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Que fait l'industrie aérienne pour réduire son empreinte carbone?

Un avion au centre d'une traînée blanche dans le ciel.

L'aviation civile compte pour environ 2 % des émissions mondiales de GES.

Photo : Reuters / David Gray

Radio-Canada

Des délégués de plus de 200 pays se rendront à Madrid cette semaine pour participer à la COP25, la conférence annuelle de l'ONU sur le climat. N’est-il pas ironique de constater que de nombreuses personnes prendront ainsi l’avion pour mieux s’attaquer à la crise climatique?

Un texte de Stephanie Hogan, de CBC News

Selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), l’aviation civile est responsable de 2 % des émissions de carbone sur la planète.

Les voyages aériens augmentent aussi chaque année. L'Association du transport aérien international (IATA) prévoit que 7,8 milliards de passagers prendront l'avion d'ici 2036, soit presque le double des 4 milliards qui l’ont fait en 2017.

Il existe par ailleurs un mouvement d'origine suédoise qui exprime le sentiment de honte de certains voyageurs face aux effets écologiques néfastes du transport aérien, le flygskam.

Que fait l'industrie aéronautique ?

En 2009, l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) a entrepris de rendre l'industrie plus écoénergétique et de réduire de moitié ses émissions de CO2 d'ici 2050.

Au nombre des moyens pour y parvenir, on retrouve l’utilisation d'avions plus économes en carburant, des mesures comme la réduction du poids permis à bord et des améliorations technologiques comme des systèmes de gestion du trafic aérien plus modernes.

En 2016, les quelque 290 compagnies aériennes membres de l'OACI ont également adhéré au régime CORSIA, qui vise une croissance neutre en carbone à partir de 2020 dans le cadre d’un régime de compensation.

Tous les pays participants seront tenus de commencer à compenser toute croissance des émissions à partir des niveaux de 2019-2020 à partir de 2021. En tant que signataire du CORSIA, le Canada a commencé à surveiller et à vérifier les émissions des vols internationaux depuis le début de 2019.

Un parc d'éoliennes

Certains avancent que les programmes de compensation des émissions de gaz à effet de serre n'ont aucun effet sur les changements climatiques.

Photo : Reuters / Toby Melville

La compensation, ça fonctionne?

Il existe de nombreux programmes de compensation de ces émissions de gaz à effet de serre. Mais fonctionnent-ils réellement?

D’un côté, on dit qu’ils ne font rien pour réduire concrètement les émissions de carbone, alors que de l’autre, on avance que sans ces programmes, de nombreuses initiatives pour réduire le réchauffement climatique, comme la plantation d'arbres ou le développement de l'énergie éolienne et solaire, n'auraient jamais lieu.

Kathryn Ervine, professeure de l'Université Saint Mary's, à Halifax, a fait des recherches sur les compensations d’émissions. Pour elle, ces programmes ne sont pas utiles et ne sont qu’un moyen pour les compagnies aériennes et les voyageurs individuels de réduire leur culpabilité.

Sa suggestion? Trouvez une initiative verte qui fonctionne vraiment et contribuez-y financièrement.

Les compagnies aériennes font-elles quelque chose ?

De nombreuses compagnies aériennes encouragent les voyageurs à acheter des compensations de carbone ou encore à prendre des vols directs et à voyager plus léger, ce qui diminue le carburant utilisé.

KLM est allée plus loin en encourageant ses clients potentiels à envisager de voyager en train en soulignant que cela peut parfois être plus rapide.

British Airways a récemment annoncé son intention de compenser ses vols intérieurs à partir de l'année prochaine, après avoir été la première compagnie aérienne à s'engager à atteindre un niveau net de carbone zéro d'ici 2050.

Qantas s’est aussi engagée à devenir un émetteur net zéro d'ici 2050. Le transporteur national australien a déjà expérimenté le vol d'un avion entre Los Angeles et Melbourne en utilisant un biocarburant fait de graines de moutarde.

Nous savons maintenant que c’est possible, a déclaré le PDG Alan Joyce à l'Australian Broadcasting Corporation. Le défi est de le faire à l'échelle commerciale, a-t-il ajouté. Il faudra du temps pour y arriver.

D'autres compagnies aériennes – dont Air Canada – se sont engagées à utiliser des carburants plus durables.

