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La liberté d’expression en humour, une préoccupation en Acadie

Plan moyen de Mike Ward devant des micros de journalistes.

Mike Ward devra verser une compensation financière à Jeremy Gabriel.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Camille Bourdeau

Des humoristes acadiens sont préoccupés par le débat entourant la liberté d'expression dans l'affaire Jérémy Gabriel contre Mike Ward, qui pourrait se rendre jusqu'en Cour suprême.

En 2016, le Tribunal des droits de la personne statuait que Mike Ward avait violé le droit de Jérémy Gabriel à la dignité, à l’honneur et à la réputation, en faisant des blagues au sujet de son handicap.

Jeudi dernier, la Cour d'appel du Québec a maintenu la décision du Tribunal, jugeant que l’humoriste avait été trop loin en tenant des propos discriminatoires.

Mike Ward a été condamné à verser 35 000 dollars au jeune homme en dommages moraux. Le montant de 7 000 dollars, réclamé par la mère de Jérémy Gabriel, n’a cependant pas été retenu. 

Sur ses réseaux sociaux, Mike Ward a indiqué qu’il aimerait mieux faire de la prison que de payer cette amende.

Il souhaite maintenant s'adresser à la Cour suprême du Canada. 

Je salue le courage de Mike Ward, soutient l’humoriste acadien JC Surette, qui connaît bien l'humoriste pour avoir fait ses premières parties. 

JC Surette sur scène au bordel à Montréal.

Jean-Christophe Surette est d'avis que cette plainte pourrait donner lieu à un précédent, limitant ainsi la liberté d'expression des humoristes canadiens.

Photo :  Photo : Michel Grenier

Mike se bat non seulement pour lui, mais aussi pour le droit de tous les humoristes de pouvoir avoir cette liberté et de ne pas se sentir menacé chaque fois qu’on monte sur scène.

Jean-Christophe Surette, humoriste

Il indique que la censure existe déjà du côté de la télévision, puisque des avocats révisent fréquemment les textes des humoristes avant leur diffusion. Il craint que cette censure ne s’accentue avec cette plainte.

J’ai peur que ça cause un précédent, déclare-t-il. 

Si selon lui, certaines choses ne se disent pas, il estime les gens ont pris la blague hors contexte, et que si Mike Ward avait voulu être réellement méchant, les gens n’auraient pas trouvé ça drôle.

Pour d’autres humoristes, la situation est plus ambigüe. 

Le comédien, utilisant ses mains pour faire un panache.

Le comédien, Luc leblanc

Photo : Louis Philippe Chiasson

Luc LeBlanc admet que sa position a changé entre 2016 et 2019.

Plusieurs mouvements ont contribué à conscientiser davantage la population aux différentes formes de discrimination. 

Il conçoit que la liberté d’expression est essentielle au travail des humoristes, mais que certains propos peuvent aller trop loin et blesser des gens.

Est-ce qu’on doit se conscientiser un peu plus? Oui, je crois. Peut-être que tout ne peut pas être dit sur scène [...] C’est très délicat et je comprends pourquoi Mike Ward va défendre son point jusqu’au bout.

Luc LeBlanc, humoriste et comédien

D’après lui,  si la cause est entendue par la Cour suprême, cela pourrait régler la question une fois pour toutes. Il espère que le verdict fera avancer cette forme d’art plutôt que de la faire régresser.

Il émet toutefois certaines réserves.

On n’a  pas encore réglé le conflit, ça peut devenir dangereux au niveau de la liberté d'expression. Ça fait peur pareil, il va peut-être y avoir une loi qui en découle, et s’il y a une loi, ça pourrait être contraignant. C’est ça qui fait peur, surtout aux gens qui sont dans le métier, qui font de l’humour.

Luc LeBlanc, humoriste et comédien

La censure dans le domaine du divertissement

Ce n’est pas la première fois que la liberté d’expression est remise en question par les artistes d’ici. 

Cet été, le caricaturiste Michael DeAdder, avait été remercié quelques jours après avoir publié trois caricatures du président américain.

Il dénonçait alors un contrôle du contenu de la part de son ancien employeur, Brunswick News.

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Nouveau-Brunswick

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