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Faute d’espace, des détenus dorment dans le gymnase à la prison Talbot

L'affiche de l'établissement de détention de la prison Talbot, à Sherbrooke.

La prison Talbot, à Sherbrooke, en hiver.

Photo : Radio-Canada

Katy Larouche

Une cinquantaine de détenus qui purgent une peine discontinue, les samedis et dimanches, dorment dans le gymnase de la prison Talbot de Sherbrooke en raison d’un manque d’espace.

Un détenu qui a accepté de témoigner de ce qu'il vit affirme que ces conditions sont très difficiles. Pour éviter qu'il soit victime de représailles, Radio-Canada a accepté qu'il témoigne sous le couvert de l'anonymat. Selon Robert (prénom fictif), les détenus n'auraient pas accès à une douche et dormiraient sur de minces matelas de sol.

On a juste une toilette pour les 50 gars; imaginez-vous comment ça se passe, là-dedans. C’est pas vivable, c’est exécrable.

Robert*, détenu à la prison Talbot

Problème de sécurité

La promiscuité entre ces détenus à temps partiel cause une montée de la tension dans le gymnase. En fin de semaine dernière, une dispute a éclaté dans cet espace restreint, ce qui a fait craindre le pire à Robert, mais aussi au Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec (SAPSCQ).

Quand la tension est palpable dans un établissement, ça augmente les risques que ça dégénère et que ça cause des altercations et des blessures, affirme Mathieu Lavoie, président national du SAPSCQ.

À savoir

Une peine discontinue est une peine purgée à temps partiel d'un maximum de 90 jours pour un crime mineur.

Selon Mathieu Lavoie, l'ensemble des détenus de l’établissement font aussi les frais de ce manque d’espace, lors de l'arrivée des détenus à temps partiel, la fin de semaine.

Pendant cette période-là, les personnes incarcérées régulières n’ont pas accès au gymnase puisqu’il est occupé par des sentences de fin de semaine. Ça met beaucoup de pression dans les réseaux correctionnels; beaucoup de pression sur les agents également, ajoute-t-il.

Mathieu Lavoie déplore le statu quo qui entoure la façon d’accueillir les détenus intermittents à Sherbrooke. Pourtant, rappelle-t-il, une vingtaine de cellules sont inutilisées dans la prison Talbot en raison de bris.

Sortie du gymnase prévue en décembre

Le ministère de la Sécurité publique a refusé d'accorder une entrevue à Radio-Canada. Par courriel, il indique qu'à partir du 14 décembre, un bâtiment modulaire temporaire de l’Établissement de détention de Sherbrooke pourra être libéré afin d’être utilisé pour l’hébergement des personnes incarcérées purgeant leur peine discontinue de fin de semaine.

Ce bâtiment est situé en zone sécuritaire sur les terrains de l’établissement, assure le Ministère. Il a été conçu pour recevoir une clientèle carcérale ayant un classement minimum et pourra accueillir jusqu’à 48 personnes à la fois, et ce, de manière plus confortable qu’au gymnase puisqu’il comporte des cellules, des lits et des douches.

Peines intermittentes en augmentation

Au Québec, les peines intermittentes ont augmenté de 91,5 % de 2010 à 2017, selon un rapport du protecteur du citoyen. Les prisons ne sont toutefois pas adaptées à cette nouvelle réalité, dénonce Mathieu Lavoie.

C’est inadéquat comme infrastructure, on l’a toujours décrié.

Mathieu Lavoie, président national du SAPSCQ

La prison de Sherbrooke n’est pas la seule à manquer de place pour accueillir ces détenus à temps partiel. Le ministère de la Sécurité publique indique que dans plusieurs établissements de détention, faute de place dans les secteurs d’hébergement, les gymnases ou d’autres locaux ont été utilisés pour accueillir les personnes incarcérées.

Selon le Ministère, des matelas plastifiés et des draps propres sont fournis. L’ouverture de quatre nouveaux centres de détention a aussi inclus la construction de cellules dans une section de la prison réservée aux détenus à temps partiel qui ne doivent pas entrer en contact avec la population générale.

Pour Lucie Lemonde, professeure de droit carcéral au Département de sciences juridiques de l’Univerité du Québec à Montréal (UQAM) et membre de la Ligue des droits et libertés, la situation des détenus à la prison Talbot enfreint clairement les droits de la personne.

Les détenus, comme n’importe quelle personne qui est hébergée dans un établissement tenu par l’État, ont le droit à des conditions de vie minimales humaines et respectueuses de la dignité, souligne Mme Lemonde.

Ça contrevient à la Charte québécoise [des droits et libertés de la personne], qui prévoit que les personnes incarcérées ont le droit d’être traitées avec humanité et respect.

Lucie Lemonde, professeure de droit carcéral au Département des sciences juridiques de l’UQAM et membre de la Ligue des droits et libertés

* Prénom fictif

Avec les informations de Marie-France Martel

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