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Lexson Mathieu veut conquérir le monde de la boxe pour mieux le quitter

« À la boxe, il faut que tu sois comme un voleur. Tu prends la bourse et tu te sauves pendant qu'il est encore temps.  »

Lexson Mathieu se battra pour la ceinture junior des 168 livres de la North American Boxing Federation (NABF), samedi, en sous-carte du combat de David Lemieux, au Centre Bell.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf

Guillaume Piedboeuf
Mis à jour le 

Onze mois après ses débuts chez les pros, Lexson Mathieu est en voie de mettre la main sur une ceinture nord-américaine et il vise un titre mondial d’ici un an. Mais alors qu'il entame sa marche vers les plus hauts sommets, le boxeur de Québec parle déjà ouvertement de sa retraite.

Ce n’est pas pour rien que Lexson Mathieu est considéré comme l’un des plus grands espoirs de la boxe québécoise. Calme et explosif, l'athlète de 20 ans possède un savant mélange de technique et d'attributs physiques exceptionnels.

Il est spécial par sa vitesse. Il est spécial par sa puissance. Il est spécial par son style. Il n’y a pas beaucoup de boxeurs qui sont capables de boxer autant droitier que gaucher, explique son entraîneur François Duguay.

En dehors du ring, le pugiliste de Québec affiche une confiance en lui inébranlable, quitte à froisser certains.

Je veux avoir une ceinture de champion du monde d’ici un an, annonce sourire en coin celui qui disputera samedi, en sous-carte de David Lemieux au Centre Bell, son 8e combat professionnel. Un échéancier particulièrement ambitieux.

J’ai vu que les choses allaient vite et j’ai réalisé que je n’ai pas à attendre d’être au sommet de ma forme à trente ans pour aller en championnat du monde. Je suis assez bon aujourd’hui pour aller chercher ma ceinture et je continuerai de progresser ensuite.

C’est que Lexson Mathieu ne se voit plus dans un ring, à 30 ans. Il n’a pas peur de dire qu’il veut rapidement devenir riche avec son sport pour prendre sa retraite jeune et en santé.

Un discours atypique pour un athlète en début de carrière, mais qui n’est pas étranger aux nombreux incidents survenus dans les rings de boxe professionnelle récemment.

Des incidents qui font réfléchir

Je pense que les mentalités évoluent. Dans les dernières années, il y a eu beaucoup de morts dans la boxe. J’en prends conscience parce que ça touche des gens autour de moi. Je me le dis tout de suite et je le dis à ma famille : si à 33 ans je boxe encore, forcez-moi à sortir de là, prévient Lexson Mathieu.

François Duguay ne va certainement pas se plaindre de l’attitude de son jeune prodige. L’entraîneur était aux côtés de David Whittom, le 27 mai 2017, au Nouveau-Brunswick. Une hémorragie cérébrale suite à son combat contre Gary Klopas avait alors forcé les médecins à plonger Whittom dans le coma, menant éventuellement à sa mort, dix mois plus tard.

David Whittom (droite) encaisse une gauche d'Adrian Diaconu, le 4 avril 2009, à Montréal.

David Whittom (droite) encaisse une gauche d'Adrian Diaconu, le 4 avril 2009, à Montréal.

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

D’habitude, je me bats avec mes boxeurs pour les sortir du gym. David Whittom, je voulais qu’il prenne sa retraite. Il l’avait fait en 2011, mais il était revenu. Éric Martel-Bahoéli aussi, je me suis battu avec lui pour qu’il prenne sa retraite. Avec Lexson, je n’aurai pas à faire ça. Il veut monnayer son talent et se retirer. C’est parfait comme ça.

Limiter les coups à l’entraînement

Duguay ne cache pas que le décès Whittom et des incidents comme le grave traumatisme crânien d’Adonis Stevenson, alors qu’il était encore champion du monde, l’ont fait réfléchir.

J’espère que ç'a fait réfléchir tous les entraîneurs. Il faut être vraiment plus intelligent du côté de la préparation.

Avec Lexson Mathieu, par exemple, pas question d’abuser des combats d’entraînement durant ses camps.

On veut éviter qu’il reçoive des coups à la tête le plus possible. Je veux qu’il reste en santé longtemps après sa carrière.

S’il a disputé huit combats, cette année, c’est parce que pratiquement aucun de ses adversaires n’a réussi à le toucher avant de se faire passer le K.-O.. Alors que la durée des combats de Mathieu va s’étirer, dans les prochaines années, leur fréquence va diminuer.

Lexson Mathieu à l'entraînement avec son entraîneur François Duguay

Lexson Mathieu à l'entraînement avec son entraîneur François Duguay

Photo : Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf

Le boxeur de Charlesbourg n’est pas du genre à prétendre qu’il aime la violence de son sport pour avoir l’air d’un dur. Il n'a pas hâte à son combat de samedi contre le Mexicain Rolando Paredes pour le titre junior de la North American Boxing Federation (NABF), dit-il. Il a hâte d'avoir la ceinture. Il aime gagner, pas recevoir des coups. La partie la plus plaisante d’un combat, c’est lorsque l’arbitre lève mon bras et les gens m’applaudissent, assure-t-il.

Puis quand je sors du ring, aussi.

Par amour de la boxe… et de la vie après

Ce n'est pas qu'il n'aime pas la boxe. C’est simplement qu’il est capable de voir son sport tel qu’il est. Avec l’ivresse des victoires et les dangers de la défaite.

Je le vois avec des boxeurs plus vieux que la boxe peut devenir une drogue. Toute ta vie, tu t’entraînes pour faire un sport et, du jour au lendemain, tu dois arrêter. Il faut se préparer à ça. Moi, je veux en profiter pour dix ans et ensuite je passerai à autre chose.

Il y a une phrase de Marc Ramsey que j’ai retenu et qui représente bien ce à quoi on a adhéré avec Lexson, conclut pour sa part François Duguay, citant son célèbre compatriote entraîneur.

À la boxe, il faut que tu sois comme un voleur. Tu prends la bourse et tu te sauves pendant qu’il est encore temps.

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