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Insécurité alimentaire en milieu scolaire : des enfants du Lac ont faim

Des élèves dans une cafétéria.

Photo : Radio-Canada

Mélyssa Gagnon

Un ventre et une boîte à lunch vides. Voilà comment se présentent de nombreux enfants le matin dans des écoles du Lac-Saint-Jean. Les enseignants sont témoins des conséquences désastreuses de la faim chez leurs élèves au quotidien.

C’est ce qui ressort d’une étude menée par la direction régionale de santé publique dans des établissements des commissions scolaires du Lac-Saint-Jean et du Pays-des-Bleuets. Les résultats viennent tout juste d’être publiés.

Qui dit faim dit nécessairement difficultés d’apprentissage. Les enfants qui vivent de l’insécurité alimentaire peuvent être agités ou présenter des symptômes de fatigue tôt dans la journée. Ils sont irritables et ont du mal à se concentrer.

Le phénomène inquiète et interpelle le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

En 2016, des intervenants du comité régional d’action en sécurité alimentaire ont été sensibilisés au fait que des enfants vivaient la faim à l’école. On avait déjà beaucoup de données sur l’insécurité alimentaire et avant de mettre en place des projets, on s’est dit qu’on allait aller interroger le milieu scolaire pour voir si l’insécurité alimentaire est perçue comme un problème, explique Marie-Claude Clouston, agente de promotion, prévention et recherche au CIUSSS.

L’insécurité alimentaire est effectivement un problème. L’étude qualitative, la première du genre au Québec, a aussi permis de conclure qu’elle prévaut dans chacun des sept établissements visités, tous situés dans des secteurs où l’indice de défavorisation est élevé.

Marie-Claude Clouston dans son bureau devant une bibliothèque

La chercheuse Marie-Claude Clouston a dirigé l'étude qualitative sur l'insécurité alimentaire dans les écoles primaires du Lac-Saint-Jean.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

Tous les intervenants rencontrés, sans exception, percevaient qu’il y avait de l’insécurité alimentaire chez les enfants dans les écoles. Ils étaient capables de nous donner des exemples, de nous parler de situations vécues. C’est vraiment une problématique qu’ils observaient et dont ils avaient de la facilité à parler, poursuit Marie-Claude Clouston.

Nécessité d’agir

Enseignants, éducateurs et membres du personnel de soutien sentent la nécessité d’agir, mais les ressources sont limitées.

Certains professionnels en milieu scolaire mettent en place des garde-mangers dans leurs propres classes ou au service de garde.

Il y en a qui ont des initiatives de toutes sortes. On sait qu'à certains endroits, il y a même des enseignants qui mettent la main dans leurs poches pour rendre des ressources accessibles aux jeunes. Ce sont vraiment des initiatives personnelles, ça vient toucher les gens, fait valoir le directeur des services éducatifs à la Commission scolaire du Lac-Saint-Jean, Marc-Pascal Harvey.

Une grosse bouchée

Prendre l’insécurité alimentaire de front et s’assurer que tous les enfants de la région bénéficient du meilleur contexte d’apprentissage est une grosse bouchée. Une bouchée qui doit être prise collectivement, croit le CIUSSS.

C’est notre travail en santé publique. C’est un privilège en fait que l’on a de pouvoir prendre de la hauteur, de pouvoir regarder les problèmes et voir comment ils se maillent les uns entre les autres. On appelle ça regarder en amont et quand on regarde en amont, on voit que la plupart de ces problèmes-là ont des causes communes, pointe la Dre Kathleen Pelletier, médecin-conseil à la direction de santé publique du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

La Dre Pelletier devant l'immeuble de la santé publique

La Dre Kathleen Pelletier est médecin-conseil à la direction de la santé publique au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

Les initiatives de dépannage alimentaire qui visent à soulager la faim des élèves, comme les clubs des petits-déjeuners et le programme Ecollation, un projet pilote déployé dans quatre écoles de la région, sont louables. Toutefois, les solutions doivent être durables.

Les enseignants ont des doutes lorsque les enfants :

  • Ne participent pas aux activités;
  • Sont fatigués ou s’endorment tôt le matin;
  • Se resservent plusieurs fois ou cachent de la nourriture pour en ramener à la maison quand la nourriture est offerte par l’école;
  • Observent les collations ou les dîners des autres avec envie.

Il faut aussi convaincre la population que les causes de l’insécurité alimentaire dépassent la seule responsabilité des individus et des écoles. Les auteurs de l’étude insistent sur l’importance de ne pas jeter le blâme sur les familles ou stigmatiser les enfants qui en font les frais. C’est d’ailleurs pour cette raison que le bilan de l’enquête ne nomme ni les écoles visitées ni les intervenants interrogés.

Une des grandes inquiétudes, c’est de traiter le sujet d’un point de vue plus individuel, d’un point de vue que ces parents-là soient responsables à eux seuls de la situation qu’ils vivent alors qu’on sait, à travers la littérature scientifique, que ce n’est pas le cas. Ils vivent des conditions difficiles parce que ça dépend de comment on a organisé le vivre ensemble et selon, on peut vivre plus ou moins d’inégalités sociales de santé, renchérit Kathleen Pelletier.

Des témoignages touchants

La chercheuse Marie-Claude Clouston a été touchée par les entrevues réalisées en 2016. Et pour cause, si l’on se fie aux témoignages reçus.

Ils ont beaucoup de colère, d’agressivité. Ça se manifeste par des troubles de comportement, mais quand on creuse un petit peu plus loin, c’est pas des élèves qui ont des troubles de comportement, c’est des élèves qui ont faim.

Un intervenant

Souvent, ils n’ont pas déjeuné. Ils n’ont pas de collation. Ils ont juste leur dîner et c’est juste un sandwich aux bananes ou au baloney, ajoute un participant à l'enquête.

Des mains d'enfants avec des aliments sains.

Il n'est pas donné à tous les élèves du primaire de bénéficier de collations à l'école. Une étude du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean démontre que l'insécurité alimentaire est présente dans les sept établissements des commissions scolaires du Lac-Saint-Jean et du Pays-des-Bleuets visitées.

Photo : Radio-Canada / Brigitte Marcoux

J’en ai surpris une à voler. Je lui ai demandé : "Pourquoi tu voles?" Elle m’a répondu : "Parce que j’ai faim".

Un intervenant en milieu scolaire

Ce qui m’a particulièrement touchée, c’est de voir à quel point le réseau scolaire est mobilisé pour intervenir, même s’ils nous disent : "Ce n’est pas notre rôle", mais on voit vraiment que ça a un impact sur la réussite scolaire des enfants, poursuit Marie-Claude Clouston.

8300 enfants touchés

Pour une question de contexte, les deux commissions scolaires du Saguenay n’ont pas pris part à l’étude du CIUSSS. Elles promettent toutefois de participer au deuxième volet de la démarche, qui portera sur les initiatives mises en place dans leurs écoles.

Il n’existe pas de données quantitatives au sujet de l’insécurité alimentaire au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cependant, des statistiques démontrent que 17 % des enfants du Québec vivent dans un ménage touché par le phénomène, ce qui permet à la direction de la santé publique régionale de conclure qu’environ 8300 enfants de 0 à 17 ans ne mangent pas suffisamment.

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Saguenay–Lac-St-Jean

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