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L’opération de séduction du Manitoba intéresse des Québécoises musulmanes

Portrait de Seeba Chaachouh, portant un foulard, dans la rue.

Seeba Chaachouh est étudiante en droit à Montréal et a été séduite par la publicité du Manitoba.

Photo : Radio-Canada / Alison Northcott

Radio-Canada

Plusieurs femmes musulmanes installées au Québec voient d’un bon œil la publicité du premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, visant à inciter les personnes touchées par la Loi sur la laïcité de l'État du Québec à venir travailler dans sa province.

La campagne de communication lancée jeudi courtise les Québécois qui se sentent discriminés par la loi sur la laïcité interdisant les signes religieux pour les employés de l’État en position d’autorité. En référence à la Loi, communément appelée loi 21, la publicité énumère 21 raisons de s’établir au Manitoba.

Seeba Chaachouh, une musulmane voilée, est en troisième année de droit à l’Université McGill, à Montréal. Selon elle, depuis l’adoption de la loi, ses perspectives d'avenir se sont rétrécies considérablement. Selon les dispositions de la loi 21, elle devrait retirer son voile si elle voulait devenir juge ou procureure de la Couronne.

La femme de 24 ans sait que cette invitation du Manitoba ne veut pas dire qu’elle ne subira aucune discrimination. Elle trouve néanmoins encourageante la prise de position de Brian Pallister contre la loi, alors que le gouvernement fédéral reste réservé sur le sujet.

Au Québec, cette campagne a été critiquée par le premier ministre François Legault, qui y voit une ruse politique et répète que la loi a été décidée par les Québécois et par les Québécois seulement.

L’appel des Prairies

Pourquoi n’irais-je pas à un endroit où je me sens bienvenue, demande Seeba Chaachouh. Selon elle, l’opération de communication du premier ministre manitobain va au-delà de la simple manœuvre politique. Quitter le Québec après son diplôme est devenu une option qu’elle étudie de plus en plus sérieusement.

Je sais que, si je vais là-bas, ils regarderont mes compétences plus que ce que je porte sur la tête.

Seeba Chaachouh, étudiante québécoise

Même constat pour Shahad Salman, une avocate en relations publiques de Montréal. Elle a trouvé amusant le clin d’œil entre la loi et les 21 raisons de venir au Manitoba. À 32 ans, elle envisage aussi de quitter la Belle Province, mais aurait préféré ne pas avoir de loi 21.

Toutefois, les mouvements entre les deux provinces ne sont pas légion. En 2018-2019, seulement 341 personnes ont quitté le Québec pour s'établir au Manitoba, et 799 autres ont fait le chemin inverse.

Pour certaines, le combat continue

Noor Farhat est une jeune diplômée en droit criminel engagée dans un des combats judiciaires menés contre la loi. Elle n’a pas l’intention de quitter Montréal même si l’appel de Brian Pallister est pour elle une bouffée d’air pour celle qui croit que la Loi sur la laïcité de l'État a brisé son rêve de devenir procureure de la Couronne.

Pourquoi est-ce qu je ne peux pas être cette personne ici, là où je suis née et où j’ai grandi? Pourquoi devrais-je aller de l’autre côté du pays pour réaliser mon rêve?

Noor Farhat, diplômée en droit criminel
Noor Farhat assise à un bureau.

Noor Farhat vient d'obtenir son diplôme en droit criminel. Elle a 28 ans et souhaite rester au Québec.

Photo :  CBC

Les opposants à la loi sur la laïcité de l’État ont plaidé leur cause mardi matin à la Cour d’appel du Québec. Selon eux, cette loi cause des dégâts immédiats et irréparables.

Définition : la Loi sur la laïcité de l’État

La Loi sur la laïcité de l’État prévoit que toutes les institutions parlementaires, gouvernementales et judiciaires du Québec devront respecter les principes de la séparation de l’État et des religions. Le texte réitère aussi la neutralité religieuse de l’État québécois, l’égalité de tous les citoyens et les libertés de conscience et de religion pour chacun.

La loi prévoit notamment l’interdiction du port de signes religieux chez les employés de l’État en position de coercition (juges, policiers, procureurs, gardiens de prison) et d’autres employés de l’État, essentiellement les enseignants des écoles primaires et secondaires du réseau public et les directeurs d’école.

Pour répondre aux inquiétudes exprimées par les employés de l'État qui portent déjà des signes religieux, notamment les enseignantes musulmanes qui portent le voile, la loi est assortie d’une clause protégeant leurs droits acquis en date du 27 mars 2019, à condition qu’ils conservent la même fonction dans une même organisation.

La Loi sur la laïcité de l’État comprend aussi des dispositions de dérogation pour la soustraire à des articles des chartes canadienne et québécoise des droits et libertés. La charte québécoise a, en outre, été modifiée afin qu’elle stipule « que les libertés et droits fondamentaux doivent s’exercer dans le respect de la laïcité de l’État ».

La loi prévoit également que tous les services gouvernementaux doivent être offerts à visage découvert. Ils doivent aussi être reçus à visage découvert lorsque cela est nécessaire à des fins d’identification ou pour des motifs de sécurité. Aucun accommodement raisonnable ne peut être demandé pour contourner cette obligation, est-il précisé.

La Loi sur la laïcité de l'État n’inclut aucune sanction pénale ni monétaire pour les contrevenants.

Avec les informations de Benjamin Shingler

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