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analyse

Les leçons de la chute d'une forteresse libérale

La candidate libérale donne un point de presse.

Gertrude Bourdon a échoué à sa deuxième tentative à se faire élire députée à l'Assemblée nationale.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Sébastien Bovet

Jamais, avant lundi, les électeurs de la circonscription de Jean-Talon à Québec n'avaient élu un autre député qu'un député libéral. Dix-huit victoires consécutives depuis 1966. Le gain de la Coalition avenir Québec (CAQ) passera donc à l'histoire. S'il ne faut pas se surprendre du résultat et qu'il faut l'interpréter avec prudence, après tout il ne s'agit que d'une élection partielle, il provoquera dans chacun des partis une réflexion sur l'état des lieux.

La Coalition avenir Québec passe son examen

Depuis un peu plus d'un an, François Legault vit une lune de miel avec les Québécois. Malgré quelques maladresses récentes, sa cote de popularité reste élevée – en particulier chez les francophones – et les résultats de l'élection partielle le démontrent.

Sa victoire s'inscrit en ligne directe avec cet élan de la dernière année. Cela dit, Jean-Talon représentait un bon test pour mesurer la température de l'eau.

Le défi était quand même important. Remporter une circonscription qui a toujours été libérale, mais aussi tester la force de son appui populaire après une année au pouvoir. La CAQ devait se battre contre l'idée que le résultat de la partielle ne changerait rien à l'équilibre des forces à l'Assemblée nationale. François Legault devait aussi se demander si les hésitations dans le dossier du Programme de l'expérience québécoise, si le style parfois brouillon de son gouvernement et si sa volonté de réaliser ses promesses coûte que coûte n'allaient pas lui nuire.

Force est d'admettre que l'examen est réussi. En récoltant 43 % du vote, le premier ministre peut se conforter dans ce verdict de l'électorat.

L'ampleur de la tâche qui attend le Parti libéral

L'enjeu était énorme pour le Parti libéral du Québec (PLQ). Jean-Talon était une forteresse jusqu'à lundi. Non seulement était-ce un château fort, mais c'était également la seule circonscription libérale à l'est de Montréal. L'ancien chef libéral Philippe Couillard avait été réélu dans Roberval lors de l'élection générale de 2018, mais il avait par la suite démissionné et la CAQ avait remporté l'élection partielle qui avait suivi.

Au déclenchement de la partielle, certains militants de Québec solidaire prétendaient même que la bataille pour la victoire dans Jean-Talon se ferait entre eux et la CAQ. Cela ne s'est pas produit, la catastrophe a été évitée d'une certaine façon pour les libéraux. Mais éviter la catastrophe en politique n'est certainement pas un signe de force, bien au contraire.

Même si la déconnexion du PLQ avec le vote francophone avait été consommée aux dernières élections générales, la défaite dans Jean-Talon ne fait que montrer, une fois de plus, l'ampleur de la tâche qui attend le parti et son nouveau chef au cours des prochaines années.

Le seul point positif, s'il y en a un, c'est la réhabilitation de sa candidate Gertrude Bourdon. Qualifiée de magasineuse un peu hautaine il y a un an, elle a prouvé qu'à défaut de gagner, elle avait beaucoup de résilience.

Elle a mené une bonne campagne et a trouvé, dans cette élection partielle, une façon d'effacer sa mauvaise première impression et sa réputation négative. Si elle se présente une autre fois, on ne parlera probablement plus de « Gertrude la magasineuse », mais plutôt de « Gertrude la militante convaincue ». Personnellement, sa deuxième place représente probablement un baume.

Elle répond aux questions des journalistes.

Gertrude Bourdon

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Un résultat décevant pour Québec solidaire

Québec solidaire (QS) a mis le paquet pour remporter Jean-Talon en espérant répéter ses succès dans Taschereau (juste à côté) et Jean-Lesage dans la région de Québec. QS prétendait même pouvoir gagner la partielle. Catherine Dorion y a fait des présences remarquées, préférant même faire l'école buissonnière au congrès du parti à Longueuil afin de faire campagne dans Jean-Talon.

Un vieux dicton politique dit qu'il vaut mieux promettre peu et accomplir beaucoup. Quand on place des attentes si élevées dans l'espace public, le résultat du vote ne peut être que décevant.

Québec solidaire avait fait de cette élection un référendum sur le troisième lien. Ça n'a pas fonctionné. On peut également se demander si la posture résolument souverainiste adoptée au congrès du parti n'a pas nui, dans une certaine mesure, au vote solidaire. Après tout, les électeurs de Jean-Talon sont reconnus pour être majoritairement fédéralistes.

De plus, selon une compilation faite à quelques jours du vote par le quotidien Le Soleil, QS était le parti qui avait le plus dépensé en publicité sur Facebook. Cette information n'a peut-être pas été déterminante, mais elle est certainement paradoxale pour un parti qui, jour après jour, pourfend les géants du web et leur évitement fiscal.

Le mystère Québec reste entier pour le Parti québécois

Le Parti québécois (PQ) a joué cartes sur table en misant sur sa raison d'être, l'indépendance. Le pari était audacieux dans une circonscription comme Jean-Talon, mais il avait au moins l'avantage d'être honnête.

Personne au PQ ne pouvait par contre espérer une victoire. Au mieux, les optimistes parlaient d'une lutte à quatre en fantasmant sur une deuxième place.

Malgré une énergie surprenante dans les débats à l'Assemblée nationale et des interventions remarquées du chef par intérim Pascal Bérubé et de la députée Véronique Hivon, la région de Québec reste un mystère pour le PQ.

La quatrième place dans Jean-Talon ne surprendra personne. Elle traduit, une fois de plus, que le parti a un important travail de reconstruction qui ne se fera pas du jour au lendemain.

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