Une taxe sur le carbone dans l'aviation

Pour certains pays européens, tout cela n'est pas suffisant.

Le transport est le seul secteur européen qui augmente actuellement ses émissions, de sorte que neuf pays de l'Union européenne (UE) – Pays-Bas, Allemagne, France, Suède, Italie, Belgique, Luxembourg, Danemark et Bulgarie – demandent la création d'une taxe aérienne.

Dans une lettre adressée à la future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, les ministres des Finances des pays concernés ont déclaré qu'une taxe sur l'aviation où le pollueur paie un prix plus juste pour l'utilisation du transport aérien est nécessaire pour combattre les changements climatiques.

Comparée à la plupart des autres moyens de transport, l'aviation n'est pas suffisamment chère, dit la lettre. La Commission européenne a indiqué qu'elle prévoyait de répondre d'ici la fin du mois de décembre.

Une femme prépare une cabine de classe affaires.

Des appels ont été lancés pour réduire les voyages en classe affaires pour des raisons environnementales.

Photo : Reuters / Edgar Su

Interdire la classe affaires?

Jozsef Varadi, directeur de la compagnie aérienne à rabais Wizz Airlines, demande l'interdiction de la classe affaires pour les vols de moins de cinq heures.

L’idée n’est pas entièrement nouvelle. En 2013, la Banque mondiale a étudié l'impact environnemental des vols en première classe et en classe affaires par rapport à la classe économique. Résultat? Les passagers qui payent davantage génèrent environ 3 % de plus d'émissions de carbone.

Puisque les sièges en classe affaires sont plus grands, ces sections logent moins de passagers, ce qui fait augmenter le carburant utilisé pour les faire voyager. Selon le calculateur de carbone en ligne myClimate, un vol aller-retour Toronto-Londres en classe économique produit 4,9 tonnes d'émissions de carbone. Le même voyage en classe affaires produit 9,5 tonnes.

Quel est l'avenir de l'aviation ?

En un mot : électrique. Partout dans le monde, des entreprises travaillent à la construction d'avions entièrement électriques.

La NASA, par exemple, participe à la recherche, au développement et aux essais de cette technologie depuis des décennies. Son but n'est pas de construire le premier avion de ligne commercial entièrement électrique – ou même un prototype –, mais plutôt d'aider la Federal Aviation Administration (FAA) à établir des normes pour le vol électrique.

Le premier avion entièrement électrique de la NASA – le X-57 Maxwell – est d’ailleurs arrivé à l'Armstrong Flight Research Center à Edwards, en Californie, début octobre.

Elle a d’ailleurs dévoilé, au début du mois de novembre, une première version de son premier avion expérimental entièrement électrique, le X-57 Maxwell.

Avant que les avions électriques ne commencent à voler partout, [la] FAA doit établir des normes de certification pour certains systèmes, a déclaré le porte-parole Matt Kamlet. Et notre but avec le X-57 est d'aider à établir ces normes.

Des années et des années de conception et de refonte du modèle ont été nécessaires, ainsi que l’expérimentation avec différentes sources d'énergie.

La NASA testera son avion électrique au sol au cours des six à huit prochains mois et effectuera son premier essai en vol avec équipage d'ici la fin de 2020.

Devrions-nous interdire l’avion pour se rendre à la COP25?

Non, croit Natalie Jones, chercheuse au Centre for Existential Risk de l'Université de Cambridge.

Puisque la conférence se tient en Espagne, des délégués de pays européens pourraient prendre le train et certains délégués de pays d'Afrique du Nord qui pourraient traverser la Méditerranée en bateau. Mais ceux qui sont les plus touchés par les changements climatiques resteraient sur la touche.

Une grande partie de l'Asie n’y serait probablement pas. Une grande partie des pays les plus pauvres non plus. Comment enverraient-ils des gens?

Peut-être par vidéoconférence? Dans de nombreux pays moins développés, la technologie n’est pas toujours fiable, explique l’experte. De plus, de nombreuses conversations importantes lors de conférences comme la COP se déroulent dans les couloirs, dans de petites salles ou même en ligne lors du repas.

On peut dire que ça tiendrait à l’écart ces gens de l’endroit où se trouve le réel pouvoir. Si vous n'êtes pas là, vos intérêts vont être piétinés, d'après Mme Jones.

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