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Meurtre d'une journaliste maltaise : le premier ministre reste en poste

Le premier ministre maltais, Joseph Muscat, s'adressant aux médias dans son bureau de Castille, La Valette.

Le premier ministre Joseph Muscat a obtenu dimanche le soutien de son parti, le Parti travailliste

Photo : Getty Images / MATTHEW MIRABELLI

Agence France-Presse

Le premier ministre de Malte Joseph Muscat, soupçonné d'ingérence dans l'enquête sur le meurtre de la journaliste Daphne Caruana et soumis à une intense pression pour démissionner, a obtenu dimanche le soutien de son parti pour rester en poste, probablement jusqu'en janvier.

Samedi, des sources au Parti travailliste avaient indiqué que le parti se choisirait un nouveau dirigeant le 18 janvier et que M. Muscat allait démissionner formellement quand le nouveau chef sera choisi.

M. Muscat, au pouvoir depuis 2013, avait organisé dimanche une réunion urgente avec 36 parlementaires et ministres de sa formation, le Parti travailliste.

L'ensemble du groupe a soutenu Joseph Muscat et nous lui avons dit que c'était à lui de décider quand démissionner. L'élection [du nouveau dirigeant du Parti travailliste, NDLR] aura lieu du 8 au 18 janvier et jusque là, il restera chef du parti et premier ministre, a indiqué une source de cette formation à l'AFP.

La réunion, qui a duré quatre heures, avait été convoquée en urgence après l'inculpation, samedi, de l'entrepreneur Yorgen Fenech, pour complicité dans l'assassinat de Daphne Caruana Galizia dans l'explosion de sa voiture piégée le 16 octobre 2017.

Au démarrage de la réunion, une source haut placée du Parti travailliste a laissé entendre à l'AFP que M. Muscat pouvait partir à tout moment maintenant qu'avec l'inculpation de Fenech, il a accompli sa mission qui consistait à résoudre ce meurtre ignoble sous sa supervision.

Mais le Parti travailliste a souligné dans un communiqué à l'issue de la rencontre que son groupe parlementaire avait exprimé un soutien unanime au premier ministre pour toutes les décisions qu'il voudrait prendre, sans mentionner l'échéance de janvier ni une éventuelle démission anticipée.

Les travaillistes ont aussi décidé de débattre au parlement, la semaine prochaine, des derniers développements de l'enquête sur l'assassinat de Daphne Caruana Galizia. Avec notamment les déclarations d'un intermédiaire, chauffeur de taxi et usurier qui ont abouti à l'arrestation, le 20 novembre, de Fenech.

Lundi, un tribunal maltais doit aussi se prononcer sur un recours de Fenech, qui réclame la révocation de l'enquêteur en chef, Keith Arnaud, suspecté d'avoir des liens étroits avec le premier ministre et son bras droit et ami Keith Schembri.

Aucun parlementaire ni ministre ne s'est arrêté pour parler aux journalistes à leur sortie.

Pendant la réunion, M. Muscat a annoncé que le ministre de l'Économie Chris Cardona, qui s'était autosuspendu, allait reprendre son poste qu'il cumule avec celui de premier ministre adjoint avec effet immédiat.

Des manifestants à La Valette, Malte, le 1er décembre 2019.

Des manifestants réclament justice après l'assassinat de la journaliste Daphné Caruana Galizia.

Photo : Reuters / Vincent Kessler

La pression s'est intensifiée ces derniers jours sur le chef du gouvernement travailliste pour qu'il quitte immédiatement ses fonctions.

La famille de la journaliste Daphne Caruana Galizia, l'opposition (Parti nationaliste) et des mouvements civiques l'ont accusé d'intervenir dans l'enquête notamment pour protéger son chef de cabinet Schembri.

Les détracteurs de M. Muscat le soupçonnent d'avoir obligé le gouvernement à rejeter cette semaine une mesure de grâce pour l'entrepreneur Fenech qui promettait en échange de dire tout ce qu'il sait.

Ce magnat de 38 ans, copropriétaire du groupe familial Tumas (hôtellerie, casinos, automobile, énergie), venait alors de désigner à la police M. Schembri comme le vrai commanditaire du meurtre.

Le chef de cabinet a démissionné en milieu de semaine en même temps que le ministre du Tourisme Konrad Mizzi et M. Cardona.

Entendu par les enquêteurs, M. Schembri est ressorti libre jeudi, déclenchant la colère de la famille Caruana Galizia qui a argué qu'au moins deux témoins et de multiples indices impliquent Schembri dans l'assassinat.

Daphne Caruana avait creusé la partie maltaise des Panama Papers et découvert des documents reliant des sociétés panaméennes à Schembri, Mizzi et Cardona.

Elle avait aussi révélé qu'une société de Dubaï, la 17 Black, avait payé l'équivalent de 2,9 millions de dollars canadiens à MM. Schembri et Mizzi pour des services non précisés. Le consortium de journalistes Daphne Project, qui a repris ses enquêtes, a révélé que la 17 Black appartenait à Fenech.

Dimanche, la famille a pressé de nouveau M. Muscat de quitter ses fonctions, appelant le Parlement à permettre une enquête libre et complète sur son rôle (de Muscat) et celui de Keith Schembri dans l'assassinat de Daphne. Une nouvelle manifestation, la septième en 15 jours, est prévue en fin d'après-midi à La Valette.

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