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La pollution lumineuse des satellites cause des maux de tête aux astronomes

Les Perséides, une pluie de météores.

Les satellites se déplacent plus lentement, mais sur les images captées par certains télescopes ils ressemblent à ces météores.

Photo : Planétarium de Montréal/Sophie DesRosiers

Radio-Canada

La multiplication prévue du nombre de satellites privés en orbite autour de la Terre au cours des prochaines années cause des inquiétudes au sein de la communauté scientifique, qui peine de plus en plus à observer les astres lointains.

L’astronome Cliff Johnson de l’Université Northwestern, en Illinois, lève les yeux vers les étoiles nuit après nuit, mais il lui est de plus en plus difficile de les voir.

Dans la nuit du 18 novembre, le Dr Johnson était en quête de galaxies naines à l’aide de la caméra à énergie sombre de l’Observatoire interaméricain du Cerro Tololo, au Chili.

Cette caméra unique au monde sert à cartographier le ciel en captant la lumière émise par des objets distants sur une période de temps.

Elle utilise une méthode d’exposition longue pour y parvenir, à la manière d’un photographe voulant capter les traînées lumineuses laissées sur leur sillage par des voitures la nuit.

Ce que Cliff Johnson a vu ce soir-là ressemble un peu à ce genre de cliché.

Un assemblage de photos formant une carte d'une région de l'espace

Le passage des satellites a laissé de nombreuses traces rectilignes sur la carte céleste de Cliff Johnson.

Photo : Twitter/Cliff Johnson

Au début, j'essayais juste de comprendre ce que c'était. Et puis j'ai fait des liens et je me suis dit : " Ah oui, c'est probablement Starlink ".

Le projet d’internet satellitaire Starlink de l’entreprise SpaceX utilise une constellation de petits satellites œuvrant de concert. Les 122 premiers satellites ont quitté la Terre cette année.

À terme, l’entreprise américaine fondée par Elon Musk veut faire passer ce nombre à au moins 12 000 satellites, et elle aimerait bien qu’il grimpe à 42 000.

C’est huit fois le nombre de satellites présentement en orbite, en comptant ceux qui sont hors fonction.

60 de ces nouveaux satellites ont été lancés le 11 novembre. Ce sont eux qui ont gâché les observations de l’astronome, alors que ses collègues et lui se demandent de plus en plus comment ils pourront continuer d’observer ce qui se trouvera au-delà de l’orbite terrestre.

Image en noir et blanc montrant une filée de satellites aux airs de bombardement antiaérien.

Les astronomes de l'observatoire du Cerro Tololo n'avaient même pas besoin d'un télescope pour voir passer les satellites dans la nuit du 18 novembre.

Photo : Twitter/Clarae Martinez-Vazquez

C’est d’autant plus vrai que SpaceX n’est pas la seule entreprise qui ambitionne de conquérir le vide qui nous entoure. Amazon prévoit la mise en orbite de 3000 de ses propres appareils au cours des prochaines années. Boeing a des visées comparables.

Les gouvernements également contribuent à l’augmentation du nombre de machines en orbite. Le Canada a annoncé l’été dernier un investissement de 600 millions de dollars dans un système de 300 satellites de télécommunication dans le cadre d’un projet d’infrastructure internet.

Le premier lancement de 60 satellites par Space X, en mai dernier, avait déjà causé la consternation chez les astronomes. Ces appareils reflètent beaucoup la lumière, se sont plaintes des organisations américaines et internationales. Elon Musk, avait promis d’ajuster le tir.

Une photo du ciel bourrée de lignes blanches

Le lancement de 60 satellites en mai avait aussi gâché la nuit de certains astronomes. On voit 25 de ces satellites sur cette photo.

Photo : Observatoire Lowell/Victoria Girgis

C'était plutôt malchanceux, je pense, que nous ayons été en train de regarder exactement là où passaient les satellites, a indiqué le Dr Johnson à la CBC. C'était plutôt choquant de voir passer tous ces satellites devant notre webcam et de voir plus tard les traces sur l'image qu'on a prise.

Si ces traces sont si problématiques, c’est qu’elles cachent se qui se trouve derrière elles. Des données nécessaires pour réaliser des observations précises sont donc manquantes, ce qui complique le travail des astronomes.

Il y a des manières de combler ces manques de données, pour le moment, mais cela risque d’être de plus en plus compliqué avec l’augmentation du nombre de satellites en orbite. Des dizaines de milliers d’entre eux pourraient être une menace sérieuse pour l’avenir de l’astronomie.

Des experts de l’Union américaine d'astronomie tentent présentement de mesurer l’ampleur exacte des conséquences du projet Starlink sur l'astronomie professionnelle. Ils sont en contact avec SpaceX.

L’astronome Jeff Hall, de l’observatoire Lowell, est l’un de ces experts. Un effort sera requis à l’échelle internationale pour mieux encadrer la mise en orbite de satellites, estime-t-il, tout en indiquant qu’il est peut-être déjà trop tard.

Vous pourriez probablement faire valoir que, oui, le train a déjà quitté la gare, mais la situation est ce qu'elle est. Il faut regarder la réalité en face et s’y adapter du mieux qu’on peut.

Et il n’y a pas que l’observation visuelle du ciel qui est affectée.

Mary Beth Laychak, directrice du programme d’éducation grand public du Télescope Canada-France-Hawaii, s’inquiète pour d’autres champs de recherche en astronomie.

Bien que l'accent ait été mis en grande partie sur l'impact pour l'astronomie optique, je connais des astronomes qui travaillent avec les ondes submillimétriques (infrarouges) et les longueurs d'onde radio qui sont très préoccupés par l'impact sur leur travail, a-t-elle fait savoir dans un courriel après avoir été contactée par la CBC. Les satellites diffusent dans les longueurs d'onde auxquelles les radiotélescopes haute fréquence sont sensibles.

Aussi jointe par nos collègues de la CBC, SpaceX fait valoir qu’elle est en recherche de solutions avec les organisations concernées. Cela ne ne devrait pas l’empêcher de procéder au lancement, le mois prochain, de 60 autres satellites.

Avec des informations de la CBC

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