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Polytechnique : un documentaire pour passer du déni collectif à la réconciliation

Photo des 14 femmes victimes.

De gauche à droite, les 14 femmes mortes le 6 décembre 1989 à l'École polytechnique de Montréal : Michèle Richard, Annie St-Arneault, Annie Turcotte, Geneviève Bergeron, Hélène Colgan, Nathalie Croteau, Barbara Daigneault, Anne-Marie Edward, Maud Haviernick, Barbara Klucznik-Widajewicz, Maryse Laganière, Maryse Leclair, Anne-Marie Lemay et Sonia Pelletier

Photo : Radio-Canada

Angie Landry

Il y a 30 ans, 14 jeunes femmes tombaient sous les balles de Marc Lépine. Le 6 décembre 1989, ce sont aussi des batailles gagnées et l’idée d’une paix sociale qui ont basculé. S’il a fallu près d’un quart de siècle pour parler haut et fort de l’événement comme d’un féminicide, c’est qu’il fallait collectivement sortir du déni, dit la réalisatrice Judith Plamondon, dont le documentaire Polytechnique : ce qu'il reste du 6 décembre est maintenant en ligne sur ICI Tou.Tv.

On dit que la tuerie de Polytechnique, c’est comme le 11 septembre 2001. Chacune se souvient où elle était au moment du cataclysme, raconte la comédienne Karine Vanasse, qui assure la narration de ce film dirigé par Judith Plamondon.

Ce sont des images de gens patinant candidement sur une glace extérieure qui ouvrent le film de la réalisatrice de 31 ans. Un peu comme si on voulait montrer le paisible « avant » pour être capable de parler de l’indicible « après ».

Polytechnique – le drame, pas le film sorti en 2009 –, Judith Plamondon n'en avait entendu parler que partiellement, au fil des années ou des commémorations seulement. En fait, lors des événements du 6 décembre 1989, elle avait tout juste 1 an. Je savais que 14 femmes étaient mortes cette journée-là et que le tueur était Marc Lépine, mais je n’en savais pas plus.

Judith Plamondon

Judith Plamondon

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

C’est un désir de comprendre davantage les tenants et les aboutissants de l'attentat qui l’a poussée, pour ce film, à rassembler différentes personnes touchées par l’événement : des survivantes, des étudiants témoins, un professeur, un policier et des journalistes.

Francine Pelletier et Monique Simard, toutes deux visées par l’auteur de la tuerie dans sa lettre de suicide, ont d’ailleurs accepté de témoigner.

Parce qu’elles étaient des femmes

Judith Plamondon l’avoue d’emblée : pour ce documentaire, elle voulait éviter de tomber dans le venin d’un débat d’idées autour de la question féministe ou de rendre trop larmoyants les témoignages bouleversants des intervenants. Mais elle soutient fermement l’importance – voire la nécessité – qu'elle ressentait de revenir sur cette lente prise de conscience par rapport à la dénomination des crimes perpétrés par Marc Lépine.

Entre autres, Monique Simard, vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) en 1989, appuie cette notion pendant le film. L’interprétation publique du geste m’a heurtée personnellement, parce que dans les médias, [dans] les voix officielles de la société, on ne voulait pas dire que c’était contre les femmes.

Catherine Bergeron, la sœur de Geneviève Bergeron (morte à 21 ans dans cette tragédie antiféministe), va dans le même sens. Elle croit qu’il faut continuer à parler de ce qui s’est passé – même après 30 ans, et peu importe la douleur – pour nommer les choses comme il se doit.

Ma sœur est décédée parce que c’était une femme, alors qu’on s’était toujours fait dire que tout était possible.

Catherine Bergeron

Je voulais parler de ce déni, mais sans le juger, ajoute la réalisatrice Judith Plamondon. Elle le fait en donnant la parole aux personnes de tous azimuts, mais intimement liées par la tragédie, pour passer du désaveu collectif à la résilience d’un peuple. Je soupçonnais pas à quel point ça avait été un événement douloureux pour la société en général, avoue-t-elle.

C’est donc dans un esprit de réconciliation qu’a été construit Polytechnique : ce qu'il reste du 6 décembre. À la fois en revoyant les interprétations de la tragédie et en tendant la main à des témoins de la tuerie, comme Stéphane Chayer ou Jean-Pierre Lalonde. Tous deux étudiants à l'École polytechnique en 1989, présents dans cette classe où Marc Lépine a tiré à bout portant sur leurs consœurs, ils représentent des voix encore peu entendues depuis la tragédie, estime la réalisatrice.

C’était important de donner la parole aux hommes. Pour atteindre l’égalité entre les hommes et les femmes, il faut travailler ensemble.

Judith Plamondon

Après le déni, le devoir de mémoire

Le documentaire s’amorce en mentionnant que « le 6 décembre 1989, le Québec est un endroit où il fait bon vivre ». En entrevue, la réalisatrice fait remarquer que « 1989 » peut facilement être remplacé par « 2019 ». Parce que, selon elle, les acquis du féminisme – ces droits qui semblaient pourtant être à portée de main à l’aube des années 1990 – se sont envolés en un claquement de doigts lors de la tuerie de Polytechnique. Et que les choses basculent quand on s'y attend le moins.

On vient de revivre des débats entourant l’avortement cet été, aux États-Unis, mais aussi pendant la campagne fédérale. On n’aurait pas cru ça. Mais on n’aurait pas cru ça, non plus, tout juste avant Poly, avec Chantal Daigle et sa victoire pour l’avortement. Le message, au fond, c’est qu’il faut demeurer vigilants.

Figure importante de cette part d'histoire du Québec, Nathalie Provost, survivante de Polytechnique, se fait d’ailleurs la gardienne de cette prudence tout au long du film.

La femme est assise dans une classe et regarde la caméra.

Nathalie Provost est l'une des survivantes de la tuerie de Polytechnique qui avait été gravement blessée.

Photo : Radio-Canada

C’est fragile. Ça prend une personne qui bascule. Il faut donc se le rappeler pour ne pas être obligés de se rendre à l’hécatombe.

Nathalie Provost

Polytechnique : ce qu’il reste du 6 décembre sera diffusé le mardi 3 décembre à 21 h sur ICI Télé et le mercredi 4 décembre à 20 h sur ICI RDI et sur ICI Tou.tv (dans la série Grands reportages).

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