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  • Envoyée spéciale
  • Gros plan sur la crise politique au Liban

    Vue générale d'une manifestation à Beyrouth

    Manifestation antigouvernementale au centre-ville de Beyrouth

    Photo : Reuters / Mohamed Azakir

    Tout est parti soudainement, de l'annonce d'une nouvelle taxe sur les communications passées via les messageries comme WhatsApp, une application largement employée par les Libanais pour échapper aux frais très élevés des communications cellulaires au Liban. La jeunesse s’est jetée dans la rue.

    Malgré le retrait de cette mesure par le gouvernement, quelques jours plus tard, ce sont des centaines de milliers de personnes qui sont descendues sur les places publiques partout au pays pour réclamer un changement radical du système politique. Tout le monde à la porte, scandent encore aujourd’hui les manifestants, qui accusent la classe politique de corruption sur fond de crise économique sans fin.

    Le Liban semblait immunisé au changement. Il avait échappé au printemps arabe en 2011, alors que sombraient les pays voisins, à la guerre civile et à l’extrémisme. Pourquoi, maintenant, cette colère durable qui a poussé le premier ministre Saad Hariri à la démission?

    Trois choses à savoir pour mieux comprendre.

    Les racines profondes de la crise

    Si la rue a explosé de façon inattendue, les tensions montent au rythme de l’inflation depuis des mois.

    Le pays du cèdre en est à un stade terminal de pourrissement. Résultat d’une mauvaise gestion par le gouvernement, tous les ingrédients étaient rassemblés pour que l’étincelle d’une taxe supplémentaire mette le feu aux poudres.

    Malgré les promesses de réformes, les infrastructures du pays sont en déliquescence : pénurie d’électricité, d’eau potable, mêlée à une crise des déchets dont le pays ne se sort pas complètement, les Libanais ne voient pas où va l’argent de leurs impôts et des aides internationales.

    À l’inflation qui grimpe en flèche s’ajoute une pénurie de dollars américains, la devise sur laquelle repose l’économie marchande du Liban. La guerre en Syrie voisine, qui a poussé depuis 2011 plus d’un million de réfugiés syriens du côté libanais de la frontière, aggrave les tensions et une crise qui place le pays au bord de la faillite.

    Tous unis pour une vie digne

    Face-à-face entre des manifestantes et des militaires.

    Un cordon humain établi par des femmes pour séparer les manifestants des soldats dans la région de Zouk, à 18 km de Beyrouth..

    Photo : Getty Images / JOSEPH EID

    C'est bien ça qui confère aux manifestations ce caractère inédit et démontre la profondeur de la contestation : la présence mêlée de toutes les communautés religieuses qui s’en prennent à leurs propres dirigeants. Elles sont unies dans les mêmes revendications, dans le même ras-le-bol, dans la même colère.

    Dans un pays qui, au sortir de la guerre civile, n’avait trouvé d’autre solution pour la paix que le confessionnalisme, un clientélisme où chacun se voit garantir sa part et la politisation de ceux qui ont été chefs de milices, les graines d’une véritable société civile germent. Une société qui arrivera peut-être à transcender les communautés au profit d’une véritable identité citoyenne.

    Dans le cri persistant qui revendique une vie digne pour tous, les divisions confessionnelles apparaissent soudain bien futiles. Les difficultés économiques sont partagées, l’insoutenable précarité qui plonge une part grandissante de la population dans la pauvreté est un lien plus fort que celui du clan, de la religion.

    Les manifestations sont restées pacifiques pendant plus d’un mois. Mais l’union sans précédent des différentes communautés montre désormais des failles, prévisibles diront certains. La dernière semaine a été marquée par des affrontements violents entre des groupes de chiites, nommément des partisans du Hezbollah et du mouvement Amal et des chrétiens dans les rues de la capitale.

    Le Hezbollah, qui est largement perçu comme exempt d’une corruption qui gangrène la politique libanaise, perd de cet aura depuis un discours de son chef, Hassan Nasrallah, dans lequel il se rangeait du côté des élites politiques. Si le Hezbollah, cet État dans l’État, cette armée parallèle, n’est pas coupable de cette corruption, il la cautionne avec ses alliances politiques, disent de plus en plus ouvertement les manifestants.

    Le pays au bord du gouffre économique

    Le Liban est la troisième économie la plus endettée au monde derrière le Japon et la Grèce. 126 milliards de dollars, soit 151 % du PIB, selon le FMI. Le pays s’enfonce dans une récession sans précédent et est au bord de la faillite. 35 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté et le chômage tourne autour de 20 %.

    La classe moyenne s’appauvrit alors qu’elle est frappée d’augmentation de taxes et d’impôts. La jeunesse libanaise, éduquée et polyglotte, ne voit d’avenir économique que dans l’exil. Les Libanais ne supportent plus de constater la corruption de ses élites politiques – en 2018, le Liban se classait 138e sur 180 dans le classement des pays les plus corrompus (Nouvelle fenêtre)de l'organisme Transparency International –, les héritiers du partage du pouvoir de l’après-guerre qui, eux, s’enrichissent à même les ressources de l’État pendant que le peuple a de plus en plus faim.

    Marie-Eve Bedard est correspondante de Radio-Canada à Paris. Elle est actuellement notre envoyée spéciale au Liban.

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