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La radio de Granby, une coopérative qui marche depuis 20 ans

Un studio de radio avec trois animateurs.

Studio de la radio M105, à Granby

Photo : Radio-Canada

Catherine Gauthier

Pendant que les six journaux régionaux de Groupe Capitales Médias planchent sur un modèle de coopérative qui pourrait assurer leur survie, à Granby, une radio locale fait la preuve que ce modèle de gouvernance, peu répandu dans les médias, peut fonctionner.

Au troisième étage d’un immeuble de la rue Principale, à Granby, ça fourmille dans les locaux du M105, la radio locale. Les 18 employés exécutent quotidiennement leurs tâches de journaliste, d’animateur ou de réceptionniste, tout en tirant les ficelles de l’entreprise, quand il s’agit de prendre des décisions d’affaires. Chaque employé doit donc porter deux chapeaux.

On est un travailleur, un actionnaire et un syndiqué, lance l’animatrice et membre de la coopérative Marie-Ève Dupré. Ce qui est intéressant avec le modèle coopératif, c’est qu’on réalise qu’on a notre destin en main.

L’important est de porter le bon chapeau au bon moment, ajoute le directeur général Guy Laporte. Au quotidien, de 8 h à 17 h, du lundi au vendredi, l’employé est un employé qui fait son travail. Et à d’autres moments, à l’assemblée générale, il devient un sociétaire et doit adopter une vue d’investisseur.

Prendre en main son destin

Le 19 janvier 1996, l'entreprise Gesca, propriétaire de Chef Radio, met la clé sous la porte. Les travailleurs sont sous le choc. Ils n’ont rien vu venir et croyaient plutôt qu’on allait leur annoncer que la station AM passait sur la bande FM.

Pour sauver leur travail, six employés décident de lancer un projet de coopérative. Ils sont convaincus que, contrairement à ce qu’affirme Gesca, il y a un marché pour une radio locale à Granby.

Les six fondateurs ont dû investir, mettre leurs maisons en garantie et convaincre le CRTC de leur attribuer une nouvelle licence sur la bande FM.

On a demandé des sacrifices à l’équipe de base. En partant, la première condition, c’était que notre échelle salariale serait coupée de 20 %.

Michel Benoît, membre fondateur de la coopérative, à la retraite

On a baissé de salaire, on a augmenté nos heures, ajoute son acolyte Gilles Dion, également retraité. Les 20 premières heures supplémentaires, on les donnait gratuitement.

La coopérative de travail de la radio de Granby fonctionne maintenant depuis 22 ans. Et elle performe mieux que jamais. La rentabilité est excellente; on la compare favorablement à des stations semblables, dans des marchés semblables au Canada, affirme Guy Laporte.

Avec 23 % de parts de marché et des revenus qui sont en hausse de près de 6 % par année depuis cinq ans, le modèle de gouvernance fonctionne bien et la station est bien ancrée dans son milieu.

Au-delà d’être une coopérative, d’être une radio, ce sont des gens qui sont vraiment impliqués dans le milieu, affirme la codirectrice générale de Commerce Tourisme Granby région, Fanny-Ysa Breton. Ce sont des gens d’ici qui travaillent avec des gens d’ici.

Même si elle se dit radio musicale avant tout, la station granbyenne compte trois journalistes et offre des bulletins de nouvelles toute la journée. On y couvre de tout : sports, économie, politique municipale et événements, et on essaie d’avoir au moins deux tiers de nouvelles locales dans chaque bulletin.

Sauver La Voix de l’Est

Ces jours-ci, la région craint la disparition de son quotidien La Voix de l’Est, propriété de Groupe Capitales Médias. Les employés, à l’image de ceux du M105, souhaitent la création d’une coopérative.

Pour la région, la présence du quotidien est importante.

Ça ferait un gros vide; on a besoin d’un journal local. Un quotidien dans une ville, c’est très important pour la démocratie.

Le maire suppléant de Granby, Alain Lacasse

Entre-temps, le M105 continue d’accompagner et d’informer les auditeurs de la région de Granby. Je suis fier d’avoir participé à choisir la lettre d’appel, d’avoir vu une feuille blanche et d’avoir trouvé du financement, confie Gilles Dion.

Les fondateurs de la coopérative de la radio de Granby refusent l’étiquette de précurseurs, mais pensent qu’un tel modèle de gouvernance a plus que jamais sa place dans le monde des médias québécois.

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