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chronique

Acheter à l'ère de l'intelligence artificielle

Une femme fait un achat en ligne.

Nous sommes de plus en plus nombreux à faire nos achats en ligne

Photo : iStock

Jean-Marie Yambayamba

C'est le lendemain du Vendredi fou et il faut le souligner, nos habitudes d'achat sont inexorablement en train de changer. Difficile de ne pas l'admettre : l'achat en ligne et l'achat libre-service gagnent du terrain. Ces tendances qui exploitent Internet et l'intelligence artificielle n'évoluent pas cependant sans soulever des appréhensions et des inquiétudes.

Magasiner et payer en ligne

J'effectue de nombreuses transactions en ligne et depuis quelques mois, ma famille multiplie les achats en ligne, se faisant souvent livrer des produits fabriqués en Chine. Souliers, vêtements, appareils électroniques, tout paraît y passer.

Achat en ligne ou en libre service, les changements s'accélèrent. Depuis six mois, on remarque que l'utilisation de l'intelligence artificielle au détail est de plus en plus visible et évidente. Les détaillants semblent nous comprendre mieux que nous ne nous comprenons nous-mêmes, observe Sylvain Charlebois, directeur scientifique du laboratoire en science analytique agroalimentaire de l'Université Dalhousie, à Halifax.

Le professeur Sylvain Charlebois, scientifique du laboratoire en science analytique agroalimentaire de l'Université Dalhousie, à Halifax.

Le professeur Sylvain Charlebois, scientifique du laboratoire en science analytique agroalimentaire de l'Université Dalhousie, à Halifax.

Photo : Sylvain Charlebois

Acheteurs autonomes

Friands des données qu'ils accumulent pour mieux nous identifier et comprendre notre comportement, les vendeurs en ligne et les détaillants nous entraînent par anticipation en ajustant leur offre en conséquence.

Les détaillants veulent anticiper nos faits et gestes lorsque nous visitons un magasin, mais aussi lorsque nous visitons un site Internet, poursuit le spécialiste.

Amazon est allé plus loin en exploitant une technologie coûteuse à base de lecteurs optiques à travers sa chaîne Amazon Go.

Le but de ce système est d'attirer des clients dans 18 magasins de proximité à Chicago, San Francisco, New York et Seattle, aux États-Unis.

Ce modèle permet au client de contourner le caissier et de payer automatiquement après avoir choisi ses produits, si son compte bancaire est pré-enregistré pour le magasin visité. Amazon envisage d'ouvrir 3000 de ce type de magasins au cours des prochaines années.

De son côté, Sobeys a lancé un projet pilote moins complexe qui utilise les «smarts carts» du fabricant américain Caper à l'intérieur de son magasin d'Oakville, en Ontario. Ces chariots intelligents équipés d'un GPS sont censés assister le client pendant sa visite.

Dès qu'on accumule des produits, tout est calculé à l'avance, on n'a pas besoin d'attendre en ligne pour payer ou même être assisté par un préposé et l'argent est déduit de notre compte automatiquement, explique Sylvain Charlebois.

Un employé prépare une boîte.

Un centre de distribution d'Amazon Canada à Brampton, en Ontario.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Expérience recherchée?

Ces solutions de facilité me séduisent parfois en situation d'urgence, dans cette vie à la course pour laquelle le français Pierre Béarn a inventé l'expression métro, boulot, dodo dans un vers écrit en 1951.

Selon Sylvain Charlebois, ce n'est pas seulement parce qu'on est pressés : de plus en plus de gens vont acheter des produits peut-être pour les deux prochains repas et retourner au magasin. Dans les grandes villes, certains consommateurs vont y retourner deux fois par jour.

Les uns iront en ligne pour gagner du temps; d'autres, pour passer leur temps en explorant de nouvelles idées ou en découvrant de nouveaux produits. C'est une question d'objectif et de personnalité...

Ne perdons pas cependant de vue que ce n'est pas tout le monde qui est prêt à embarquer dans ces technologies d'achat. Les fournisseurs doivent laisser une fenêtre à ceux pour qui Internet, l'achat en ligne, l'achat intelligent, voire la carte bancaire gardent encore tous leurs mystères.

Produits et commerçants locaux en danger?

Je me rappelle encore ces années où nos familles avaient leurs habitudes avec le fermier, l'épicier, le boulanger ou le commerçant du coin. Ces fournisseurs de proximité dont nous apprécions l'authenticité et l'humanité avaient déjà commencé à perdre du terrain avec l'apparition et la multiplication des magasins grande surface et des centres commerciaux.

Avec Internet et le recours à l'intelligence artificielle, le marché est devenu encore plus dynamique et la situation ne risque pas de s'améliorer pour les petits producteurs et détaillants locaux.

Je crains que ce modèle finisse par balayer la proximité et la chaleur humaine qui ont fait tant de bien à nos expériences d'achat, il n'y a pas si longtemps. C'est pour cette raison que je salue l'aide des gouvernements et les campagnes qui visent à protéger les productions et les commerces locaux, faire leur promotion et les rendre disponibles dans un marché où la concurrence joue à fond.

Une femme marche devant une vitrine de magasin où sont affichés des soldes.

Les soldes du Vendredi fou marquent le début de la saison des achats du temps des Fêtes pour les commerçants.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Prix attrayants?

Ces efforts doivent aussi être à la hauteur d'un autre défi : le prix habituellement attrayant de produits à l'importation qui sont de plus en plus facilement livrés.

Le consommateur pressé se fera généralement prendre à ce genre d'offres, mais pour apprécier la qualité, il va falloir parfois se permettre un effort supplémentaire : palper les produits avec nos sens physiques, vérifier de près de quoi ils sont vraiment faits.

On veut savoir d'où viennent les ingrédients et comment les produits ont été faits. Tout ça doit se payer quand même, concède Sylvain Charlebois.

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