•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une technique dangereuse pour repulper les lèvres

Annick Laplante, victime

Annick Laplante a eu recours à l'hyaluropen car elle trouvait ses lèvres trop minces.

Photo : Radio-Canada / Martin Brunette

Esther Normand

L’hyaluropen est un nouveau dispositif offert par certaines esthéticiennes pour augmenter le volume des lèvres. Il n’est toutefois pas autorisé par Santé Canada et il fait l’objet d’une enquête de la part du Collège des médecins du Québec.

Il y a quelques mois, Annick Laplante tombe sur une annonce en ligne. La publicité est alléchante : elle promet de belles lèvres pulpeuses à l'aide d'un traitement sans aiguilles et sans douleur.

Ayant toujours trouvé ses lèvres trop minces, Mme Laplante est très intéressée. Voilà une occasion en or d’avoir les lèvres de ses rêves pour 125 $, alors que cela coûte habituellement 500 $.

L’Académie Permakolor cherche des modèles pour enseigner cette nouvelle technique qui permet d’augmenter le volume des lèvres grâce à l’hyaluropen.

Il s’agit d’un genre de stylo qui propulse de l’acide hyaluronique à très haute vitesse pour le faire pénétrer dans la peau sans aiguilles. Une technique qu’on dit sans douleur.

Ils disent sans douleur, je m'excuse, mais ça fait très mal, s’exclame Annick Laplante.

C’est la propriétaire de l’Académie Permakolor, Annie Lamontagne, qui lui prodigue le soin.

Dès le début de l'intervention, les choses tournent mal.

Tout d’abord, Annick Laplante ressent une forte douleur, puis ses lèvres se mettent à enfler démesurément.

Hématome au-dessus de la lèvre supérieure.

L'hématome apparu au-dessus de la lèvre supérieure d'Annick Laplante après l'injection au moyen de l'hyaluropen.

Photo : Courtoisie Annick Laplante

Elle m'a donné le miroir et j'ai vu que j'avais la lèvre déjà tout enflée. Ça enflait à vue d'oeil, c'était vraiment intense.

Annick Laplante

Ses lèvres deviennent si grosses qu’Annick Laplante quittera la clinique d’esthétique en ambulance. Elle passera la nuit à l’hôpital.

Pour la Dre Michèle Ohayon, une dermatologue spécialisée en esthétisme, Mme Laplante a eu de la chance.

L’injection semble avoir transpercé une veine. Mais si elle avait été faite dans l’artère, les conséquences auraient été beaucoup plus dramatiques.

Si le produit atterrit dans une artère, on peut avoir une occlusion de cette artère-là, avec une nécrose et une mort des tissus, soutient la Dre Ohayon.

La propriétaire de Permakolor précise qu'elle a élaboré sa formation avec une infirmière pour qu'elle soit sécuritaire.

De plus, elle croyait la technique sûre car son assureur l'approuvait. Elle a remboursé à Annick Laplante le soin prodigué et le transfert en ambulance.

Aujourd’hui, elle n’utilise plus l’hyaluropen.

Plan moyen d'un homme et une femme assis.

Lisanne Daoust et Maxime Ouimet, deux propriétaires de salons d'esthétique, s'inquiètent de voir de plus en plus de nouvelles techniques non éprouvées apparaître dans leur profession.

Photo : Radio-Canada / Martin Brunette

Le Collège des médecins interpellé

Plusieurs esthéticiens et esthéticiennes s’inquiètent des nouveautés qui inondent leur univers ces jours-ci.

Lisanne Daoust et Maxime Ouimet sont de ceux-là.

Ce dernier a lancé une page Facebook, SOS Esthétique Québec (Nouvelle fenêtre), et a reçu un grand nombre de messages de personnes qui se disent victimes de l’hyaluropen.

M. Ouimet a transféré ces messages au Collège des médecins du Québec, qui a mené une enquête.

Après avoir donné des avertissements, le Collège s'apprête à poursuivre les esthéticiennes qui ont causé un préjudice à leur clientèle en utilisant l’hyaluropen.

L’organisme confirme qu’il y a deux dossiers où l’enquête est terminée et que la procédure d’accusation est entamée. Le Collège invoque la pratique illégale de la médecine.

Pour nous, ce n'est pas légal parce que ce n'est pas conforme, c'est une intervention invasive et donc qui correspond à un acte médical réservé.

le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins du Québec

Le Collège des médecins dit avoir reçu une cinquantaine de signalements dénonçant les traitements utilisant l'hyaluropen.

50 signalements pour un nouveau produit dans un domaine particulier, c'est beaucoup dans une année, confirme le Dr Robert.

Le 13 septembre dernier, Santé Canada a rappelé qu’il n’a autorisé la vente d’aucun dispositif de comblement dermique sans aiguilles et confirme que ces dispositifs peuvent poser des risques pour la santé.

Santé Canada souligne avoir vu une augmentation du nombre de déclarations relatives à l’hyaluropen cette année. Trente-neuf plaintes ont été reçues depuis mars 2019.

Mi-septembre, l'Association des professionnels en électrolyse et en soins esthétiques du Québec, l’APESEQ, a envoyé à ses membres un communiqué pour les mettre en garde contre l’hyaluropen.

Mais cette association ne représente que 620 des 16 000 travailleurs en esthétique du Québec.

Lisanne Daoust, nommée esthéticienne de l’année au Canada par ses pairs, réclame un ordre professionnel pour mieux protéger la population.

Ça ferait un bon ménage. Ça encadrerait justement la profession tout en protégeant la population.

Lisanne Daoust, esthéticienne

Maxime Ouimet, spécialisé en micropigmentation capillaire, abonde dans le même sens.

Sans ordre, sans personne qui vient donner de vraies règles, des normes que tout le monde respecte [...], ça va rester le free for all comme ça.

Annick Laplante regrette d’avoir eu recours à l'hyaluropen et invite les gens à être vigilants face à ces nouvelles techniques.

Le reportage d’Esther Normand et de Stéphanie Allaire est diffusé mardi soir à l’émission La facture, à 19 h 30 sur ICI TÉLÉ.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Économie