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Climat : à quoi servira la COP25 de Madrid?

Une entrevue avec Hugo Séguin, membre du CERIUM et expert des négociations internationales sur le climat.

Des hommes entrent devant un panneau qui indique le site de la COP25 à Madrid.

Des délégués entrent sur le site de la COP25 à Madrid.

Photo : afp via getty images / GABRIEL BOUYS

Déplacée de Santiago à Madrid, en raison de la crise sociale au Chili, la COP25 réunira au cours des deux prochaines semaines des représentants de 195 pays qui tenteront de donner un nouveau souffle à l'Accord de Paris. Dans un contexte où l’action pour le climat manque de vigueur, que peut-elle faire pour la relancer?

Notre journaliste spécialiste en Environnement, Étienne Leblanc, s'est entretenu avec Hugo Séguin, fellow du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM) et expert des négociations internationales sur le climat.

Etienne Leblanc. À quoi va servir la COP25 à Madrid?

Hugo Séguin. En 2015, on a signé l'Accord de Paris.Tous les pays de la planète l'ont signé. On a donc réglé l'idée d'avoir un traité qui gère l'action climatique à travers le monde.

Maintenant, il faut le mettre en oeuvre.

Et surtout, à Madrid, il faut créer l'élan pour que les pays proposent des cibles de réduction plus ambitieuses en 2020.

Ce sera aussi une conférence qui vise à régler des questions très techniques, très précises, pour que l'accord puisse être mis en oeuvre.

EL. Quels sont les aspects importants?

HS. Il y en a trois qui sont essentiels.

Il y a d'abord l'enjeu de la transparence. On veut s'entendre sur des règles qui vont faire en sorte que les actions climatiques prises par les pays soient transparentes et connues de tous.

La deuxième question importante porte sur les mécanismes de marché, on parle ici de l'article 6 de l'Accord de Paris. On veut s'entendre sur des modalités d'échange de crédits de carbone au niveau international.

Un pays pourrait ainsi comptabiliser dans son propre bilan un projet de réduction des émissions réalisé dans un autre pays.

Mais c'est complexe.

Si on permet aux signataires de réaliser des réductions d'émissions dans d'autres pays, il faut pouvoir démontrer que ces réductions sont réelles et s'assurer que ces projets réduisent vraiment les émissions.

Or, comment s'assurer que la baisse des émissions n'a pas été calculée deux fois, par les deux pays impliqués?

Le troisième enjeu, c'est celui des pertes et préjudices.

À l'heure actuelle, les pays les moins développés subissent déjà les effets des changements climatiques, comme des ouragans, des typhons, des périodes de chaleur extrême ou les impacts sur l'agriculture.

Les pays industrialisés sont ceux qui ont le plus contribué au problème.

On négocie actuellement une forme de compensation des pays riches vers les pays en développement.

La question c'est : est-ce qu'on doit sortir de l'argent de notre poche pour venir en aide aux pays qui subissent déjà les effets des changements climatiques?

Un homme chauve avec des lunettes parle derrière un lutrin.

Hugo Séguin, expert du CERIUM dans les négociations internationales sur le climat

Photo : Courtoisie / Hugo Séguin

EL. C'est une COP importante?

HS. Très importante. C'est une COP qui donnera le ton à la grande conférence de Glasgow en 2020, en Écosse, qui sera la première grande conférence politique après celle de Paris.

En vertu de cette entente, les pays doivent arriver à Glasgow avec des révisions à la hausse de leurs engagements de réduction d'émissions de GES.

Madrid est donc une conférence qui est très importante, car elle mettra la table. On s'attend à y voir des pays qui s'engagent à revoir leurs objectifs à la hausse pour la conférence de l'an prochain.

On espère que le Canada va le faire, que d'autres grands pays vont le faire.

EL. On a l'impression que les négociations climatiques sont très en retard sur la réalité qui nous est décrite par les scientifiques.

HS. Je donne raison aux gens qui disent que ça ne va pas assez vite. Mais ce n'est pas là qu'on règle le sort du monde.

On règle le sort du monde pays par pays, province par province, État par État, par la société civile qui force le jeu au niveau des gouvernements.

On a tendance à voir les conférences annuelles de l'ONU sur les changements climatiques comme étant une réunion essentiellement de négociations, mais ce n'est que la pointe de l'iceberg.

Il y a entre 30 000 et 35 000 personnes chaque année qui vont à ces conférences-là. Ces gens-là ne sont pas tous des négociateurs. Ce sont des scientifiques et des représentants des ONG, des gens d'affaires, des experts, des représentants des villes, des États fédérés, des Premières Nations, des syndicats.

C'est ce que j'appelle la « planète climat », qui est en mouvement. C'est là qu'on voit les nouvelles idées émerger. C'est ça qui donne l'impulsion à tout le reste.

EL. Qu'est-ce que ça prendra pour que les décideurs politiques soient en phase avec ce que les scientifiques nous disent?

HS. On a laissé passer la chance de régler la question des changements climatiques par des « mesurettes ». Les scientifiques de l'ONU nous disent que ça va prendre des mesures radicales qui s'attaquent à la racine du problème.

Si on veut être sérieux, ce sont des mesures extrêmement difficiles à prendre, comme lorsque Londres et Athènes ont interdit la circulation automobile en période de grand smog dans les années 1950.

Il va donc falloir penser à mettre fin à des pratiques.

Aussi, il y a une incompatibilité entre la recherche de la croissance infinie et la lutte contre les changements climatiques.

EL. Les États-Unis ont officialisé leur intention de se retirer de l'Accord de Paris il y a quelques semaines. Quel sera l'effet sur la COP?

HS. On ne se le cachera pas, ce n'est pas une bonne nouvelle. Mais il faut mettre les choses en perspective.

Sur la question des changements climatiques, on n'a jamais pu faire confiance aux États-Unis, ils n'ont jamais été un joueur dans les négociations climatiques. Donc, le retrait de Donald Trump n'est pas une surprise.

Deuxièmement, on ne peut pas seulement regarder vers Washington. Les États-Unis sont un pays extrêmement complexe, où on voit du mouvement de la part des grands États comme New York ou la Californie, des juridictions qui dictent des normes, des technologies qui changent, des flux financiers qui pourchassent les nouvelles technologies.

Ce qu'on voit aux États-Unis, c'est une diminution des émissions de GES depuis 2005, malgré le fait que l'administration fédérale américaine n'est pas intéressée à jouer un rôle important face aux changements climatiques.

Il y a plus aux États-Unis que Donald Trump. À Madrid, on verra ces Américains qui sont dans l'action.

EL. Qu'en est-il du Canada, qui a joué un rôle de leader en matière climatique?

HS. Le Canada n'a jamais été un leader de l'action climatique.

Il a souvent été perçu comme un leader politique au niveau international. Mais dans les faits, le Canada n'a jamais eu de plan d'action de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour la peine.

Il faut comprendre la logique fédérale. Au Canada, le fédéral n'a pas le plein contrôle des leviers pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

On verra si le Canada est sérieux dans sa capacité de s'attaquer aux changements climatiques quand il arrêtera son histoire d'amour où il se sent obligé de voler à la rescousse du secteur pétrolier et gazier en Alberta.

Il est incompatible de penser que le Canada fera sa part au niveau des changements climatiques en permettant la croissance du secteur pétrolier et gazier au Canada.

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