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Desjardins accepte de revoir le plan de sauvetage de Capitales Médias

Des journaux de Capitales Médias empilés de manière à ce qu'on en voie le titre.

Groupe Capitales Médias a annoncé la semaine dernière son intention de se placer sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Stéphane Bordeleau
Mis à jour le 

Affirmant qu'aucun conflit d'intérêts impliquant Québecor n'est à l'origine de son refus de participer au sauvetage de Groupe Capitales Médias (GCM), le Mouvement Desjardins accepte de faire une nouvelle évaluation d'un plan d’affaires qui serait bonifié par Québec.

Dans un communiqué publié mercredi matin, le Mouvement Desjardins explique qu’après l’ouverture montrée mardi par le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, pour atténuer les risques financiers du plan de sauvetage de GCM, il a accepté d’évaluer de nouveau le projet duquel il s’est retiré dernièrement.

Les différentes composantes concernées chez Desjardins procéderont dans les prochains jours, avec rigueur et ouverture, à l'évaluation du nouveau dossier, de concert avec les autres parties prenantes, assure la direction du Mouvement Desjardins.

Tout récemment, alors que le gouvernement du Québec s'apprêtait à annoncer qu'il avait choisi un projet de coopératives d'employés pour assurer la survie des journaux en faillite de Capitales Médias, le Mouvement Desjardins a fait savoir qu’il ne prendrait pas part au projet en raison des risques que comporte ce plan.

Volte-face

Or, la direction de Desjardins semble avoir changé d'avis au lendemain d'une mêlée de presse lors de laquelle le ministre Fitzgibbon a exprimé sa déception face au refus de Desjardins de participer au projet de coopérative destiné à sauver de la faillite les six quotidiens régionaux de GCM.

Rappelant au Mouvement Desjardins qu'il était lui-même issu d'une coopérative largement soutenue par les régions du Québec, Pierre Fitzgibbon estimait que Desjardins avait tourné le dos un peu trop rapidement au projet. Ce qui a selon lui compromis le montage financier en semant le doute parmi les autres acteurs du projet.

Après avoir reconnu que le plan d'affaires présenté n'était pas parfait, il y avait selon lui une occasion de le bonifier, dans la mesure où Desjardins accepterait de se rasseoir pour en discuter. Ce qui se fera finalement.

Il y a une rencontre qui va avoir lieu entre le Groupe, la Coop et le président par intérim [de GCM], Stéphane Lavallée. Il vont se rencontrer.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie et de l'Innovation

Un projet différent et moins risqué

En entrevue à RDI économie, Louis Tremblay, porte-parole du comité provisoire des coopératives Groupe Capitales Médias, évoque un tout autre projet, complètement différent de celui que Desjardins devait évaluer initialement.

On est devant un projet modifié, dit-il. Si le premier projet a été élaboré alors que Groupe Capitales Médias était sous la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, la Cour supérieure a accepté depuis que l’on migre vers la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.

Cette décision, précise-t-il, donnera accès automatiquement aux crédits d’impôt au Groupe Capitales Médias pour l’année 2019.

On diminue le niveau de risque pour Desjardins de deux façons : les crédits d’impôt qui vont être automatiquement remboursés à l’entreprise qui va détenir Groupe Capitales Médias. De plus, le ministre Fitzgibbon a dit qu’il était prêt à allonger un peu plus d’argent pour diminuer le risque.

Louis Tremblay, porte-parole du comité provisoire des coopératives, Groupe Capitales Médias

Projet coopératif pour Groupe Capitales Médias

Desjardins nie toute ingérence de Québecor

Questionné sur les raisons invoquées par le Mouvement pour justifier son refus, Pierre Fitzgibbon avait déclaré mardi qu'il s'agissait d'un dossier très politisé.

Le ministre avait par le fait même invité les journalistes à se pencher sur la composition du conseil d'administration de Capital régional et coopératif Desjardins (CRCD) auquel siègent Sylvie Lalande, administratrice en chef et présidente du conseil de Groupe TVA, ainsi qu'une administratrice de Québecor, Chantal Bélanger.

M. Fitzgibbon à l'Assemblée nationale.

Pierre Fitzgibbon est ministre de l’Économie et de l’Innovation dans le gouvernement caquiste de François Legault.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Rappelons que Québecor est l'un des principaux concurrents de Groupe Capitales Médias.

Pourtant, le Mouvement Desjardins rejette toute allégation d'ingérence de la part de Québecor au sein de CRCD.

La présidente du conseil d'administration de CRCD, Mme Sylvie Lalande, n'a jamais été en situation de conflit d'intérêts, puisque le C. A. de CRCD n'a pas été associé à la décision de décliner la demande de contribution au motif que le plan d'affaires comportait un niveau de risque trop élevé, assure la direction de Desjardins dans son communiqué.

De plus, poursuit le Mouvement, il n'y a eu aucune communication entre, d'une part, Mme Sylvie Lalande ou quelque autre administrateur de CRCD et, d'autre part, les gestionnaires de Desjardins Capital dans le cadre de l'analyse du montage financier soumis il y a quelques semaines par les demandeurs associés à la relance des journaux du GCM.

Mercredi matin, dans les couloirs de l'Assemblée nationale, Pierre Fitzgibbon a expliqué qu'il ne portait aucune accusation contre Mme Lalande. Cependant, a-t-il souligné, le fait que Mme Lalande soit présidente du comité régional d’investissement de Desjardins montre une apparence de conflit.

Ce matin, quelqu’un chez Desjardins [...] a dit que Mme Lalande n’était pas partie des décisions qui ont été prises par rapport à Desjardins. Si c’est le cas, il n’y a pas de conflit.

Mise en demeure de Sylvie Lalande

Québecor Média.

Québecor Média

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Piquée par les propos du ministre Fitzgibbon, la présidente du conseil d’administration de Groupe TVA et vice-présidente du conseil de Québecor, Sylvie Lalande, a riposté mercredi en adressant une mise en demeure à Pierre Fitzgibbon.

Dans le document dont Radio-Canada a obtenu copie, Mme Lalande accuse Pierre Fitzgibbon d'avoir remis publiquement en question sa probité lors de son point de presse et ensuite dans une entrevue accordée au quotidien La Presse.

Des propos qui ont causé un tort inqualifiable à la réputation de leur cliente, selon les avocats du cabinet Woods s.e.n.c.r.l.

Affirmant qu'à aucun moment sa cliente n'a participé au processus d'évaluation du plan de financement de Groupe Capitales Médias, le cabinet d'avocats exhorte le ministre de l'Économie à retirer publiquement ses propos d'ici 17 h aujourd'hui (mercredi), à défaut de quoi des recours judiciaires seront entrepris contre lui.

Pierre Fitzgibbon persiste et signe

À la sortie de la réunion du Conseil des ministres, le ministre Fitzgibbon a refusé de s'excuser pour ses propos à l'égard de Mme Lalande.

J’ai été clair, a-t-il rappelé. Apparence de conflit? Oui. Il n’y en a pas eu selon les dires de Desjardins, ce que j’ai dit est approprié.

Pour le ministre, il existe une différence notoire entre une apparence de conflit d'intérêts et la présence d'un conflit d'intérêts. Et dans le cas présent, il y a bel et bien apparence de conflit au CRCD.

L’apparence de conflit est là, certes. Est-ce qu’il y a eu conflit? C’est dans les faits qu’on va le voir.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie et de l'Innovation

Il se dit prêt à aller devant les tribunaux, le cas échéant.

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