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Loi 21 : la campagne publicitaire du Manitoba mal reçue à Québec

La CAQ et le PQ s'indignent de la plus récente offensive du gouvernement de Brian Pallister.

François Legault ne craint pas que des Québécois partent s'installer au Manitoba pour fuir la Loi sur la laïcité de l'État.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Radio-Canada

Sans surprise, les publicités payées par le Manitoba pour attirer les Québécois opposés à la Loi sur la laïcité de l'État passent mal à l'Assemblée nationale.

Lancée jeudi matin dans les journaux imprimés et les médias numériques de la Belle Province, la campagne publicitaire du gouvernement conservateur de Brian Pallister présente 21 raisons de se sentir chez soi au Manitoba, un clin d'œil à la loi québécoise, issue du projet de loi 21.

La publicité du gouvernement manitobain invite notamment les Québécois qui se sentent lésés par la Loi sur la laïcité de l'État à venir grossir les rangs de sa propre fonction publique, précisant que de nombreux emplois vacants sont disponibles pour les travailleurs qui ont l'avantage de parler français.

Ses auteurs font valoir qu'au Manitoba, les femmes qui portent le voile islamique et les hommes coiffés de la kippa sont accueillis à bras ouverts.

La campagne publicitaire du gouvernement manitobain bénéficie d'un budget initial de 20 000 $, mais le premier ministre Pallister n'exclut pas de dépenser des sommes supplémentaires si les résultats sont au rendez-vous.

Une loi modérée, plaide Legault

Appelé à réagir, le premier ministre François Legault a plaidé jeudi matin que la loi québécoise était modérée – plus modérée qu'en France, qu'en Suisse, qu'en Belgique, qu'en Allemagne.

Est-ce que M. Pallister va commencer à faire de la publicité en Europe pour attirer des gens à Winnipeg?, a-t-il demandé.

Je pense que M. Pallister aurait été mieux de mettre cet argent-là pour donner plus de services en français au Manitoba.

François Legault, premier ministre du Québec

Pour sa part, la ministre des Relations canadiennes, Sonia LeBel, a invité le Manitoba et les autres provinces canadiennes à ne pas s'immiscer dans les champs de juridiction du Québec.

Le Québec a toujours été un allié sur la défense des compétences, même avec l'Alberta, et on va continuer à l'être, a-t-elle déclaré en marge de la réunion du caucus de la CAQ. Pour le reste, je pense qu'on doit respecter la compétence du Québec, a ajouté la ministre, précisant qu'elle n'avait pas l'intention d’entrer dans l'escalade qu'on tente de créer.

Responsable des relations avec les Québécois de langue anglaise, le député caquiste de Sainte-Rose, Christopher Skeete, a néanmoins déclaré que son gouvernement n'avait pas de leçon à recevoir du Manitoba.

Je pense qu'on fait un bon travail, a-t-il affirmé. Je pense que notre bilan en immigration est hors pair; je pense qu'on fait un bon travail pour intégrer nos immigrants; je pense qu'on a une vision différente sur cet enjeu-là; mais vraiment, là, je pense qu'on n'a pas de leçon à recevoir de personne. On doit être constructifs, dans notre fédération.

Ce n’est pas un enjeu séparatiste

Au Manitoba, le premier ministre Brian Pallister prend les réactions de Québec avec un grain de sel et demeure ferme sur ses positions.

On veut envoyer un message clair. Nous supportons les droits et libertés individuels menacés par cette loi, dit-il.

Il croit avoir la légitimité de prendre place dans le débat.

Ce n’est pas un enjeu séparatiste, c’est une question de savoir si tu es prêt ou non à défendre les droits des minorités. Le Manitoba a cette réputation et nous continuerons d’agir de la sorte.

Brian Pallister

Le chef du Parti libéral du Manitoba (PLM), Dougald Lamont, estime que cette campagne publicitaire est plus un exercice de relations publiques qu'une réelle volonté d'attirer des gens.

J’aime l’idée d’attirer des gens du Québec, mais il y a des difficultés parce que M. Pallister a fait beaucoup de compressions dans les services aux francophones. C’est très frustrant.

Dougald Lamont

Le PQ outré

Au Québec, c'est de loin le chef par intérim du Parti québécois, Pascal Bérubé, qui a été le plus virulent à ce sujet, jeudi matin, à l'Assemblée nationale.

Qu'ils se mêlent de leurs affaires, a-t-il lancé d'entrée de jeu, un peu comme l'avait fait le Bloc québécois plus tôt cette semaine en réaction à la motion adoptée par l'Assemblée législative de l'Ontario pour dénoncer la loi 21.

En même temps, je suis pas mal sûr que le Québec est pas mal plus attractif que peuvent l'être Winnipeg et le Manitoba, a-t-il ajouté.

Pascal Bérubé en mêlée de presse.

La publicité du gouvernement manitobain n'a pas laissé indifférent le chef intérimaire du PQ.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois a estimé de son côté que le gouvernement Pallister n'aidait pas sa cause en agissant de la sorte.

En posant des gestes comme ça, ce que le Manitoba fait, c'est nourrir le discours de la Coalition avenir Québec et du Parti québécois, qui parlent de la question de la laïcité comme d'un débat Québec-Canada, alors que ce n'est pas ça du tout, a-t-il jugé.

C'est un débat au Québec, entre Québécois, sur quelle conception on a de la laïcité.

Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire

Cela dit, le député de Gouin ne s'offusque pas de voir le gouvernement manitobain donner son avis sur la question, rappelant que l'Assemblée nationale du Québec n'avait pas hésité, dans un passé pas si lointain, à dénoncer les compressions du gouvernement de Doug Ford dans les services en français en Ontario.

Enfin, la députée libérale Marwah Rizqy a estimé que la campagne publicitaire manitobaine était prévisible et qu'il était normal, dans les circonstances, de voir d'autres provinces essayer d'attirer du talent chez elles.

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