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Les crimes de policiers à Halifax risquent d'ébranler la confiance du public

L'écusson des policiers d'Halifax, sur la manche d'un policier.

Dix-sept agents du service policier d’Halifax ont été accusés au criminel au cours des six dernières années.

Photo : Radio-Canada / CBC/Robert Short

Radio-Canada

Dix-sept agents du service policier d’Halifax ont été accusés au criminel au cours des six dernières années, ce qui risque d’ébranler la confiance du public, selon des intervenants.

Il s’agissait d’accusations de vol, d’agression sexuelle, de voies de fait, de conduite avec facultés affaiblies et de voyeurisme, notamment. Au moins deux agents ont été reconnus coupables à l’issue de leur procès et un troisième a reconnu sa culpabilité. Cette année, trois agents ont été accusés en un peu plus d’un mois.

Cette situation est alarmante, selon DeRico Symonds, un intervenant communautaire, coorganisateur d’une manifestation en mars contre les contrôles de routine.

Lorsque des cas de ce genre se produisent en nombre démesuré durant une année, ils peuvent ébranler la confiance et les relations entre le public, le service policier et le système judiciaire, estime M. Symonds.

DeRico Symonds interviewé sur un trottoir

DeRico Symonds explique qu'il ne sent pas en sécurité en présence de policiers.

Photo : CBC/Brian MacKay

Trois agents par année, en moyenne, sont accusés au criminel depuis 2014. C’est un faible pourcentage compte tenu du fait que le service policier d’Halifax emploie 530 agents à temps plein.

Les agents ne sont pas tous mauvais, reconnaît M. Symonds, mais il dit que plusieurs membres de la communauté noire craignent les policiers. Le fait que certains policiers enfreignent des lois ne les rassure pas, souligne-t-il.

DeRico Symonds dit ressentir malgré lui de la peur et de l’anxiété quand il arrive à un barrage routier policier. Il ne se sent pas complètement en sécurité en présence de policiers, explique-t-il.

DeRico Symonds souhaite que la force policière se montre plus transparente et parle ouvertement des faits lorsqu’un de ses agents est accusé au criminel. Il aimerait aussi que les policiers organisent plus de forums communautaires où les gens peuvent leur poser des questions.

Le chef du service policier d’Halifax, Dan Kinsella, a décliné une demande d’entrevue de CBC. Il avait toutefois abordé le sujet en octobre lorsque des accusations ont été portées contre trois agents. Il avait alors déclaré que la grande majorité des policiers respecte les lois et ils font correctement leur travail. Il avait ajouté que les mauvais comportements ne sont pas tolérés.

Un policier

Dan Kinsella est le chef du service policier régional d'Halifax.

Photo : Radio-Canada

En juin, l’agent Laurence Gary Basso a été reconnu coupable de voies de fait causant des lésions corporelles. Il avait cassé le nez d’un itinérant à l’extérieur d’un refuge durant l’exercice de ses fonctions de policier.

En janvier, l’agent George Farmer a été reconnu coupable de voyeurisme et d’abus de confiance pour avoir regardé attentivement par les fenêtres d’un motel à Bedford en 2017. Il était plutôt censé de se trouver dans son autopatrouille au moment des faits.

Trois autres agents ont été accusés cette année:

  • la gendarme Jennifer McPhee est accusée de plus de 30 vols commis dans des supermarchés à Halifax;
  • le gendarme-détective Joseph Farrow est accusé d’agression sexuelle et de violation de domicile;
  • le gendarme Jeffery LeBlanc est accusé d’avoir proféré des menaces ainsi que d’entreposage inapproprié et de possession d’armes à feu dangereux pour l’ordre public.

Il est troublant de voir des policiers enfreindre des lois parce que cela nuit à la confiance du public envers le système judiciaire, selon le président de la section provinciale de l’Association du barreau canadien, Daniel Wallace.

Mais le fait que des enquêtes et des procès ont lieu peut aussi être rassurant, ajoute M. Wallace, parce que les gens voient que personne n’est au-dessus des lois.

Les deux hommes sont entre la voiture du policier et l'édifice du refuge durant la nuit.

Une caméra de surveillance a capté ces images du policier Laurence Gary Basso donnant un coup de poing à Patrice Simard à l'extérieur du refuge Metro Turning Point en février 2018.

Photo : CBC

La Nouvelle-Écosse a de la chance de pouvoir compter sur une équipe d’intervention en cas d’incident grave qui enquête sur les cas impliquant des policiers, ajoute Daniel Wallace.

D’autres intervenants croient qu’il est possible de prévenir les comportements répréhensibles chez les policiers.

Les forces policières commencent à peine à comprendre comment les événements traumatisants et le stress peuvent entraîner des conséquences sur les agents, explique Tom Stamatakis, le président de l’Association canadienne des policiers, qui compte 60 000 membres.

Il y a encore beaucoup de travail à faire pour améliorer l’accès des policiers à de l’aide en la matière, notamment pour qu’ils sentent qu’il est normal et acceptable de demander de l’aide de ce genre, précise M. Stamatakis.

Lorsqu’un policier est accusé au criminel, les gens ne doivent pas oublier qu’il a peut-être eu une conduite irréprochable jusque là pendant de nombreuses années, ajoute M. Stamatakis.

Le policier George Farmer au palais de justice à Halifax le 18 janvier 2019.

Le gendarme George Farmer, du service policier d’Halifax, a été reconnu coupable de voyeurisme, d’abus de confiance et d’intrusion de nuit.

Photo : Radio-Canada / CBC / Steve Lawrence

Mais il peut être trop simpliste d’établir un lien direct entre des traumatismes psychologiques et des gestes criminels, selon un professeur de psychologie à l’Université de Regina, Nicholas Carleton, qui étudie la santé mentale du personnel responsable de la sécurité publique.

Il est très compliqué d’essayer de comprendre et de prédire comment les humains vont se comporter, souligne le professeur Carleton. Il n’y aucune preuve qu’un trouble mental particulier mène directement à un certain comportement, dit-il.

Il faut faire plus de recherche avant de faire des hypothèses sur les raisons pour lesquelles un policier commet une infraction, ajoute M. Carleton.

Deux policiers embusqué derrière leur véhicule lors d'une opération. L'un est armé d'un fusil d'assaut, l'autre d'un lance-grenade.

Les forces policières commencent à peine à comprendre comment les événements traumatisants et le stress peuvent entraîner des conséquences sur leurs agents, selon Tom Stamatakis, président de l’Association canadienne des policiers.

Photo : CBC/Robert Short

La surveillance et la supervision sont deux moyens de garder les policiers sur le droit chemin, selon un ancien membre du service policier de Toronto, James Lowry. Ce dernier a fait partie d’un groupe de travail qui a enquêté sur des allégations de corruption visant l’une des équipes policières antidrogue de la ville.

Plusieurs forces policières ont des programmes de suivi de la conduite de leurs agents, explique M. Lowry. Ces programmes tiennent compte des plaintes du public et du nombre de signalements d’usage de la force par un agent, entre autres indicateurs. Lorsqu’un superviseur voit des signes d’un problème, il peut faire en sorte que l’agent ait accès à une consultation psychologique, de la formation ou de l’aide additionnelle.

Il arrive parfois que les superviseurs essaient d’être trop amicaux avec leurs subordonnés, ce qui peut mener à s’écarter des règles, ajoute James Lowry. Si les superviseurs règlent rapidement un problème naissant, cela peut prévenir des problèmes plus importants, dit-il.

Avec les renseignements de David Burke, de CBC

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