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Les orignaux dévorent les récoltes, se plaignent les fermiers de T.-N.-L.

Un chou de Bruxelles grignoté.

Rien ne semble arrêter les orignaux déterminés à atteindre les fruits et légumes qui mûrissent dans les champs de Terre-Neuve.

Photo : CBC/Garrett Barry

Radio-Canada

Le producteur maraîcher Dwight Eveleigh n’a jamais connu pire année que 2019. Il a déjà vu à l’occasion des orignaux grignoter les légumes dans ses champs, mais jamais comme cette année.

C’est la pire année, et de loin, affirme le cultivateur de Comfort Cove, sur la côte nord de l’île de Terre-Neuve.

Cette année, c’est arrivé toutes les nuits. Six, sept, huit orignaux à la fois! Je ne mentirais pas en disant qu’il y a 25 orignaux qui ont traversé ma ferme cette année.

Dwight Eveleigh

Au passage, ils ont décimé environ le tiers de sa récolte prévue de choux, ainsi que ses carottes, ses navets et ses panais. Il estime ses pertes à 100 000 $ cette année.

Le fermier Dwight Eveleigh pose dans l'un de ses champs.

Dwight Eveleigh estime ses pertes à 100 000 $ cette année.

Photo : CBC/Garrett Barry

Dans le passé, il a pu obtenir un permis spécial qui lui permettait d’abattre les orignaux qui s’aventuraient dans ses champs la nuit. À sa grande surprise, on lui a dit que le permis avait été aboli lorsqu’il l’a demandé cette année.

On lui a suggéré d’abattre les orignaux pendant le jour, de les faire fuir ou de contacter des agents de la faune, une solution futile selon lui parce que les plus proches se trouvent à une demi-heure de route, ce qui donne largement le temps aux cervidés de quitter sa ferme lorsqu’ils sont rassasiés.

On peut leur faire peur, mais ils vont revenir. Et ils ne viennent pas le jour, alors on ne peut abattre des fantômes, dit-il, au sujet des deux premières solutions proposées.

Un permis aboli pour des raisons de « sécurité »

La loi qui permettait aux fermiers de chasser la nuit a été modifiée en 2016, mais les principaux intéressés n’en ont pas été avisés, contrairement à ce que le ministre de l’Agriculture Gerry Byrne avait alors affirmé à des journalistes.

Le ministre Byrne reconnaissait alors avoir reçu des plaintes de la part d’agriculteurs, mais cela ne l’avait pas ébranlé. « Je ne veux pas minimiser [leurs griefs], mais nous avons vu des dommages à des récoltes bien des fois dans le passé. Et il y en aura d’autres! »

Gerry Byrne en entrevue en plein air.

Les carabines des fermiers présentaient un risque pour la sécurité publique, a affirmé le ministre Gerry Byrne pour expliquer l'abolition du permis qui leur permettait de chasser le nuit.

Photo : CBC/Mark Quinn

Il avait expliqué que les permis spéciaux avaient été abolis pour des raisons de sécurité, même si aucun incident ne s’était produit.

Les tirs de carabines de gros calibre la nuit créent un risque réel pour la population, disait-il. Il faut y remédier.

À défaut de continuer à permettre aux fermiers d’abattre des orignaux, le gouvernement provincial subventionne l’assurance-récolte ainsi que l’installation de clôtures pour protéger leurs champs.

Peu de solutions efficaces

Dwight Eveleigh trouve les clôtures tout aussi inefficaces que les autres options. Les orignaux peuvent venir à bout des clôtures, soutient-il, et parfois des motoneigistes leur facilitent la tâche en y pratiquant des brèches pour pouvoir traverser les terres agricoles.

Son confrère Philip Thornley, producteur de petits fruits, lui donne raison. Il a déjà installé à deux reprises, dans le passé, des clôtures électrifiées, mais des orignaux avaient réussi à les traverser pour atteindre ses baies.

Ils ont fait des dommages qui atteignent les dizaines de milliers de dollars au fil des années. C’est très difficile de se prémunir contre eux!

Un champ de choux de Bruxelles décimé.

Après le passage d'orignaux, il ne reste parfois plus rien dans certains champs.

Photo : CBC/Garrett Barry

Des orignaux ont grignoté ses framboisiers, ses pruniers et dévoré ses choux de Bruxelles. Parfois ils ne prennent qu’une bouchée, mais le résultat est le même que s’ils avalent tout : la valeur du fruit ou du légume tombe à zéro.

Les agents de la faune ne sont d’aucune utilité, déplore-t-il, puisque leur priorité est de combattre le braconnage.

T.-N.-L. très loin de la « sécurité alimentaire »

Les deux agriculteurs affirment que les orignaux, en plus de leur occasionner des pertes énormes, empêchent la province d’atteindre une plus grande « sécurité alimentaire ». Le gouvernement provincial a fixé comme objectif une augmentation d’au moins 20 % de la production alimentaire à Terre-Neuve d’ici 2022.

Dans le cadre de cette stratégie, MM. Eveleigh et Thornley avaient reçu des dizaines de milliers de semis pour aider la province à atteindre son objectif, mais une grande quantité de ces plants ont plutôt servi à nourrir des orignaux.

Philip Thornley se demande maintenant s’il ne vaudrait pas mieux planter des fruits et des légumes que les cervidés n’affectionnent pas. Il serait aussi heureux de voir la province annuler les changements de 2016.

À l’heure actuelle, Terre-Neuve-et-Labrador a le nombre de fermes par habitant le plus faible au pays et ce nombre ne cesse de diminuer.

Avec des renseignements de Garrett Barry

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