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Déjouer le déclin de la mémoire par le théâtre

À 71 ans, la comédienne Rollande Lambert doit utiliser différentes stratégies pour mémoriser ses textes de théâtre.

À 71 ans, la comédienne Rollande Lambert doit utiliser différentes stratégies pour mémoriser ses textes de théâtre.

Photo : Radio-Canada / Luc Lavigne

Élyse Allard

Quand Rollande Lambert est montée sur scène pour la première fois à l’âge de six ans, elle avait déjà en elle le feu brûlant d’une passion qui allait la suivre toute sa vie. 65 ans plus tard, son amour pour le théâtre demeure intact. C’est sa mémoire qui n’est plus ce qu’elle était.

Mémoriser son texte pour le rôle de Violet Weston dans la pièce Mois d’août, Osage County lui a pris du temps… beaucoup de temps. La tâche n’a rien à voir avec ce qu’elle était à l’époque où la comédienne commençait à monter sur les planches.

C’est même presque gênant de dire qu’on met autant de temps que ça. Depuis le mois d’août, c’est un minimum de deux heures par jour, puis ça arrive que je mette trois, rarement quatre [heures], mais c’est quand même beaucoup de temps.

Rollande Lambert, comédienne

Rollande Lambert admet d’emblée que l’époque des grands rôles tire à sa fin, même si elle nourrit secrètement l’espoir de se faire proposer celui de Juliette dans la célèbre tragédie shakespearienne.

Rollande Lambert sera de la pièce Mois d’août, Osage County de Tracy Letts, présentée du 4 au 14 décembre 2019 par le Théâtre des gens de la place, à Trois-Rivières.

Perd-on vraiment la mémoire en vieillissant?

La réponse à cette question peut sembler sans équivoque, mais elle n’est pas aussi simple qu’elle n'y parait.

Selon le neurologue et professeur agrégé à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, Christian Bocti, également chercheur au Centre de recherche sur le vieillissement, la mémoire d’un individu atteint son plein potentiel à 25 ans. De cet âge jusqu’au décès, pour les gens qui ne sont pas atteints de maladies cognitives, la perte de la mémoire est minime.

Le neurologue et professeur agrégé à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, Christian Bocti, est également chercheur au Centre de recherche sur le vieillissement.

Le neurologue et professeur agrégé à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, Christian Bocti, est également chercheur au Centre de recherche sur le vieillissement.

Photo : Université de Sherbrooke

En réalité, la majorité des gens ne perdent pas la mémoire en vieillissant de façon importante. Il y a certains processus de la mémoire qui sont moins efficaces avec l’âge, mais ce n’est pas aussi négatif que le stéréotype [le porte à croire].

Christian Bocti, neurologue, professeur agrégé à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke et chercheur au Centre de recherche sur le vieillissement

Pour ceux qui ne souffrent pas de maladies comme l’alzheimer ou la démence, les connaissances ancrées dans le cerveau depuis longtemps, aussi appelées intelligence cristallisée ou mémoire à long terme, ne s’effacent pas avec l’âge. On peut penser, par exemple, aux noms des personnes connues, au vocabulaire ou aux connaissances sur le monde.

Là où ça se corse, c’est au niveau de la mémoire épisodique, qu’on peut définir par l’enregistrement d’éléments d’information nouveaux que l’on veut mémoriser : textes de théâtre, notes de cours, prénoms de nouvelles personnes rencontrées, etc. Selon le Dr Bocti, cet aspect de la mémoire est moins efficace en vieillissant, même si son déclin n’est pas aussi grave qu’on l’imagine.

C’est d’ailleurs ce qui explique que les meilleures stratégies de mémorisation font appel à des connaissances qui sont déjà imprimées dans le cerveau. Il suffit de lier les éléments acquis aux nouvelles informations que l’on veut mémoriser, et l’on déjoue la perte de la mémoire épisodique. Par exemple, pour apprendre un nouveau prénom, on peut l’imaginer écrit sur l’image mentale d’une pièce de la maison qu’on connaît par cœur. C’est ce qu’on appelle la stratégie des lieux.

Instinctivement, Rollande Lambert fait déjà appel à des stratégies du genre pour mémoriser ses textes de théâtre : Je crée des liens entre les idées. [...] Des fois, il y a des “P”, par exemple dans les mots papa, prière et party. Eh bien, ces "P" , je les réunis!.

« La clé, c’est de se mettre au défi! » - Dr Bocti

Pour conserver une bonne mémoire épisodique avec l’âge, le Dr Christian Bocti recommande de ne jamais arrêter de l’exercer : Comme pour toute chose, si l'on n’utilise pas une faculté, on risque de la perdre. Exercer la fonction que l’on veut conserver, c’est le meilleur conseil. Il faut faire des efforts de mémorisation.

Toujours selon le chercheur, l’activité physique peut aussi aider à garder la mémoire jeune. Conserver une excellente santé vasculaire, en traitant l’hypertension et en évitant les excès alimentaires, peut aider à préserver de bonnes capacités cognitives.

Mais qu’en est-il des jeux censés améliorer la mémoire?

Rien ne prouve que de s’entraîner à une tâche particulière améliore la mémoire générale, souligne le Dr Bocti. 

C’est là-dessus que les entreprises mal intentionnées jouent un peu. Un aspect de la mémoire va s’améliorer, mais ce n’est pas généralisable dans la vie au quotidien, affirme le neurologue et chercheur au Centre de recherche sur le vieillissement.

En d'autres mots, suivre l'exemple de Rollande Lambert en exerçant sa mémoire tout en accomplissant l'activité pour laquelle elle est requise demeure la meilleure façon de conserver ses aptitudes mnémoniques encore longtemps.

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Mauricie et Centre du Québec

Santé physique et mentale