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Histoire d'amour sans eau ni toilette à Saint-Ferréol-les-Neiges

Jérémy Wauquiez doit puiser et porter lui-même chaque goutte que lui et sa conjointe consomment.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Sébastien Tanguay
Mis à jour le 

Loin des sentiers battus, perdu dans un rang de Saint-Ferréol-les-Neiges, un jeune couple vit avec 200 $ par mois, sans eau courante ni chauffage électrique. Jérémy Wauquiez et Meilinda Guillen Fancsali ont choisi de vivre à l'ancienne... sans toutefois bouder certains plaisirs de la vie moderne.

Lui portait l’uniforme kaki dans les gares de Paris. Ancien soldat affecté à la lutte contre le terrorisme, Jérémy a grandi dans le XVIe arrondissement, parmi les ambassades et les consulats, au milieu de l'opulence et du confort.

Elle vivait à Ottawa, rythmée par le 9 à 5 des fonctionnaires. Études de psychologie dont elle n’avait plus envie, crise d’anxiété, besoin d’évasion : Meilinda a trouvé le chalet de Jérémy en janvier dernier sur Airbnb.

À 200 $ par mois, elle pensait trouver une bonne affaire. C’est l’amour, finalement, qui l’attendait.

Elle n’est jamais repartie.

Meilinda Fancsali écrit sur le canapé de sa maison, à côté du poêle à bois.

Meilinda Fancsali a retrouvé le goût de l'écriture en quittant Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Pourtant, leur maison n’a pas d’eau courante : chaque goutte doit être puisée à quelques kilomètres de la maison.

L’isolation du chalet est sommaire. Le chauffage provient du poêle à bois.

Meilinda dispose d'une petite toilette portative pour les pipis. Pour le reste, il faut se rendre dans la forêt.

J'ai un petit siège en plastique pour faire mes besoins la nuit et la journée, je vais dehors. Ça, c'est un peu difficile, mais ce n'est pas trop grand comme sacrifice pour être ici, dit-elle.

Une série de bidons d'eau debout contre le mur avec, au bout, une toilette portative en plastique blanc.

Pour faire ses besoins, Meilinda dispose d'une toilette portative, qu'elle remplit à l'aide de l'eau entreposée dans des bidons.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Libres de dettes et d'hypothèque

Malgré sa rusticité, leur cabane au Canada vaut, à leurs yeux, toutes les dorures de Versailles.

Je suis libre, dit Jérémy. Je n’ai pas de menottes qui m’obligent à rester, à travailler, à payer des emprunts et des marges de crédit.

Il a trouvé son château sur Kijiji il y a deux ans, pour 30 000 $. Depuis, il a su le meubler sans rien dépenser.

Une maison à la façade de bardeaux défraîchie se dresse au milieu de la forêt en hiver, des glaçons glissant le long de son toit escarpé.

La maison que Jérémy a achetée comptant sur Kijiji.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Je récupère ce que les gens me donnent ou ce qu’ils jettent, explique-t-il en sirotant un café venant de sa Keurig retapée, le son de sa radio trouvée dans une ruelle en arrière-plan.

Pour manger, il fait appel à la générosité des commerçants de Saint-Ferréol, qui lui remettent leurs produits périmés contre une poignée de dollars. 

En tout, Jérémy et Meilinda ne dépensent jamais plus de 300 $ par mois, la majeure partie des dépenses allant à l’essence et aux assurances.

Et comme tous les Canadiens, je paye trop cher mon abonnement cellulaire, précise Jérémy en riant.

Une photo accrochée à un babillard montre Jérémy Wauquiez avec un béret sur la tête, portant un uniforme de camouflage. Il est accroupi dans ses habits militaires, appuyé contre une arme.

Jérémy Wauquiez était affecté à la lutte contre le terrorisme au sein des forces armées françaises avant de déménager au Québec.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Une vie sans crédit

Le couple a l’électricité et navigue sur Internet. 

Nous vivons avec notre ère et notre temps, disent-ils.

Nous ne sommes pas des sectaires qui boivent leur eau dans des barriques de bois moisi, précise Jérémy. Ce n’est pas le Moyen-Âge non plus.

Ils ont plutôt choisi de vivre près de la nature, avec ce qu’ils considèrent comme l’essentiel.

Jérémy pousse un morceau de bois dans les flammes du poêle.

Le chauffage de la maison est assuré par le poêle à bois, qui brûle sans arrêt pendant l'hiver.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Jérémy travaille de deux à trois jours par semaine à Québec. Ça suffit amplement à payer le peu que le couple consomme. Le reste, il le dépense en voyageant.

Si je veux partir, je pars, dit-il, à peine revenu d’une traversée du Canada à l’automne.

Son objectif, c’est de vivre en dehors des contraintes financières imposées par la vie moderne.

Parfois, je dois utiliser le crédit comme tout le monde, admet-il. Mais à terme, mon but, c’est de ne plus avoir à m’en servir.

Tronçonneuse à la main, Jérémy taille une palette pour se procurer du bois de chauffage.

Pour nourrir son poêle à bois, Jérémy récupère de vieilles palettes et les dépèce à la tronçonneuse.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

« Je ne suis pas Greta Thunberg »

Malgré leur mode de vie rudimentaire, Jérémy et Meilinda ne se font pas apôtre de la bonne conscience environnementale.

Je ne suis pas Greta Thunberg non plus : je ne suis pas venu en Amérique en bateau ou à la nage, explique le Français. J’ai pris l’avion, comme je le prends chaque fois que je retourne à Paris.

Il admet ne pas comprendre la ruée vers les magasins qui accompagne Noël. Pour le couple, elle symbolise l'emprise du matériel sur l'esprit des Fêtes.

Un petit chien blanc tend le nez vers ses maîtres.

Jérémy et Meilinda vivent avec leur chien.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Un jouet, ça ira dans la poubelle dans deux ans, croit Jérémy. Les gens devraient prendre le temps de passer du temps, justement, ensemble.

Lui, en tout cas, n'est pas difficile à gâter pour Noël...

Une simple douche! Maintenant, quand j'en vois une, je sais à quel point c'est précieux, dit-il en s'esclaffant.

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