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Corneille n'a pas écrit les pièces de Molière, tranche une étude

Un portrait en noir et blanc représentant l'écrivain et dramaturge Pierre Corneille.

L'écrivain et dramaturge Pierre Corneille

Photo : Getty Images / Hulton Archive

Radio-Canada

C'est une polémique qui date de 100 ans : l'écrivain Pierre Corneille aurait-il écrit les pièces de Molière? Une étude scientifique française conclut que ce serait plutôt invraisemblable et confirme, par le fait même, la paternité de ces œuvres au plus célèbre des dramaturges français.

Deux chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l'École nationale des chartes, située à Paris, se sont basés sur l'analyse statistique réalisée par un algorithme de linguistique des habitudes d'écriture et des tics de langage afin de prouver que Molière est bien l'auteur du Malade imaginaire, de L'avare et d'autres pièces mythiques.

En 1919, le romancier français Pierre Louÿs disait avoir dévoilé une supercherie littéraire. Selon lui, Molière n'aurait été que le prête-nom de Pierre Corneille, une polémique qui rappelle celle selon laquelle, derrière le pseudonyme de Shakespeare, se cachent un ou plusieurs auteurs qui ne sont pas le célèbre dramaturge anglais.

Les personnes soutenant cette théorie, relancée au début des années 2000, estiment que les styles des deux dramaturges se ressemblent trop. Selon l'étude publiée mercredi dans la revue américaine Science Advances, leurs doutes viendraient de cette interrogation à savoir « comment un comédien, présumé sans grande éducation littéraire, à la fois valet de chambre du roi et directeur de troupe de théâtre, aurait-il pu écrire tant de chefs-d’œuvre? ».

Mais Florian Cafiero, ingénieur de recherche au CNRS qui a travaillé avec Jean-Baptiste Camps, maître de conférence à l'École des Chartes, est catégorique : « Sur toutes les caractéristiques qu'on étudie, Corneille n'est jamais près de Molière, a-t-il affirmé à l’AFP. Le résultat est sans appel. Le théâtre du 17e siècle est très codifié, il y a la règle des unités, une versification très codifiée, des manières de faire rythmer, il y a des sources d'inspiration qui sont les mêmes. Tout va vite se ressembler », ajoute-t-il.

Molière fait partie de ceux qui s'isolent le mieux. Il s'identifie extrêmement bien. Il n'y a vraiment pas de doute.

Florian Cafiero

L'étude, qui se concentre principalement sur des comédies, s'est basée au départ sur un corpus de 70 pièces incluant les auteurs de l'époque, avant de le restreindre à 37 pièces de Pierre Corneille, de son frère, Thomas Corneille, de Molière, de Rotrou et de Scarron.

Les chercheurs se sont basés sur la méthode de linguistique computative, qui consiste à analyser statistiquement plusieurs caractéristiques, dont des préfixes, des suffixes et même des mots-outils (« et », « de », « si »).

« Ces parties inconscientes de la linguistique signent beaucoup qui l’on est », selon Florent Cafiero, qui précise que cette technique d'analyse a été développée dans les années 2000 et qu'elle est utilisée notamment par la police, par exemple pour identifier une personne qui fait une dénonciation, mais aussi pour étudier la littérature médiévale ou pour lutter contre le plagiat.

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