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Quand modernité et folklore font un pacte avec le Diable (à Cinq)

Le groupe de musique folklorique Le Diable à Cinq, originaire de Ripon, en Outaouais, lance son deuxième opus, Debout!

Cinq jeunes hommes dans la vingtaine et la trentaine sourient.

Les membres du groupe Le Diable à Cinq croient que leur complicité grandit avec leur musique.

Photo : Gracieuseté du groupe Le Diable à Cinq

Christelle D'Amours

Comme un feu qui ne s’éteint jamais complètement, la musique traditionnelle survit dans la culture populaire et s’attise tantôt dans un réveillon familial du jour de l’An, tantôt au son d’un rigodon moderne à la sauce Cowboys Fringants. Soufflant sur ces braises encore chaudes, les cinq jeunes musiciens de Ripon ont pris le diable par les cornes pour concrétiser leur mission commune : voir une foule Debout!, rassemblée par du trad modernisé.

Les cinq diablotins un peu fébriles lanceront leur nouvel album intitulé Debout!, devant « leur monde » sur la scène de la Place du marché de Ripon, le 29 novembre. Le titre de leur deuxième compilation évoque déjà le ton des spectacles qu’ils ont prévus dans la Petite-Nation, puis à Montréal et Sherbrooke, entre autres.

Dans une jolie métaphore, la pochette rappelle d’emblée la volonté première du groupe : mettre le feu partout où il joue, tassant les meubles au passage pour que tous se lèvent et festoient ensemble.

Une pochette d'album représentant une grosse pile de chaises qui brûlent.

La pochette du deuxième opus de la formation Le Diable à Cinq.

Photo : Gracieuseté du Diable à Cinq

La musique traditionnelle, on a été élevés là-dedans, mais c’est un créneau qui est un peu hors-norme. Nous, on fait ça parce qu’on aime ça. Donc, on n’a pas à s’en cacher. On le dit haut et fort!

Samuel Sabourin, composition, banjo ténor, violon et mandoline

Il faut rappeler que la formation est composée des trois frères Sabourin, Éloi, Félix et Samuel, de leur cousin André-Michel Dambremont et de leur ami d’enfance, Rémi Pagé. Dans cette histoire de famille, tout le monde a son rôle à jouer, de la composition des paroles aux arrangements musicaux.

Au final, chacun des membres du groupe chante sur au moins une piste et a eu son mot à dire dans la création des 12 titres de l’album.

Faire autrement

Dès les premières notes, l’univers festif du Diable à Cinq s’impose. Les chaises à Chabot est un arrangement instrumental sans paroles destiné à créer l’ambiance dans lequel défileront les chansons suivantes.

Satisfait du résultat, le violoniste du groupe, Rémi Pagé, explique que tout l’album a été fignolé avec de subtiles touches pop et rock. C’est gras, ça brasse, puis c’est une sonorité très, très actuelle avec des sons chauds, beaucoup de basses, ajoute celui dont la formation en musique implique qu’il supervise souvent la structure finale des compositions.

On a essayé d’amener une couleur qui était particulière. Ça reste un album de musique traditionnelle, mais je pense que c’est un album qui réactualise tout ce qui est trad.

Éloi Gagnon-Sabourin, piano et arrangements

Debout! offre un bel équilibre entre compositions et modernisation. Six titres sont signés par les musiciens, tandis que les autres sont des textes repris du répertoire folklorique et remaniés au goût du jour.

S’ils ajoutent parfois des couplets à des chansons trop courtes ou qu’ils censurent certains passages – comme des propos sexistes et désuets, par exemple – les membres du groupe le font surtout pour rendre les morceaux plus actuels.

On a quand même un souci de garder la pièce et la mélodie de base telle qu’elle est. Souvent, ce qu’on va modifier, c’est toute l’instrumentation derrière, les séquences harmoniques, ces trucs-là, précise Rémi Pagé. On peut se le permettre quand même, puisque ça appartient à tout le monde au niveau des droits d’auteurs. Ce sont toutes des chansons qui sont libres de droits.

