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  • Envoyé spécial
  • Mexique : la première année de Lopez Obrador

    Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador a lancé un appel au dialogue, vendredi, lors d'une conférence de presse tenue au Palais national, à Mexico.

    Photo : Reuters / Henry Romero

    Jean-Michel Leprince

    « Ce n’est pas seulement le début d’un nouveau gouvernement, mais surtout le commencement d’un changement de régime politique ». Après son élection, Andrés Manuel Lopez Obrador a juré qu’il allait transformer le pays.

    AMLO, comme on le surnomme, est à la tête du pays depuis presque un an. Est-il en train de tenir sa promesse?

    La fin de la corruption et de l'impunité

    Cette promesse constitue la base de la transformation promise. Ce sera une véritable révolution, mais sans violence.

    AMLO veut qu’à la fin de son sexennat (les présidents mexicains sont élus pour un seul mandat de six ans) on puisse le comparer aux plus grands de l’histoire du Mexique : Benito Juárez et Lazaro Cardenas.

    AMLO s’est déjà nettement différencié de ses prédécesseurs des 30 dernières années par son style austère et son engagement envers les plus pauvres, au mépris des élites traditionnelles du pays.

    Il montre l’exemple : il a transformé la somptueuse résidence présidentielle de Los Pinos en musée et il a mis en vente l’avion présidentiel et une bonne partie de la flotte gouvernementale. Lui voyage sur des vols commerciaux.

    M. Lopez Obrador marche dans l'allée de l'avion.

    Le président mexicain, Andrés Manuel Lopez Obrador, prend place sur un vol commercial à l'aéroport international de Mexico, le 15 février 2019.

    Photo : Getty Images / ALFREDO ESTRELLA

    Originaire de l’État de Tabasco, il est le premier président à provenir du sud du Mexique. Cela lui a valu le surnom de messie tropical que lui a donné l’historien et écrivain Enrique Krauze, lorsqu’il était maire de Mexico de 2000 à 2006, à cause de ses discours inspirés et de son engagement envers les plus pauvres et les peuples indigènes.

    Ce politicien charismatique est un populiste obstiné : défait à deux reprises aux élections présidentielles de 2006 et 2012 (par la fraude, soutient-il), il remporte la victoire de façon éclatante le 1er juillet 2018 à la tête de son nouveau parti, MORENA, avec une majorité aux deux chambres du Congrès. Une première historique.

    La plupart de la population pense que, pour la première fois depuis des décennies, le président est préoccupé par la situation de la majorité qui est sous le seuil de pauvreté et qu'il ne fonctionne pas seulement pour les élites, remarque Carlos Heredia, professeur de sciences politiques.

    À la présidence, il a repris son habitude du temps de la mairie de la capitale de commencer la journée, très tôt, par une conférence de presse : ses mañaneras (matinales).

    La différence, c’est qu’elles sont diffusées à la radio, par certaines télévisions et tous les médias sociaux, et en direct sur Twitter, entre autres.

    Remplir les coffres en luttant contre la corruption

    AMLO ne s’intéresse pas beaucoup à ce qui se passe à l’étranger et il a peu voyagé en dehors du Mexique.

    Sa conception de l’économie et des finances publiques sort également de l’ordinaire.

    Une femme âgée vend des friandises sur un trottoir de Tijuana, le 16 janvier 2019.

    Plus de 55 millions de Mexicains vivent dans des conditions de précarité sociale et économique.

    Photo : Getty Images / Spencer Platt

    Il ne veut pas augmenter les impôts et, pour financer ses programmes sociaux, destinés en priorité aux personnes âgées et aux jeunes sans emploi, il compte sur de profondes réductions des budgets du gouvernement et sur l’argent économisé en supprimant la corruption.

    Cette dernière proposition entraîne beaucoup de scepticisme.

    Son idée est très élémentaire, résume l'analyste politique Olga Pellicer. Il dit que si on peut mettre la main sur l’argent de la corruption dans le gouvernement, il serait suffisant pour financer ses programmes sociaux. Il y a sûrement beaucoup d’argent à récupérer si on élimine la corruption, mais certainement pas assez.

    La plupart des analystes croient qu’il ne parviendra pas à ses fins sans réforme fiscale.

    Selon l’OCDE, le revenu fiscal du Mexique est très bas par rapport à la taille de son économie. Selon Carlos Heredia, il est de 30 % au Canada ou en Europe, mais de 20 % seulement au Mexique.

    Mais AMLO est un vieux routier de la politique, il sait s’adapter.

    Si le résultat économique commence à avoir un effet sur sa popularité, sur son approbation personnelle, il pourrait modifier ses programmes. C’est un politicien assez pragmatique.

    Carlos Heredia, professeur de sciences politiques

    Le résultat économique n’est pas là pour le moment. La croissance est au point mort et la confiance du milieu des affaires n’est pas évidente.

    D’autant plus que le premier geste spectaculaire d’AMLO dans sa lutte contre la corruption a été l’annulation du projet de nouvel aéroport international de Mexico déjà en construction.

    Selon Olga Pellicer, ce sont les milieux d’affaires qui détiennent la clé de ce qui sera la réussite de la transformation d’AMLO, ou le désastre, le chaos.

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