•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Santé mentale chez les jeunes : un système qui peine à répondre à la tâche

« "Moi, c'était pas comme ça..." On ne peut plus dire ça en tant que parents, parce que ça a trop changé. »

La santé mentale des jeunes aux Canada sous la loupe.

Photo : Getty Images / AngiePhotos

Radio-Canada

Au Nouveau-Brunswick, les besoins en santé mentale pour les jeunes ne cessent de croître, mais les ressources ne suffisent pas devant l’ampleur de cette tâche. Dans le système scolaire public, un élève peut attendre jusqu’à deux ans avant de recevoir une évaluation psychologique.

Si le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance ne se prononce pas sur la durée moyenne de cette attente, il confirme néanmoins que 875 enfants et adolescents du réseau public sont inscrits sur la liste d’attente pour recevoir une évaluation psychologique.

Il y a 57 psychologues scolaires et 139 travailleurs sociaux dans les écoles publiques, indiquent les autorités provinciales. Une pénurie de psychologues exacerbe les pressions sur le système.

Dans le privé, l’attente peut être de trois à six mois. Le coût des consultations et les couvertures d’assurance limitées écourtent parfois la durée du suivi.

Un malaise « très profond chez les enfants »

La Dre Élaine Deschênes, pédiatre sociale dans les écoles, s’inquiète. Malgré le dévouement des intervenants et les bonnes intentions, le système peine à s’adapter à une tâche qui se révèle de plus en plus complexe et à s’en acquitter.

Dre Élaine Deschênes, pédiatre sociale.

La Dre Élaine Deschênes, pédiatre sociale

Photo : Radio-Canada

Ces 10 dernières années, la pratique de la pédiatrie a changé, explique-t-elle.

Au départ, c'étaient des problèmes purement médicaux, dit la spécialiste qui compte une vingtaine d’années d’expérience, mais de plus en plus, ce qu'on voit, c'est quelque chose qui touche le bien-être des enfants. On voit qu'il y a un mal-être. Et ça, on le voit tant dans les classes plus défavorisées que dans les classes sociales favorisées.

Maux de ventre et maux de tête, insomnie, automutilation, troubles alimentaires, pauvre estime de soi, absentéisme, on est intimidateur ou intimidé : la liste des signes et des symptômes est longue et diverse, et quand on prend la peine de questionner, on s'aperçoit que ce n'est pas purement médical, au [sens] traditionnel, souligne la pédiatre.

Le développement des 10, 20 dernières années au niveau technologique a fait que tout va beaucoup plus vite en termes de connaissances, beaucoup plus vite en termes d'afficher les désastres mondiaux. Nos enfants sont conscients de ça, et on ne les outille pas beaucoup face à ça, avance la Dre Deschênes.

« On ne peut plus dire ça en tant que parents, parce que ça a trop changé »

Certains enfants savent reconnaître leurs problèmes et vont demander de l’aide, souligne-t-elle. Est-ce que c'est bien entendu? Ça, c'est une autre question.

"Ben non", "Moi, c'était pas comme ça..." on ne peut plus dire ça en tant que parents, parce que ça a trop changé. La réalité de nos enfants d'aujourd'hui est vraiment différente de celle que nous on a connue. Alors que quelques générations avant, c'était assez similaire; il y avait des petits changements mais les systèmes arrivaient à s'adapter et à répondre aux besoins des enfants. Maintenant, la réalité est tellement différente, et nos systèmes, qui sont lourds, qui ont des merveilleuses volontés et qui font de belles choses, n'arrivent pas à suivre les besoins des enfants.

La pédiatre met en garde contre la tentation de désigner un bouc émissaire. On a l'habitude de simplifier les choses, dit Élaine Deschênes, alors qu’à son avis, c’est une confluence de facteurs qui amène un malaise très, très, très profond chez les enfants.

Il faut aller un petit peu plus grand. Il faut regarder les déterminants de la santé, dans quel environnement qu'il vit, donc la famille. La famille vit sous quelle pression, elle, dans quelle communauté?, poursuit-elle.

Peut-être qu'il faut regarder différemment les choses, parce que nos ressources ont de la difficulté à adresser les problèmes.

La Dre Élaine Deschênes, pédiatre

La Dre Deschênes s’inquiète pour l’avenir de ces jeunes. Bien sûr, le système accorde la priorité aux cas d’urgence, mais ceux qui sont plus légers vont devenir sévères si on ne s’en occupe pas.

Au ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, on souligne que 875 enfants en attente d’une évaluation psychologique équivalent à moins de 1 % d’une population scolaire d’environ 97 000 élèves.

[L]es écoles ne se contentent pas d’attendre les évaluations, mais interviennent auprès des élèves qui sont sur la liste d’attente pour leur fournir un soutien adéquat afin de répondre à leurs besoins particuliers, écrit Benoît A. Lanteigne, agent des communications du ministère.

Selon le Conseil de la santé du Nouveau-Brunswick, de plus en plus d'élèves dans la province signalent des symptômes d'anxiété ou de dépression.

Après avoir sondé 39 000 élèves de la 6e à la 12e année qui fréquentent 187 écoles publiques et 2 écoles des communautés autochtones, l’organisme indique que c’est près d’un jeune sur deux qui a signalé de tels symptômes durant la période 2018-2019, soit 8 % de plus que lors du sondage similaire réalisé trois ans plus tôt.

D’après le reportage de Marielle Guimond

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Nouveau-Brunswick

Santé mentale