Dans ces chansons transformées, on reconnaît encore les thèmes propres au folklore québécois. Les curés et les veillées arrosées de bon vin côtoient toutefois des réalités aussi contemporaines qu’un guichet automatique.

Un groupe de jeunes homme prend la pose dans la forêt avec leurs instruments.

De gauche à droite : Samuel Sabourin, Rémi Pagé, Éloi Gagnon-Sabourin, André-Michel Dambremont et Félix Sabourin.

Photo : Gracieuseté du Diable à Cinq

Joyeuses revendications

Outre le vers d’oreille Yvan Dubois, texte offert par leur ami Alain St-Pierre, Samuel Sabourin et André-Michel Dambremont signent toutes les paroles des créations originales.

La valse Lettre à ma fille se distingue par sa douceur. La pire des danses critique une société déconnectée, rivée sur ses écrans et esclave du capitalisme.

Aujourd’hui on est capables d’amener [la musique traditionnelle] ailleurs et de faire des chansons qui traitent complètement de sujets d’actualité, qui vont venir toucher la réalité des gens.

Samuel Sabourin, composition, banjo ténor, violon et mandoline

Entre quelques pointes sur l’obsession de la beauté et l’inaction devant les changements climatiques, le Diable à Cinq a même osé s’adresser au fondateur des Caisses Desjardins pour dénoncer la disparition du guichet automatique dans son village natal en 2018.L’événement avait créé de nombreuses complications pour la population vieillissante de Ripon.

On sentait qu’on avait la mission de porter le message des gens non seulement de Ripon, de la Petite-Nation, mais à travers le Québec qui ont vécu la même réalité que nous, déclare Samuel Sabourin.Le but du folklore, justement, c'est de rassembler les gens, que ce soit autour d’une cause revendicatrice ou vraiment à propos de quelque chose qui nous réunit.

Brassant vigoureusement la braise pour garder le feu folklorique vivant, ces artistes de la relève tiennent mordicus à ce que l’accent québécois s’entende dans leur musique.

Le parler, c’est une grande partie de la culture locale. On est fiers d’où on vient, d’ici, du Québec, de la Petite-Nation, de l’Outaouais. C’est quelque chose qui est [considéré] plus exotique un peu partout sur la planète, mais ça reste accessible, c’est plus vendeur et c’est une marque de commerce, fait valoir le pianiste Éloi Gagnon-Sabourin, donnant l’exemple du succès des Cowboys Fringants en Europe.

Selon le groupe, la musique folklorique est comme un cliché qui fige les générations dans le temps. Il veut contribuer à bâtir le patrimoine collectif tout en s’obligeant à conserver un ton festif.

Le temps du réveillon

Bien que le lancement de l’album coïncide avec l’approche des Fêtes, le pianiste du groupe martèle cette idée que le traditionnel est un style accessible qui sied aussi bien à un festival d’été qu’à un rassemblement multigénérationnel.

C’est une bataille que tous les groupes trad essaient de mener : que ce ne soit pas cantonné aux rigodons dans le temps des Fêtes, mais que ça devienne vraiment une musique à part entière. [...] C’est quelque chose qui est intemporel et qui s’écoute bien tout le temps, renchérit l’aîné des frères Sabourin.

Selon les cinq diables, le « réveillon » doit surtout se passer dans la tête des gens trop pressés pour s’arrêter. Ils espèrent que leur album en fera réfléchir plus d’un.

C’est un appel! Prenons le temps de se retrouver, de se dire qu’on s’aime tout le monde et de se rassembler, invite Samuel Sabourin.

POUR Y ALLER
Lancement de l’album Debout!
À Ripon, le 29 novembre : Coopérative Place du Marché de Ripon, 17 h
À Sherbrooke, le 5 décembre : Boquébière, 19 h 30
À Montréal, le 19 décembre : Medley Simple Malt, 19 h

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