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Attention aux fausses croyances sur le rhume et la grippe

Il est parfois difficile de s’y retrouver parmi les remèdes qui affirment traiter les symptômes du rhume et de la grippe.

Une représentation du virus de la grippe.

Les fausses informations abondent en ce qui concerne le rhume et la grippe.

Photo : iStock

Bouchra Ouatik

Alors que la saison de la grippe est à nos portes, il peut être difficile de départager le vrai du faux pour savoir comment combattre ce virus. D’une part, la désinformation autour des vaccins suscite des craintes. D’autre part, de nombreux produits présentés comme des remèdes ne sont pas aussi efficaces que l’on croit.

Le vaccin demeure l’approche préconisée par les professionnels de la santé. Puisque des souches différentes de virus circulent chaque saison, le vaccin change lui aussi.

D’ailleurs, chaque campagne de vaccination s’accompagne d’une vague de désinformation. Un des mythes les plus courants entourant le vaccin contre la grippe est que l’on peut contracter le virus à cause du vaccin. Selon une étude menée en 2015, (Nouvelle fenêtre) 43 % des Américains y croyaient. Mais cette crainte est non fondée, puisque le vaccin contre la grippe contient une forme inactive du virus.

Selon le site de vérification Snopes (Nouvelle fenêtre), des légendes urbaines sur la grippe attribuent parfois faussement des vagues de décès à ce vaccin (Nouvelle fenêtre). Certains vont même jusqu’à prétendre que ce vaccin cause le cancer, une affirmation sans fondement scientifique.

Le vaccin contre la grippe peut toutefois avoir des effets secondaires (Nouvelle fenêtre), comme tous les vaccins, c’est pourquoi le gouvernement du Québec a mis sur pied un programme d’indemnisation à cet effet.

Une personne reçoit un vaccin contre la grippe.

Le vaccin contre la grippe est parfois la cible de désinformation.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Le pharmacien et vulgarisateur scientifique Olivier Bernard, mieux connu sous le nom du Pharmachien (Nouvelle fenêtre), pense que la réticence envers le vaccin contre la grippe est due à la confusion avec le rhume, une infection beaucoup moins grave.

Les gens vont dire : “J’ai eu la grippe, ce n’était pas si pire que ça”, mais la grippe, on n'a pas ça souvent dans notre vie. Moi, j’ai eu deux grippes dans ma vie, et je m’en souviens comme si c’était hier. [...] La grippe, c’est vraiment brutal.

Olivier Bernard, pharmacien

Il rappelle que la grippe peut être mortelle pour certaines personnes. « Il y a des gens pour qui se faire vacciner contre la grippe, c’est essentiel, ajoute Olivier Bernard. Une femme enceinte, une personne âgée, un enfant, une personne immunodéficiente. Eux, ils ont besoin d’être protégés. Si tu as une personne comme ça dans ton entourage, tu ne te fais pas juste vacciner pour toi, tu te fais vacciner pour elle aussi. »

Selon Alexandre Coutant, professeur au Département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la méfiance envers les vaccins découle de la relation que les gens entretiennent avec le système de santé. « Est-ce qu’on lui fait confiance ou pas? Est-ce qu’on est déjà défiant vis-à-vis du système de santé? Et puis, est-ce qu’on y a accès ou pas? » Plus cette relation de confiance s’effrite, ou plus l’accès aux soins est limité, plus les gens auront tendance à se tourner vers le web pour s’informer, d'après lui.

Alexandre Coutant est l’invité des Décrypteurs, présenté le vendredi à 20 h sur ICI RDI, en rediffusion le samedi à 11 h 30 et le dimanche à 16 h 30, et sur ICI TOU.TV (Nouvelle fenêtre).

Les produits naturels : une faible efficacité en prévention seulement

Une fois que les symptômes de la grippe ou du rhume apparaissent, bon nombre de gens sont tentés de se tourner vers des remèdes naturels, dans l’espoir d’accélérer la guérison.

Certains produits s’attribuent même le nom de « casse-grippe », une formulation qui « plaît à l’esprit », souligne le pharmacien Olivier Bernard, mais qui est trompeuse, selon lui.

Les casse-grippe, typiquement aujourd’hui, c’est principalement des casse-grippe homéopathiques, des trucs comme l’Oscillococcinum. Il n’y a aucune chance que ça puisse fonctionner.

Olivier Bernard, pharmacien

« Je trouve que c’est dangereux de dire des choses comme ça, considérant que la grippe, c’est une maladie grave », poursuit-il.

L’un de ces produits homéopathiques a d’ailleurs fait l’objet d’une action collective l’an dernier. Des experts consultés par l’émission La facture avaient conclu que ce produit ne contenait que du sucrose et du lactose.

Un autre produit naturel populaire pour la grippe, le Cold-FX, qui est à base de ginseng, promet de « réduire la fréquence, la gravité et la durée des symptômes du rhume et de la grippe. » Selon une enquête de l’émission Marketplace de CBC en 2012, ce produit avait un faible effet préventif s’il était pris régulièrement sur une longue période, mais il n’était pas prouvé qu’il pouvait avoir un effet une fois le virus attrapé. En 2016, un reportage du quotidien National Post dévoilait que le fabricant avait omis de divulguer les résultats d’une étude qui démontrait l’inefficacité de ce médicament contre le rhume et la grippe.

