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Un conseiller en sécurité financière accusé d’utiliser la crise de l’arsenic pour vendre ses produits

Une fonderie de cuivre avec une cheminée.

La mairesse de Rouyn-Noranda dénonce la stratégie du conseiller.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Thomas Deshaies

L’entreprise Services financiers Baie-Comeau effectue actuellement des communications auprès citoyens du quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda et fait référence aux émissions d’arsenic de la Fonderie Horne, un cancérigène, pour invoquer les impacts financiers d’un diagnostic du cancer.

Le conseiller en sécurité financière et président de Services financiers Baie-Comeau, Samuel Tremblay, mentionne dans sa lettre adressée aux résidents du secteur de la Fonderie Horne, dont nous avons obtenu une copie, qu’il a constaté à l’aide d’un sondage, qu’il y a une forte inquiétude dans la population.

Photo d'une lettre.

La lettre qui a été postée chez des résidents du quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda fait référence aux émissions d’arsenic de la Fonderie Horne, un cancérigène, pour invoquer les impacts financiers d’un diagnostic du cancer.

Photo : Gracieuseté : Christian Dubé

Il ne se passe pas une journée sans que vous entendiez de nouvelles données sur le cancer, écrit-il avant de mentionner qu’il ne faut pas pour autant cesser d’y prêter attention. Il dresse ensuite une liste de dépenses potentielles liées à un cancer. Il conclut sa missive en indiquant qu’il communiquera ultérieurement avec les destinataires pour discuter de votre réalité.

On n’a pas à utiliser la peur qui est associée à situation que les gens vivent dans le quartier

Geneviève Paiement-Paradis, citoyenne du quartier Notre-Dame

Cette lettre a suscité l’indignation de Geneviève Paiement-Paradis, résidente du quartier. Il utilise la vulnérabilité des gens pour essayer de nous vendre un produit, déplore-t-elle. On décode qu’il veut nous vendre une assurance vie, une assurance maladie grave ou un truc du genre.

Mme Paiement-Paradis ne compte pas donner suite à la lettre. Mais c’est sûr qu’il pourrait y avoir des gens qui sont vulnérables et qui vont se dire, "ben mon dieu, oui, ça va coûter cher, faudrait vraiment que j’achète le produit", déplore-t-elle.

La mairesse de Rouyn-Noranda dénonce

Informée de la situation, la mairesse de Rouyn-Noranda, Diane Dallaire, a fait savoir qu’une lettre formelle serait envoyée à M. Tremblay pour l’informer de la désapprobation de la municipalité quant à sa stratégie de communication. On juge que c’est tout à fait inacceptable et même immoral de profiter d’une situation malheureuse, anxiogène pour nos citoyens, pour vendre des produits financiers, s’exclame Mme Dallaire.

C’est déplorable. On exploite une situation où les gens sont en situation de vulnérabilité. Moi je pense que ce n’est pas acceptable ce genre de pratique

Diane Dallaire, mairesse de Rouyn-Noranda

Le titulaire de la Chaire de relations publiques et communications marketing et professeur à l’Université du Québec à Montréal, Bernard Motulsky, estime que l’approche de Services financiers Baie-Comeau n’est pas gagnante. Quand on veut convaincre les gens d’acheter un produit, faut être assez précautionneux dans la façon de les approcher, dit-il. Je pense que ça va plutôt braquer les gens qui vont se dire "c’est quoi cette affaire-là".

L’Autorité des marchés financiers juge que la démarche n’est pas contraire aux lois.La démarche peut être questionnable aux yeux de certains, mais en apparence ne contrevient pas aux lois administrées par l’Autorité, a répondu par courriel le directeur des relations médias pour l’Autorité, Sylvain Théberge.

Du côté des Normes de la publicité, l’organisme d’autorégulation de la publicité au Canada, on indique ne pouvoir se prononcer sans avoir réuni un comité d’évaluation composé de plusieurs membres. L’article 11 du Code canadien de la publicité indique que les publicités de ne doivent pas jouer sur les frayeurs dans le but de tromper les consommateurs.

Le cancer peut engendrer des frais importants

Sans commenter les coûts associés à un diagnostic du cancer mentionnés dans la lettre de l’assureur ou son approche communicationnelle, le porte-parole de la Société canadienne du Cancer, André Beaulieu, estime qu’il est vrai qu’un cancer peut représenter un fardeau financier important. Beaucoup de personnes nous disent qu’ils doivent couper dans l’épicerie pour pallier aux dépenses supplémentaires, explique-t-il, en faisant notamment référence aux conséquences de la perte d’un revenu en raison d’un arrêt de travail.

Selon M. Beaulieu, il serait pertinent que les employeurs et le gouvernement mettent en place des programmes pour soutenir financièrement les personnes atteintes d’un cancer. D’autant plus que le cancer est aussi vu aujourd’hui comme une maladie chronique, précise-t-il. Certaines personnes vont vivre avec cette maladie pendant de très longues périodes, même des décennies.

Service financiers Baie-Comeau n’a pas répondu favorablement à nos demandes d’entrevue.

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