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Ces artistes qui se mobilisent contre les tournées trop polluantes

Un chanteur tient un micro au milieu de la foule.

Le groupe français Shaka Ponk en concert en 2018

Photo : afp via getty images / XAVIER LEOTY

Radio-Canada

Les membres du groupe britannique Coldplay, qui a récemment décidé de cesser ses tournées pour préserver la planète, ne sont pas les seuls à s’inquiéter des conséquences de leurs activités musicales sur l’environnement. Au Québec et ailleurs dans le monde, d’autres artistes se soucient également de l’empreinte écologique qu’ils laissent.

En France, une soixantaine d’artistes, dont les chanteuses Pomme et Zazie ainsi que le chanteur Calogero, ont lancé jeudi un appel à passer de la parole aux actes, publié dans le journal Le Monde. Dans ce texte, le collectif d’artistes, qui s’est baptisé The Freaks, s’engage à adopter des comportements plus écologiques sur le plan personnel, mais aussi sur le plan professionnel.

On ne peut imposer le covoiturage pour venir à nos concerts, mais on peut le recommander. On peut aussi contrôler les produits en [coulisses] et, pourquoi pas, un jour, ne travailler qu’avec une compagnie qui nous proposera des tournées dans des bus hybrides, a expliqué Frah, chanteur du groupe Shaka Ponk et membre du collectif The Freaks, au quotidien Le Monde.

Les cinq hommes sont habillés en complet et la femme porte un collant et un soutien-gorge noirs.

Le groupe de rock alternatif Shaka Ponk est composé de sept membres.

Photo : Facebook/Shaka Ponk

Toutefois, Shaka Ponk, récompensé par plusieurs Victoires de la musique, nuance la vision de Coldplay, qui a choisi d’arrêter ses tournées le temps de travailler à les rendre moins nocives pour l’environnement.

Ne plus faire de concerts parce que ça pollue, ce n’est pas le bon choix; il faut les rendre le moins polluant possible.

Samaha, chanteuse de Shaka Ponk

Massive Attack fait appel à des scientifiques

Au Royaume-Uni, le groupe Massive Attack, qui est proche de l’organisation écologiste britannique Extinction Rebellion, a demandé à des scientifiques de l’Université de Manchester de l’aider à rendre ses tournées plus carboneutres.

[En tant que musiciens], nous avons un mode de vie qui émet beaucoup de carbone. [...] Maintenant, le défi est non seulement de faire des sacrifices personnels, mais aussi d’insister sur la nécessité d’apporter des changements systémiques, a affirmé Robert del Naja (alias 3D), membre fondateur de Massive Attack, à BBC News.

Faire des tournées autrement

Plutôt que de simplement compenser les émissions de gaz à effet de serre – en plantant des arbres, par exemple –, les scientifiques tenteront de trouver des moyens d’opter pour des énergies renouvelables. Ils souhaitent d'ailleurs réduire la quantité d’énergie consommée lors des concerts et des déplacements des musiciens et de leurs équipes entre les différentes villes pendant les tournées.

Ils vont également s’intéresser à l’empreinte écologique du public qui assiste aux concerts.

Le groupe est sur scène devant un énorme écran lumineux.

Le groupe britannique Massive Attack en concert en 2016

Photo : afp via getty images / AFP

L’objectif est de proposer ces solutions au reste du milieu de la musique, dont l’empreinte environnementale est particulièrement élevée.

C’est une industrie à fortes émissions de carbone et nous devons résoudre ce problème, car tout le monde doit faire partie de la transition vers une économie produisant peu de carbone.

Carly McLachlan, directrice du centre de recherche sur le changement climatique Tyndall de l’Université de Manchester

Entre le matériel de son, les éclairages, les déplacements et les produits dérivés, les concerts génèrent chaque année 405 000 tonnes de gaz à effet de serre au Royaume-Uni.

De l'action au Québec

Laurence Lafond-Beaulne, membre du duo montréalais Milk and Bone, veut également « verdir » les tournées. En 2017, elle a lancé le mouvement ACT (Artistes citoyens en tournée) après avoir remarqué que les actions ne collaient pas toujours aux discours pro-environnement adoptés par les artistes.

« Un soir, après un spectacle, j’ai eu un déclic en voyant une personne balayer toutes les bouteilles d’eau en plastique vides laissées par les artistes et le personnel technique. Je me suis dit que cela n’avait aucun sens », raconte-t-elle.

Constatant le manque de ressources offertes aux artistes qui veulent faire leur part pour la santé de la planète, elle s’est associée à Scène écoresponsable, un organisme qui milite pour le développement durable dans le milieu des arts vivants, afin de concevoir un guide destiné à aider les artistes à rendre leurs tournées plus vertes.

Laurence Lafond-Beaulne, de Milk and Bone, derrière des claviers.

Laurence Lafond-Beaulne, du duo Milk and Bone

Photo : Radio-Canada / Pascale Fontaine

« On voulait offrir des outils simples, précis, gratuits, que les gens puissent adopter graduellement afin de les encourager à changer leurs habitudes », explique-t-elle.

Deux ans après la mise en ligne de ce guide, Laurence Lafond-Beaulne voit déjà des progrès sur le terrain : « Les gens sont en train de changer leurs pratiques, c’est merveilleux. »

Des mesures concrètes

Adoption d'une démarche zéro déchet, bannissement des bouteilles d’eau, introduction du compost, utilisation de produits locaux, recyclage du matériel technique, recours à des éclairages à LED moins gourmands en électricité ou encore à des décors et à des costumes de seconde main… L’industrie évolue.

Il y a beaucoup de choses qu’on peut faire autrement sans que cela ne soit forcément plus compliqué.

Laurence Lafond-Beaulne, musicienne membre du duo Milk and Bone

« Beaucoup d’artistes se mettent à inscrire des demandes écologiques dans les contrats qu’ils signent avec les diffuseurs de spectacles, et des salles le proposent désormais d’emblée », précise la chanteuse et musicienne.

Elle cite également l'exemple de la chanteuse belge Angèle qui a décidé de faire fabriquer les t-shirts à son effigie en coton biologique.

Un autre défi pour l’industrie du spectacle : repenser les tournées afin de favoriser le transport terrestre ou en train dans les pays où le réseau ferroviaire est bien développé.

« Il est possible d’optimiser les itinéraires afin de réduire au minimum les déplacements et les kilomètres parcourus », souligne Laurence Lafond-Beaulne.

Avec les informations de BBC News, et Le Monde

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