La compagnie Valeant Canada, qui fabrique le produit, avait été ciblée par un recours collectif, qui avait finalement été rejeté par la Cour d’appel de la Colombie-Britannique en 2018.

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Vitamines en pharmacie

Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Lapointe

Les suppléments de vitamine C sont également un remède populaire contre le rhume et la grippe, mais cela est basé sur une théorie non fondée popularisée par le chimiste Linus Pauling dans les années 1970.

Bien que Linus Pauling ait reçu deux fois le prix Nobel dans sa carrière, sa croyance que la vitamine C pouvait guérir le rhume a été maintes fois contredite par la science. Une analyse de plusieurs dizaines d’études scientifiques (Nouvelle fenêtre) a démontré que la prise de vitamine C après l’apparition des symptômes n’avait pas d’effet. Certaines études ont toutefois fait ressortir que des doses élevées de vitamine C pouvaient avoir un effet modeste sur la durée du rhume, si elles sont prises de façon régulière.

De manière générale, Olivier Bernard se méfie aussi des produits qui disent pouvoir stimuler le système immunitaire, une affirmation trop vague à son avis. « Le système immunitaire, c’est des milliers de différentes choses. Ce sont les globules blancs, mais aussi nos poumons, nos intestins, la thyroïde. [...] De dire qu’on peut stimuler le système immunitaire, un produit naturel qui me dit ça, moi, je réponds : “Attends un peu, qu’est-ce que tu stimules exactement?” »

Quant aux onguents, à base de menthol ou d’eucalyptus par exemple, M. Bernard souligne qu’aucun produit appliqué sur la peau ne peut aider à combattre un virus. Toutefois, ces produits peuvent offrir un soulagement temporaire. « Quand on les respire, ça vient désensibiliser la muqueuse nasale, respiratoire, temporairement, et on a l’impression de mieux respirer », explique-t-il.

Malgré les nombreuses études qui prouvent l’inefficacité de certains produits, ceux-ci demeurent populaires auprès du public. D'après le professeur en communication Alexandre Coutant, il peut être difficile de délaisser un produit que l’on utilise depuis longtemps.

« On a une expérience sensorielle de notre santé, explique-t-il. On a l’impression que tel produit nous fait du bien et l’on nous dit qu’en fait “non, ce n’est pas vrai”. C’est toujours un peu problématique de remettre en cause ce vécu sensoriel », souligne-t-il.

Les médicaments en vente libre : pas toujours efficaces

Dans le rayon des médicaments en vente libre, tous ne sont pas si efficaces que l’on croit, souligne Olivier Bernard, notamment le sirop contre la toux.

Pratiquement, tous les sirops qu’on a sur les tablettes sont complètement inefficaces.

Olivier Bernard, pharmacien

Une revue de 29 études sur les sirops contre la toux (Nouvelle fenêtre) a en effet montré qu’il n’y a pas de preuves claires de l’efficacité de ces produits. M. Bernard suggère plutôt de soulager une gorge irritée avec du miel.

Santé Canada déconseille aux enfants et aux adolescents de moins de 18 ans d'utiliser des produits contre la toux qui contiennent des opioïdes.

Du sirop contre la toux.

Photo : getty images/istockphoto / spukkato

Selon une étude menée par le médecin albertain Michael Allan (Nouvelle fenêtre) sur divers médicaments contre les symptômes du rhume, les seuls médicaments dont l’efficacité a été clairement établie sont les analgésiques, tels que l’ibuprofène et l’acétaminophène, afin de soulager la fièvre et les douleurs musculaires, ainsi que certains décongestionnants.

Que faire des « remèdes de grand-mère »?

Les remèdes traditionnels tels que des tisanes ou des soupes sont souvent prisés lorsqu’on a le rhume et la grippe. « Il y a même eu une époque où l’on croyait que la soupe poulet et nouilles avait des vertus carrément antivirales, ajoute Olivier Bernard. La vérité, c’est probablement que c’est juste le fait de boire un liquide chaud, ça vient liquéfier le mucus, ça fait en sorte qu’il y a une ouverture des voies respiratoires. »

« Si le remède de grand-mère, c’est "bois beaucoup d’eau, mets-toi du Vicks sur le cou avant de te coucher, et prends de la soupe poulet et nouilles", j’aime mieux que les gens fassent ça plutôt que d’aller à la pharmacie acheter un paquet de produits qui fonctionnent moyennement », dit le pharmacien.

Olivier Bernard souligne que ces remèdes ont aussi l’avantage de réhydrater le corps. « Quand on a la grippe, on se déshydrate vraiment beaucoup, dit-il. C’est sûr qu’il faut récupérer ce liquide-là en buvant beaucoup. »

Les professionnels de la santé recommandent d'ailleurs de consulter un médecin si les symptômes de la grippe durent plus de sept jours.

Avec la collaboration d’Alexis De Lancer

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