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Justin Trudeau à l’OTAN : 5 enjeux à surveiller

« On veut donner des victoires à Trump pour éviter à tout prix qu’il fasse une sortie extrêmement virulente envers les alliés lors du sommet. »

Plan rapproché de Justin Trudeau qu se gratte la tempe avec le pouce.

Le premier ministre du Canada Justin Trudeau

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Christian Noël

Justin Trudeau entreprend son premier voyage international depuis l’élection de son gouvernement minoritaire. Le premier ministre se rend au sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) à Londres afin de souligner le 70e anniversaire de sa création.

Mais une série de dossiers chauds, comme l’effritement de l’alliance, la menace russe et les problèmes de cybersécurité posés par la compagnie chinoise Huawei, risquent d’assombrir les célébrations.

Emmanuel Macron et Donald Trump, assis face à face.

Le président français Emmanuel Macron en entretien avec le président américain Donald Trump à l'Élysée le 10 novembre 2018.

Photo : Getty Images / AFP/SAUL LOEB

1. La mort cérébrale de l’OTAN

Le président français Emmanuel Macron dit qu’il a voulu tirer la sonnette d’alarme en clamant le mois dernier qu’on assistait à la mort cérébrale de l’OTAN.

Il visait notamment la baisse d’intérêt des États-Unis vis-à-vis de ses engagements internationaux et le rapprochement de la Turquie avec la Russie.

Le président Macron a exposé une certaine division au sein des pays membres de l’OTAN.

Justin Massie, professeur de science politique à l’UQAM

Le président Macron prône une plus grande indépendance militaire de l’Europe par rapport aux Américains.

Or, l’organisation militaire et diplomatique, fondée en 1949 pour unir les pays européens et nord-américains contre la menace de l’URSS, aurait plutôt besoin de s’unir face aux menaces de sécurité comme celles posées par la Russie et le terrorisme international, selon le professeur Massie.

Le premier ministre Justin Trudeau pourrait essayer de jouer le rôle de diplomate rassembleur cette semaine, selon une source gouvernementale.

Nous pouvons être le pont transatlantique entre les États-Unis et l’Europe, afin de défendre les intérêts de l’alliance.

Source gouvernementale.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, affirme quant à lui que la force de l’OTAN, c’est “un pour tous et tous pour un”, malgré nos différends.

Les deux hommes discutent assis dans des fauteuils.

Jens Stoltenberg et Justin Trudeau

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

2. L’humeur de Donald Trump

Donald Trump a insulté le premier ministre Trudeau à la sortie du Sommet du G7 à Charlevoix en 2018 et vilipendé la chancelière allemande à l’aube d’un sommet international l’été dernier.

Pour éviter les esclandres du président cette semaine sur le manque de contributions des pays de l’OTAN, le secrétaire général Jens Stoltenberg annonçait vendredi un partage plus équitable du fardeau otanesque.

Les alliés européens et canadiens ont augmenté leur contribution de centaines de millions de dollars depuis les dernières années, soulignait-il.

Juste avant de partir pour Londres, le président américain a donc pu annoncer fièrement qu’il réduisait de plusieurs millions de dollars la contribution des États-Unis à l’OTAN.

On veut donner des victoires au président Trump, pour éviter à tout prix qu’il fasse une sortie extrêmement virulente envers les alliés lors du sommet. On veut éviter ces signes de division.

Justin Massie, professeur de science politique à l’UQAM
Le logo Huawei sur l’édifice  d'une usine à Dongguan, dans la province de Guangdong.

Le logo Huawei sur l’édifice d'une usine à Dongguan, dans la province de Guangdong.

Photo : Reuters / Tyrone Siu

3. La cybersécurité et le 5G

Le déploiement de la technologie 5G est devenu un enjeu géopolitique en raison de l'importance prise par Huawei sur le marché des équipements de réseaux.

Il faut évaluer ce dossier délicat et important, affirmait Jens Stoltenberg ce printemps, tout en refusant de nommer explicitement le groupe chinois Huawei, cible de sanctions américaines.

Les membres de l’OTAN se consultent sur le volet sécuritaire des investissements dans les réseaux 5G et sur les conséquences du contrôle par des intérêts étrangers.

