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Succéder à Uderzo et Goscinny, tout un défi, par Toutatis!

Les deux hommes entourent une représentation grandeur nature d'Astérix.

Les deux créateurs d'Astérix, Albert Uderzo et René Goscinny, le 16 novembre 1967

Photo : AFP/Getty Images / -

Radio-Canada

Avec son complice Jean-Yves Ferri, le dessinateur Didier Conrad a repris le flambeau des géants Albert Uderzo et René Goscinny, à qui l’on doit l’existence du célèbre Astérix et des irréductibles Gaulois. Le retentissement que connaît actuellement La fille de Vercingétorix, le 38e album de la série de bande dessinée, laisse croire aux deux hommes qu’ils pourraient connaître autant de succès que leurs prédécesseurs… mais à la sueur de leur front.

Plutôt difficile de chausser d’aussi grands souliers que ceux du dessinateur Albert Uderzo, admet Didier Conrad, en entrevue avec la chroniqueuse culturelle à l’émission Le 15-18, Catherine Richer.

Même s’il vient de cosigner un quatrième album avec Jean-Yves Ferri au scénario, il explique qu’il aura fallu tout un processus de « passation des pouvoirs » au moment où Uderzo, en 2011, a pris la décision de quitter la planche à dessin.

D’abord, une dizaine de personnes ont été considérées et ont dû présenter des projets pour évaluer leur capacité à remplir le rôle qui était au départ assumé par le regretté René Goscinny. C'est Albert Uderzo lui-même, Anne Goscinny et l'éditeur qui ont choisi Jean-Yves Ferri, à l'aveugle et à l’unanimité, après avoir lu les textes qui leur avaient été présentés.

Ce qu'il faut aussi dire, c'est qu'il n’était pas du tout question du travail de Didier Conrad, au départ, dans cette nouvelle ère d'Astérix. Albert Uderzo avait déjà choisi son assistant personnel pour le remplacer. Ce dernier réalisait les ancrages depuis plusieurs années et avait été pressenti par son maître pour travailler sur l’album Astérix chez les Pictes. « Malheureusement, ce dessinateur-là n'était pas un professionnel de la bande dessinée, soutient Didier Conrad. Il savait à la fois dessiner et créer, mais il ne savait pas mettre en images. Ça, c’est un tout autre métier. »

L’éditeur de la série est donc parti à la recherche d’une perle rare pour remplir les planches.

« Comme d’autres dessinateurs contactés [pour des tests], j’ai dû faire des dessins de personnages d’Astérix dans des positions différentes pour ne pas que ce soit des copies… J’ai aussi dû faire une demi-page complète à partir d’un scénario original de Jean-Yves. Et vu que j’étais pratiquement le seul à avoir fini ça dans les délais, dans quelque chose de présentable, c’est moi qui ai été choisi par défaut », affirme Didier Conrad en rigolant, bien modeste devant cet honneur.

« Un cadeau de Damoclès »

Au moment où il a appris qu’il était sélectionné pour reprendre le travail d’un des monstres sacrés de la bande dessinée – toujours vivant, de surcroît –, on a annoncé à l’artiste qu’il disposait de huit mois pour créer un album. Une période plutôt courte pour réaliser une bande dessinée aussi attendue.

Ç'a été à la fois un plaisir d’être choisi, une satisfaction de pouvoir faire ça – c’est quand même un rêve d’enfant – et à la fois une épreuve. Je devais apprendre le style, et comme je n’étais pas Uderzo, il y avait toujours des retouches à faire. J’ai pris six mois pour récupérer!

Didier Conrad, dessinateur

C’était donc une charge de stress immense que d’avoir le privilège d’être le dessinateur officiel de la bande dessinée culte, concède Didier Conrad, « plutôt qu’une épée de Damoclès, c’était un cadeau de Damoclès! », s’amuse-t-il à dire.

Uderzo derrière l’épaule

À part être au fait du travail de l’un et de l’autre, Didier Conrad a expliqué en entrevue que son collègue Jean-Yves Ferri et lui ne se connaissaient pas personnellement avant de travailler ensemble sur la série Astérix. L’occasion pour le duo de bâtir, à la fois dans la tradition et dans le renouveau, la suite d’une complicité entre artistes pour une série internationalement acclamée.

Mais Didier Conrad, bien conscient de l’essence d’Astérix, admet qu’il est parfois difficile de crayonner au su et au vu d’Albert Uderzo. Une pression qu’il avoue se mettre lui-même.

« C'est une relation assez distante et épisodique, parce qu'en fait, je le vois une fois tous les deux ans. Il avait besoin de quelqu'un qui puisse faire cette reprise, sans avoir besoin d'être tenu par la main tout le long. Donc ça doit être assumé », soutient le dessinateur.

Pour le premier album de la nouvelle mouture, Albert Uderzo a toutefois fait à Didier Conrad quelques critiques. Mais le successeur aux dessins a considéré ces remarques comme une sorte de classe de maître, une critique constructive. « J'ai récupéré tout ça et j'en avais bien besoin, parce que je n'avais pas vraiment le temps de faire du travail de création. Je devais surtout produire et assimiler le style. »

Depuis, la dynamique s'est installée et la confiance y est, assure l'artiste.

Didier Conrad estime que le plus important, c’est de garder en tête pendant la production que son complice et lui ne sont pas les créateurs de la série. Et que malgré leur vision respective et les remises en doute, c’est avant tout la quintessence d’Astérix qui prime.

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