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analyse

Les cycles économiques ne meurent pas de vieillesse

Le cycle de croissance économique actuel dure depuis 124 mois et tout indique qu'il pourrait se poursuivre.

Un dollars américains et en yuan chinois

La croissance économique a tout de même ralenti en raison des tensions commerciales grandissantes entre les États-Unis et la Chine.

Photo : Reuters / Petar Kudjundzic

Gérald Fillion

Depuis 1854, jamais le cycle économique n’a été aussi long aux États-Unis. Selon le National Bureau of Economic Research (NBER), le cycle actuel dure depuis 124 mois, soit 10 ans et 4 mois de croissance économique sans interruption. Et tout indique que cela pourrait se poursuivre… ce qui ne va pas déplaire au président Trump, à moins d’un an des élections.

Selon Desjardins, depuis 1945, le cycle moyen de croissance est de 58,4 mois. Le cycle actuel est donc largement plus long que la moyenne et il faut remonter à avant Abraham Lincoln, qui a été président de 1861 à 1865, pour trouver une période de prospérité aussi longue!

La croissance totale du produit intérieur brut (PIB) réel aux États-Unis a été de 26,4 % depuis juillet 2009, soit le début du cycle économique actuel, avec un ajout net de 21 572 000 emplois. Le taux de chômage est tombé à son plus bas depuis 1969, à 3,5 %.

La durée de la croissance de la dernière décennie est exceptionnelle. Mais peut-elle encore durer longtemps? Est-ce qu’une récession va nécessairement survenir? Je crois qu’il s’agit d’un mythe de penser que les phases d’expansion meurent de vieillesse, disait Janet Yellen en 2015, alors présidente de la Réserve fédérale américaine (Fed).

Il y a quand même un peu de nervosité dans l’air, on la ressent depuis un an environ. On l’a constaté avec la chute boursière du 4e trimestre 2018, avec l’inversion de la courbe de rendement sur les marchés obligataires l’été dernier. Et une nouvelle mesure intéresse également les économistes : le nombre de recherches sur la plateforme Google avec le mot « récession ». On a atteint un sommet de recherche avec ce terme en août 2019.

Néanmoins, selon Desjardins, la croissance américaine demeure près de son potentiel, à 2,1 %, avec un niveau de consommation élevé et une bonne confiance des ménages. Pourquoi? Parce que les taux d’intérêt demeurent faibles, les baisses d’impôt de 2017 et la hausse des dépenses gouvernementales tendent à soutenir la croissance, ne serait-ce que temporairement.

Cela dit, les tensions commerciales grandissantes entre les États-Unis et la Chine ont entraîné un ralentissement économique mondial. La hausse des taux à la Réserve fédérale en 2018 a aussi eu un effet décélérateur sur l’économie. Et puis, au-delà du commerce, écrivent les économistes de Desjardins, la gestion plutôt chaotique des politiques publiques fédérales (paralysie partielle de l'État de 2018-2019, immigration, santé, environnement, pressions sur la Fed, etc.) de la part de la Maison-Blanche alimente aussi les incertitudes.

Desjardins utilise une grille de 18 indicateurs pour tenter de prévoir les épisodes de ralentissement ou de décroissance. Cette grille s’appuie sur les catégories utilisées par le NBER pour déterminer les dates des cycles économiques et plusieurs indicateurs économiques. En février 2008, quelques mois avant l’effondrement du secteur financier et le début de la grande récession, Desjardins écrivait, en s’appuyant sur sa grille, que les risques de connaître une décroissance de l’activité économique américaine, donc du PIB réel, au cours des deux premiers trimestres [de 2008] sont très élevés. Sur les 18 indicateurs, 10 signalaient une récession.

Aujourd’hui, Desjardins fait l’analyse suivante : Le nombre d’indicateurs donnant un signal de récession a commencé à augmenter à l’hiver dernier. Il est toutefois demeuré relativement modeste et a culminé à cinq en avril. Il est ensuite descendu pour revenir à deux à la fin de l’été. En octobre, ce sont 4 indicateurs sur les 14 maintenant disponibles qui ont donné un signal de récession.

La production industrielle est particulièrement touchée, essentiellement par la politique des tarifs douaniers de l’administration Trump. L’indice ISM manufacturier signale aussi une récession. Mais, pour le reste, les signaux de récession demeurent faibles. Somme toute, écrit Francis Généreux, peu d’indicateurs suggèrent un revers soudain de la conjoncture. L’économie américaine ne semble donc pas tomber en récession de façon imminente.

La Réserve fédérale demeure en alerte. Une entente commerciale entre les États-Unis et la Chine demeure possible et le président promet une nouvelle baisse d’impôt pour 2020. Il y a des fragilités, il y a des incertitudes, mais l’économie américaine est résiliente. Et, au rythme où vont les choses, Donald Trump pourrait voguer jusqu’aux élections avec une économie relativement solide. Et c’est tout à son avantage.

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