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analyse

La discrète diplomatie canadienne de la CAQ

Eric Girard, les mains devant lui, debout derrière un micro et devant des drapeaux de provinces canadiennes.

Le ministre des Finances Eric Girard a dernièrement multiplié les gestes de collaboration avec les autres provinces canadiennes.

Photo : Reuters / Chris Wattie

Michel C. Auger

Avec le résultat des élections fédérales et les déclarations intempestives qui ont suivi en Alberta et en Saskatchewan – sur les pipelines, la péréquation et l’avenir du Canada –, le gouvernement du Québec semble avoir décidé de calmer le jeu et de lancer une offensive diplomatique sur le front canadien.

Question de ne pas laisser passer trop de déclarations inexactes dans les faits, de faire baisser le ton et d’établir le gouvernement québécois comme un acteur incontournable de toute discussion future sur l’avenir de la fédération canadienne.

Première étape, vendredi dernier, la publication d’une lettre ouverte du ministre des Finances, Eric Girard, dans le Financial Post. D’abord, pour tendre la main : Le Québec veut être le partenaire de l’ouest du Canada, il veut voir l’Ouest prospérer et il veut être une partie de la solution, disait M. Girard.

Le ministre des Finances rappelait donc qu’il y a déjà un pipeline qui amène le pétrole de l’Ouest au Québec depuis l’inversion de la ligne 9B d’Enbridge — autorisée à l’époque par un ministre de l’Environnement nommé Yves-François Blanchet — et que la moitié du pétrole consommé au Québec vient désormais de l’Ouest canadien.

Le Québec et l’Alberta peuvent être des alliés, rappelait M. Girard, comme ils le sont dans la contestation en Cour suprême de la loi C-69 sur les évaluations environnementales des grands projets.

Ensuite, pour remettre les pendules à l’heure, le ministre des Finances rappelait que la péréquation n’est pas un don de l’Alberta au Québec, mais un programme fédéral dans lequel toutes les provinces contribuent, y compris le Québec.

La politique du gouvernement de la CAQ, a-t-il enfin rappelé, est de pouvoir se passer de la péréquation un de ces jours, au fur et à mesure que sa situation économique continuera de s’améliorer.

La lettre est passée largement inaperçue au Québec, mais elle a été remarquée dans plusieurs milieux au Canada anglais.

Un front commun?

Deuxième étape, une entrevue de la ministre des Relations intergouvernementales canadiennes, Sonia LeBel, au Globe and Mail en fin de semaine. Elle y déclarait qu’au lieu de se chicaner sur la péréquation, le Québec et l’Alberta pourraient faire front commun pour moderniser le programme fédéral de stabilisation fiscale qui permet aux provinces qui subissent une baisse imprévue de leurs revenus — comme une baisse du prix du pétrole — d’obtenir de l’aide d’Ottawa.

Mais cette aide étant limitée à 60 $ par personne, pour l’Alberta, cela voudrait dire un peu plus de 260 millions de dollars, ce qui n’est pas grand-chose quand on pense que le déficit est de 8,7 milliards de dollars. Mais, au moins, cette discussion permet d’enlever un peu de pression dans le dossier de la péréquation.

Or, le plus important message de Mme LeBel était de dire clairement que le Bloc québécois ne parle pas au nom du gouvernement de la CAQ et que la guerre des mots entre MM. Blanchet et le premier ministre Jason Kenney ne fait pas partie d’une stratégie de la CAQ.

Notre définition du nationalisme n’inclut pas la souveraineté. Nous voulons négocier au sein du Canada, disait Mme LeBel.

Ce qui prouve que le Bloc québécois a eu beau essayer de se coller le plus possible contre la CAQ pendant la campagne électorale, la CAQ ne veut pas de ce câlin.

Bref, quand M. Blanchet fait des sorties incendiaires contre le « Canada pétrolier », il ne parle que pour lui et pas pour le gouvernement du Québec.

Le réflexe centralisateur

Troisième étape, une entrevue de Mme LeBel à La Presse, pour faire passer le message aux Québécois. Le Québec, comme l’Alberta ou la Saskatchewan, veut plus d’autonomie, ce qui forcera le gouvernement fédéral à réprimer son réflexe centralisateur.

D'où il s'ensuit que travailler avec l’Alberta sur des enjeux pancanadiens n’est pas un abandon du nationalisme québécois, mais pourrait, bien au contraire, le faire progresser, dit le gouvernement caquiste.

Et pour montrer qu’on n’a jamais trop d’amis, le ministre des Finances, Eric Girard, a passé la fin de la semaine dernière à effectuer une tournée dans les Maritimes, comme il l’avait fait dans l’Ouest au printemps.

Histoire de parler d’économie avec ses homologues, mais aussi de rappeler — sans même devoir le dire! — que la péréquation n’est pas qu’un enjeu pour le Québec et que les Maritimes en profitent, par habitant, bien plus que quiconque.

Ajoutez à cela la réouverture prochaine d’un bureau du Québec à Ottawa et probablement aussi en Alberta — comme c’était le cas sous le gouvernement de René Lévesque —, et on peut voir que la CAQ a un plan plutôt bien pensé pour ses relations avec le reste du Canada.

Un plan qui ne donne pas dans les stratégies du couteau sous la gorge ou de la simple ignorance qui ont été celles du Québec depuis près de 40 ans. Mais qui pourrait bien donner plus de résultats.

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