Tous les aspects de notre société civile sont touchés, mais également tous les aspects militaires. La résilience et la sécurité de ces systèmes 5G sont donc primordiales.

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN

Les membres de l’OTAN pourraient s’entendre pour mettre sur pied une initiative afin de mieux en saisir les enjeux stratégiques.

Malgré les pressions américaines, le Canada n’a pas encore décidé s’il allait permettre ou non à Huawei d’établir sa technologie 5G au pays.

Mais un porte-parole affirme qu’il faut porter une attention particulière à la cyberdéfense, à la technologie et à la sécurité des réseaux cellulaires au sein de l’OTAN.

Des véhicules militaires transportent des soldats canadiens

Des soldats canadiens lors d’un exercice militaire en Lettonie, en 2018

Photo : Reuters / Ints Kalnins

4. La contribution du Canada

Un des défis des États membres cette semaine sera de démontrer qu’ils sont politiquement unis face à la Russie, malgré les tensions au sein de l’organisation. Et de prouver que l’OTAN possède une capacité de déploiement militaire rapide et suffisante pour répondre à une agression potentielle.

Le Canada reconnaît déjà qu’il ne répondra pas à la demande de l’OTAN de contribuer à hauteur de 2 % de son PIB à ses dépenses militaires d’ici 2024.

L’important, ce n’est pas le montant, c’est la qualité de la contribution aux missions de l’alliance, lance une source gouvernementale. « Il ne faut pas oublier que nos soldats qui participent aux missions de l'OTAN doivent traverser l'Atlantique, contrairement à nos alliés européens qui peuvent visiter leur famille les fins de semaine, même durant leur déploiement. »

Ottawa prévoit tout de même une augmentation de ses budgets en Défense pour les quatre prochaines années.

L’OTAN essaie également de mettre sur pied un réseau de réponse rapide à une agression militaire, intitulé le 30-30-30-30. L’alliance veut que les pays membres puissent déployer, d’ici 2020 :

  • 30 bataillons mécanisés
  • 30 escadrons d'avions de combat
  • 30 navires de guerre
  • en 30 jours ou moins

Cependant, il est peu probable que le Canada y apporte une contribution significative, selon de nombreux experts.

Au-delà des mots, il va être difficile pour le premier ministre Trudeau de proposer un autre engagement phare de la part du Canada.

Justin Massie, professeur de science politique à l’UQAM

En situation minoritaire, je ne peux pas voir le gouvernement se décider à augmenter les budgets militaires, ajoute le professeur Eric Ouellet, professeur au Collège des Forces canadiennes de Toronto.

Une rencontre au Kremlin en avril 2019

Le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue russe Vladimir Poutine

Photo : Associated Press / Maxim Shipenkov

5. La Turquie, mouton noir de l’OTAN

Plusieurs membres de l’OTAN s’inquiètent de l’achat de matériel militaire russe par la Turquie.

Le pays s’est doté en 2018 d’un système de défense antimissile qui doit être maintenu par des techniciens russes.

Le système n’a pas encore été activé par les Turcs.

C’est une menace concrète et réelle, selon Eric Ouellet.

Ça sous-entend que le système russe des Turcs serait branché sur le réseau de renseignements de l’OTAN. La porte serait grande ouverte pour faire de l’espionnage par la Russie. C’est tout à fait problématique.

Eric Ouellet, professeur au Collège des Forces canadiennes de Toronto

D’ailleurs, les États-Unis protestent contre l’achat de cette technologie russe en refusant de livrer à la Turquie des centaines d’avions de chasse F-35.

Un général français à la retraite estimait récemment que l'évolution de la Turquie représente une menace existentielle pour l'OTAN, une corrosion de l'intérieur.

Le Canada n’a pas l'intention de commenter l'achat d'équipement militaire d'un autre pays membre ni les conséquences possibles pour l'unité de l'OTAN.

À ce sujet, la France et la Turquie ont entrepris une guerre de mots dans les semaines menant au sommet de l’OTAN. Les deux pays s’accusent mutuellement de laxisme face au terrorisme.

Le premier ministre de la Turquie s’est même demandé en point de presse si le président Macron était en état de mort cérébrale.

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