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Victime de son succès, une clinique qui traite l'hépatite C risque de fermer

La Clinique Santé Amitié de Saint-Jérôme assume la majorité des traitements contre cette maladie infectieuse dans les Laurentides.

Le Dr Jean Robert et sa patiente Anne-Marie Péladeau

Photo : Radio-Canada

Simon Coutu

La guérison plus fréquente de l’hépatite C a une conséquence inattendue pour la Clinique Santé Amitié (CSA) de Saint-Jérôme. Les entreprises pharmaceutiques délaissent les programmes de recherche qui la finançait. Sans subvention gouvernementale, elle risque aujourd’hui de fermer ses portes.

Il y a 15 ans, Anne-Marie Péladeau, la fille du fondateur de Québecor, contractait l’hépatite C. Depuis, chaque semaine, elle fait la navette entre Montréal et Saint-Jérôme pour voir son médecin de la CSA, le Dr Jean Robert.

Quand il a décidé de me soigner, c’était la première fois que je me sentais considérée par quelqu’un, dit-elle. Ici, ce n’est pas une question d’argent. C’est l’humain qui prime.

À l’entrée de la clinique trône le mur des guérisons. On y trouve des dizaines de photos de patients, certificats à la main, qui ont vaincu la maladie. L’année dernière, le Dr Jean Robert a épinglé le portrait d’Anne-Marie Péladeau.

Il m’a sauvé la vie. Je serais morte s’il n’avait pas été là.

Anne-Marie Péladeau

Ironiquement, le succès des traitements contre l’hépatite C est la principale cause de la crise financière que traverse aujourd’hui la CSA. Alors que l’on comptait 125 cas déclarés dans la région des Laurentides en 2014, il n’en restait que 73 en 2018. Pour la même période, dans l’ensemble du Québec, on observe plutôt une augmentation de près de 20 % des infections.

Un travail important

Le personnel de la clinique vient en aide à environ 1000 patients par année. Une clientèle majoritairement marginalisée et vulnérable. Auparavant, l’établissement s’appuyait sur un fonds de roulement de 300 000 $ par année. Mais, en 2020, il n’aura accès qu’au tiers de cette somme, selon son directeur général Hugo Bissonnet.

C’est sûr qu’on risque de fermer, avance-t-il. Ça fait des années que je dis au gouvernement que les compagnies pharmaceutiques vont bientôt arrêter de nous financer. Je ne vois pas comment le réseau de la santé serait capable d’absorber nos 5000 consultations annuelles du jour au lendemain.

Hugo Bissonnet, directeur général de la Clinique Santé Amitié.

Hugo Bissonnet, directeur général de la Clinique Santé Amitié, lance un appel au gouvernement.

Photo : Radio-Canada

Il se tourne aujourd’hui vers le ministère de la Santé et des Services sociaux pour assurer la survie de l’établissement. Mais à Québec, on lui répond que la Clinique Santé Amitié reçoit déjà du financement public par le truchement du Centre Sida Amitié, un organisme communautaire dont fait partie la clinique. Néanmoins, ces fonds ne peuvent pas être utilisés pour offrir des services médicaux, observe le directeur de la CSA.

Le ministère avance aussi que la clinique communautaire peut présenter une demande pour devenir une superclinique ou un groupe de médecine de famille.

Pour nous, ces options-là ne fonctionnent pas, dit Hugo Bissonnet. Ce n’est pas qu'on n’est pas ouverts à autre chose, mais on ne répond tout simplement pas aux critères d’admission des autres programmes.

Bientôt 25 ans de travail communautaire

Le Dr Jean Robert a fondé la Clinique Santé Amitié en 1995. Le pionnier travaille avec les laissés-pour-compte depuis plus de 55 ans.

Ce spécialiste en microbiologie et en infectiologie a rapporté de l’Institut Pasteur à Paris la première souche de VIH au Québec pour procéder aux premiers tests de dépistage de la province. On lui doit la création du département de santé communautaire de l’Hôpital Saint-Luc, qui a fermé ses portes en 1996. Il a aussi participé à la mise sur pied du réseau des CLSC.

Il remarque aujourd’hui que le modèle communautaire est en voie d’extinction. Avec la clinique Dopamed, située dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, la Clinique Santé Amitié est la seule qui se spécialise en infectiologie.

C'est clair que ça nous inquiète pour les personnes que nous suivons. Pourquoi nuire à quelque chose qui marche? Pourquoi ne pas l'encourager?

Dr Jean Robert

Ici, on traite tout le monde, avec ou sans carte d’assurance maladie. Et tous les tests de dépistage se font anonymement. Une approche qui permet de rejoindre une clientèle ayant des problèmes de dépendance, des anciens détenus et des travailleurs du sexe, notamment.

Comment on va faire pour donner des services aux malmenés de la rue, des gens qui n’ont pas accès au système, se demande le Dr Robert. De toute façon, le système n’est pas construit pour eux. Pourtant, ils y ont droit. Le système est indifférent à ça. L’indifférence est la forme la plus perfide de mépris.

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