma petite nièce. Physiquement et mentalement. Je ne sais pas si quelqu’un veille sur elle, si elle mange correctement, si elle prend des vitamines, je ne sais rien de tout ça.

Des conditions extrêmes

Amira vit dans le camp d'Al Hol, où sont entassées 70 000 personnes dans des conditions extrêmes. L’organisme humanitaire international Save the Children, une des rares ONG sur place, rapporte qu’il y a beaucoup de violence dans le camp.

Le président de la section canadienne de l'organisme, Bill Chambers, précise qu’à l’approche de l’hiver, les maladies infectieuses ont fait leur apparition.

La surpopulation dans les camps du nord-est de la Syrie rend les maladies encore plus contagieuses, explique-t-il. L’ONU parle d’épidémies de grippe, de tuberculose, de rougeole. C’est de plus en plus dangereux.

L’organisme canadien Families against violent extremism (FAVE) estime qu’il y a 45 Canadiens détenus dans le camp d'Al Hol, dont 25 enfants. Sa directrice, Alexandra Bain, est en contact avec des intervenants du camp d'Al Hol.

La situation est épouvantable. Il y a des groupes radicaux qui enseignent aux enfants les idéologies salafiste et djihadiste. L’idée d’abandonner des enfants dans ces camps est horrible.

Alexandra Bain, directrice de FAVE

C’est l’organisme que dirige Alexandra Bain qui avait d’abord obtenu la photo d’Amira et qui l’a transmise à son oncle.

Amira à côté d'un sac à dos.

Amira à 4 ans.

Photo : FAVE

Il avait déjà une première photo de la petite, prise à l’âge de deux ans.

Quand il a reçu la plus récente, il a tout de suite su qu’il s’agissait de sa nièce. Il a contacté sa députée fédérale, puis des fonctionnaires d’Affaires mondiales Canada.

Il explique qu’il s’est heurté à un dédale administratif.

Les gens d’Affaires mondiales Canada m’ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire parce qu’ils n’ont pas de services consulaires dans cette région. Mais que si je pouvais, moi, trouver le moyen de l’amener jusqu’à la frontière, ils pourraient nous aider par la suite.

L’oncle a essayé de se rendre sur place pour la ramener. Mais la situation est trop dangereuse, surtout depuis le départ des Américains de la zone kurde.

Compte tenu de la situation sécuritaire sur le terrain, la capacité du gouvernement du Canada à fournir une aide consulaire dans l’ensemble de la Syrie est extrêmement limitée.

Extrait de la communication d’Affaires mondiales Canada

De leur côté, les autorités kurdes qui gèrent le camp demandent que le gouvernement canadien reconnaisse formellement l’identité et la citoyenneté d’Amira avant de la conduire à la frontière.

Le gouvernement canadien ne veut pas reconnaître l’identité de la fillette tant que des tests ADN ne l’auront pas confirmée. C’est l’impasse.

Deux femmes voilées et des enfants sont assis contre une clôture.

Des femmes et des enfants au camp d'Al Hol.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Castonguay

Pourtant, plusieurs autres pays occidentaux ont déjà rapatrié leurs enfants des camps de détention dans la zone. Bill Chambers, président de Save the children, confirme. Je ne dis pas que c’est simple, mais ça se fait.

La Belgique, l’Italie, l’Australie, l’Allemagne ont rapatrié leurs enfants. Il faut avoir la volonté politique, et le courage.

Bill Chambers, président de Save the children

Il aurait également pu ajouter la France. Le gouvernement Macron a annoncé récemment avoir rapatrié tous ses enfants (plus d’une soixantaine) de la zone syrienne.

Des enfants pris en otages

L’avocat montréalais Stéphane Handfield représente d’autres familles canadiennes qui souhaitent rapatrier leurs petits-enfants des camps syriens. Mais le gouvernement ne leur offre aucune aide, à eux non plus, pour obtenir les documents requis.

Ce n'est que politique, dit-il. On ne parle pas du rapatriement de djihadistes. Moi, je n'en suis pas là. Je m’occupe seulement des enfants. Les parents ont posé des gestes, ils seront jugés... Mais les enfants n'ont rien demandé. Les élections canadiennes sont passées. Maintenant, on doit agir.

L’oncle d’Amira abonde dans le même sens.

On ne devrait pas mêler la politique à tout ça. C’est une enfant de 4 ans. Quel crime peut-elle avoir commis à son âge? Et pourtant, elle est détenue dans une prison!

L'oncle d'Amira

Malgré les revers et les frustrations, il persiste. Je ne vais pas m’arrêter, jusqu’à ce qu’elle soit rentrée. Je me fous des conséquences et du temps que ça prendra, je veux juste continuer à avancer.

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