•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un 6e pont ne réglerait pas le problème de congestion, selon deux expertes

De nombreuses voitures sur la route.

Des milliers d'automobilistes traversent quotidiennement la rivière des Outaouais, entre Ottawa et Gatineau.

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

Audrey Roy

Réduire la dépendance à l'automobile, créer des incitatifs pour encourager le transport actif et contraindre l’automobiliste, voilà quelques mesures proposées par deux expertes pour diminuer la congestion routière. Elles ont présenté leur vision au conseil municipal de Gatineau, mardi matin, lors d’une rencontre publique sur le transport.

La professeure Fanny Tremblay-Racicot de l’École nationale d’administration publique et la professeure en génie du transport à la Polytechnique de Montréal Catherine Morency étaient invitées pour proposer des solutions aux problèmes de mobilité dans la région.

Les deux femmes s’entendent pour dire que la construction de routes ou d'un nouveau pont augmenterait la circulation automobile. Pour réduire la congestion routière, elles croient qu’il faut plutôt miser davantage sur le transport collectif.

Une question d'offre et de demande

Augmenter l’offre augmente la demande — une prémisse qui est aussi vraie pour le transport en commun que pour le transport en voiture.

Donc, plus on améliore l’offre de transport en commun ou de transport actif, plus les résidents vont l’utiliser, a expliqué Fanny Tremblay-Racicot.

L’experte a ajouté qu’il faut entre autres bonifier les services, offrir des voies réservées, améliorer le confort des usagers et le temps de déplacement.

La professeure propose également de dissuader les automobilistes à prendre leur voiture, entre autres, en faisant payer au passage ou au kilomètre. Elle a souligné que ces mesures ont fait leurs preuves dans plusieurs villes d’Europe et des États-Unis.

Mme Tremblay-Racicot a ajouté que les employeurs peuvent également contribuer à la solution, notamment, en encourageant le télétravail, en modifiant les horaires de travail et en offrant des incitatifs financiers pour prendre le transport en commun.

Plusieurs conseillers municipaux se sont d'ailleurs questionnés à savoir si le principal employeur de la région, le gouvernement fédéral, pourrait davantage encourager le télétravail.

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a fait remarquer que près de 40 000 fonctionnaires fédéraux habitent à Gatineau. Selon lui, il s’agit d’une voie d’avenir intéressante.

Réduire la dépendance à l’automobile

La professeure Catherine Morency a de son côté rappelé que la population a encore un fort attachement à l’automobile. Selon elle, il faut d'abord changer les mentalités si on souhaite réduire la congestion routière.

Elle a d’ailleurs fait remarquer que la flotte de voitures ne cesse d’augmenter, que les véhicules sont de plus en plus gros et que dans la majorité des cas, il n’y a qu’un seul passager à bord.

C’est pourquoi, selon elle, il faut mieux utiliser l’espace et la capacité des routes actuelles, au lieu d’en construire de nouvelles. L’utilisation du transport actif est l’une des solutions, mais il faut d’abord convaincre les automobilistes de l’utiliser.

Pour y arriver, Mme Morency croit qu’il est primordial d’offrir un transport inclusif, accessible à la population et qui tient compte des besoins de déplacement.

Parmi les pistes de solutions proposées par Mme Morency, elle suggère entre autres de minimiser la distance domicile-école des enfants, pour réduire les déplacements, et de relocaliser les ménages, de sorte à réduire les distances parcourues en voiture pour se rendre au travail et augmenter la marche ou le vélo.

L’éléphant dans la pièce : le 6e pont

Bien que l’objectif de la présentation était de parler des transports et de la congestion routière, l’idée d’un sixième pont à Gatineau est revenue à de nombreuses reprises dans les discussions.

Plusieurs conseillers municipaux — dont Gilles Chagnon, Mike Duggan et Jean-François LeBlanc — ont souligné que la démographie augmente considérablement à Gatineau. Ils ont questionné les expertes sur les possibles solutions pour permettre aux résidents de traverser la rivière et se rendre à leur lieu de travail.

Il ne faut pas faire de corrélation entre population et nombre de ponts.

Catherine Morency, professeure en génie du transport à la Polytechnique de Montréal

La conseillère Renée Amyot a rappelé que la région est très vaste, qu'il y a des rivières à traverser et deux pôles d’emploi bien précis, soit à Ottawa et à Hull.

Existe-t-il une formule mathématique pour déterminer si ce qu’on a est suffisant pour déplacer le monde qui veut aller du point A au point B, a-t-elle demandé aux deux professeures.

Catherine Morency a répondu que même si vous ajoutez quatre ponts, même si vous pavez le Saint-Laurent, ça ne réglera pas le problème [...] On a créé des ponts, on vit avec les conséquences aujourd’hui.

S’il n’y avait pas de liens, il n’y aurait pas de déplacements interrives, a ajouté Fanny Tremblay-Racicot de l’École nationale d’administration publique.

D’importantes décisions à prendre

Parmi les conclusions de la rencontre, les expertes ont rappelé l’importance de poser le bon diagnostic quant aux problèmes en matière de transport, afin de prendre les bonnes décisions, qui peuvent être lourdes de conséquences.

Il faut prendre le temps nécessaire pour ne pas prendre une mauvaise décision.

Fanny Tremblay-Racicot, professeure à l’École nationale d’administration publique

Cela peut se faire, entre autres, en menant des études sur la question et en mettant à jour le schéma sur les transports de la Ville de Gatineau.

Certains conseillers ont tout de même souligné que le temps presse et que le problème de congestion complique quotidiennement les déplacements des Gatinois.

Jean-François LeBlanc a aussi rappelé que les gouvernements fédéral et provincial offrent actuellement des initiatives pour financer des projets de transport et qu’il serait dommage de manquer le bateau.

Mais comme ont rappelé les deux expertes, il faut avant tout éviter de refaire les erreurs du passé, qui ont encore des répercussions sur les déplacements des Gatinois aujourd’hui.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Ottawa-Gatineau

Transports